- Quelque 230 unités dans le répertoire de l’organisme
Face à la baisse des réserves, la Central Water Authority (CWA) mobilise des ressources souterraines du secteur privé. Environ 230 forages figurent dans son répertoire. Les autorités privilégient les forages disposant des plus importantes capacités de production, avec une priorité accordée à la région desservie par Mare-aux-Vacoas. Deux « boreholes » du groupe Medine et un de SONIAWEAR ont déjà été réquisitionnés.
La CWA entend poursuivre la réquisition de forages privés afin d’augmenter les volumes d’eau injectés dans le réseau de distribution. Alors que les réserves hydriques restent sous pression, plusieurs installations ont déjà été mobilisées et d’autres pourraient suivre si la situation l’exige. « Nous avons une liste de forages privés dans notre répertoire. Si nous devons en réquisitionner d’autres, nous le ferons », annonce Shiam Thannoo, directeur général de la CWA. Il précise que les autorités ciblent principalement les installations présentant les capacités de production les plus importantes.
« Il y a environ 230 forages privés auxquels nous pouvons faire appel. Ils n’ont cependant pas tous la même capacité », explique-t-il. La CWA doit également tenir compte de la durée de la sécheresse et de la nécessité de préserver les ressources disponibles. « Nous ne pouvons pas tout épuiser tout de suite. Si nous le faisons et qu’il ne pleut toujours pas, que se passera-t-il ? C’est un souci majeur », souligne le directeur général.
Parmi les installations déjà mises à contribution figure le forage de SONIAWEAR, dans les environs de Valentina, qui fournit 5 000 m³ d’eau par jour à la CWA. Deux autres appartenant au groupe Medine ont également été réquisitionnés. Celui de Beaux-Songes fournit entre 5 000 et 6 000 m³ quotidiennement. L’autre, à Médine, produit 1 700 m³ par jour. Sa capacité doit augmenter prochainement. « D’ici le milieu de la semaine prochaine, sa capacité devrait augmenter d’environ 3 300 m³, pour atteindre 5 000 m³ d’eau par jour », indique Shiam Thannoo.
Le forage de Tribeca contribue lui aussi à l’augmentation des volumes disponibles, sans que sa capacité n’ait été précisée. À Côte-d’Or, un autre forage, appartenant à un corps paraétatique, apporte environ 2 000 m³ supplémentaires par jour, directement injectés dans le réseau de distribution. « Ce forage a été mis en service tard vendredi. Nous avançons très vite pour exploiter les ressources disponibles un peu partout », affirme le directeur général de la CWA.
La CWA prévoit par ailleurs de faire appel au forage d’une compagnie d’embouteillage. Shiam Thannoo ne précise toutefois ni le nom de cette entreprise ni le volume d’eau attendu de cette installation.
Mare-aux-Vacoas, principal point de tension
Les ressources mobilisées doivent notamment contribuer à soutenir l’approvisionnement des zones desservies par le réseau associé au réservoir de Mare-aux-Vacoas. Car outre le fait que ce réservoir, le principal du pays, n’est qu’à 35 % environ de sa capacité, les nappes phréatiques de la région sont aussi en mauvaise posture.
Selon Shiam Thannoo, les nappes phréatiques de cette région ont enregistré une baisse d’environ 36 %. Dans les autres régions, le recul se situe entre 16 % et 25 %.
« Le gros problème se trouve dans la région de Mare-aux-Vacoas. Toute l’eau que nous récupérons des forages déjà réquisitionnés sera directement injectée dans le réseau desservi par Mare-aux-Vacoas », précise-t-il.
En parallèle, la CWA prévoit de recourir à des prises d’eau dans les rivières pour alimenter ses installations de traitement. La semaine prochaine, environ 2 000 m³ d’eau par jour devraient être pompés dans la rivière Papaye et acheminés directement vers la station de traitement de La Marie. Une opération similaire a été menée la semaine dernière dans la rivière Pétrin, avec un volume de 2 000 m³ par jour.
« Il s’agissait d’eau qui n’entrait pas du tout dans le réseau de distribution », explique Shiam Thannoo. Ces prélèvements doivent ainsi permettre de mobiliser des ressources supplémentaires pour le traitement et la distribution, en complément des volumes récupérés grâce aux forages.
La CWA dément une déviation de cours d’eau
Le directeur général a également rejeté les informations circulant sur les réseaux sociaux selon lesquelles des cours d’eau auraient été détournés pour empêcher leur alimentation du réservoir de Mare-aux-Vacoas. « Non, c’est totalement faux. Cela a été confirmé par la Water Resources Commission. Les informations diffusées sur les réseaux sociaux, selon lesquelles des cours d’eau auraient été détournés, ne sont pas fondées. Des vérifications ont été effectuées sur place et rien de tel n’a été constaté », affirme-t-il.
La mobilisation des forages privés et l’exploitation de ressources supplémentaires dans les rivières s’inscrivent dans les mesures engagées par la CWA pour renforcer l’approvisionnement. Le recours à d’autres installations privées reste envisagé, en fonction de leurs capacités et de l’évolution de la situation hydrique.
Pour l’heure, la stratégie repose sur une augmentation progressive des volumes disponibles, tout en préservant les ressources souterraines susceptibles de devenir encore plus sollicitées si les précipitations restent insuffisantes.
Water Tank Grant Scheme : les inscriptions ouvertes ce lundi
La Central Water Authority (CWA) lance ce lundi 12 octobre les inscriptions au Water Tank and Water Pump Grant Scheme. Étendu à tous les foyers qui ne disposent pas encore de réservoirs, le dispositif prévoit une subvention de Rs 15 000 pour l’acquisition de deux réservoirs et d’une pompe à eau.
Proposée par la Development Bank of Mauritius (DBM), cette aide couvre un réservoir de 1 000 litres, un autre de 500 litres et une pompe à eau. Elle vise à permettre aux ménages de constituer une réserve pour faire face aux interruptions de la distribution.
Les inscriptions se feront de 9 heures à 15 heures au siège de la CWA, à Saint-Paul, ou dans ses différents bureaux à travers le pays. Les demandeurs dont le nom commence par les lettres de A à M pourront s’inscrire du lundi au mercredi, et ceux dont le nom commence par les lettres de N à Z, du jeudi au vendredi. Ils devront présenter leur carte d’identité nationale et une facture de la CWA.
L’extension du programme intervient alors que plusieurs régions du pays connaissent des difficultés d’approvisionnement en eau. Les coupures suscitent le mécontentement de certains habitants, qui réclament une amélioration de la distribution dans leurs localités.
Qu’est-ce qu’un forage, ou « borehole » ?
Un borehole, terme anglais couramment utilisé à Maurice, est un forage réalisé dans le sol pour atteindre une nappe d’eau souterraine et permettre d’en extraire l’eau à l’aide d’un équipement de pompage.
Comment fonctionne un forage ?
Le forage est réalisé en profondeur, à travers les différentes couches du sol et de la roche, jusqu’à atteindre une zone contenant de l’eau souterraine. Un tubage peut être installé pour maintenir les parois du forage et faciliter l’extraction. Une pompe permet ensuite de remonter l’eau vers la surface.
L’eau prélevée peut être utilisée à différentes fins, notamment pour des activités industrielles, agricoles ou commerciales, ou pour certains usages domestiques, selon les autorisations applicables et la qualité de la ressource.
Quelle différence avec un puits ?
Un puits traditionnel est généralement creusé avec un diamètre relativement large et peut atteindre une nappe proche de la surface. Un forage est habituellement plus étroit et réalisé à l’aide d’équipements spécialisés, ce qui permet d’atteindre des ressources souterraines situées à une plus grande profondeur, selon la géologie du site.
L’eau d’un forage est-elle potable ?
Pas nécessairement. L’eau souterraine peut contenir des substances naturelles ou des contaminants provenant des activités humaines. Sa qualité doit être évaluée par des analyses avant qu’elle puisse être distribuée comme eau potable. Si elle ne satisfait pas aux normes applicables, un traitement peut être nécessaire.
Pourquoi la CWA mobilise-t-elle ces installations ?
En période de pénurie, un forage privé présentant une capacité suffisante peut constituer une source d’approvisionnement supplémentaire pour le réseau public. L’eau prélevée peut être acheminée directement vers le réseau, si les conditions techniques et sanitaires le permettent, ou vers une installation de traitement.
La quantité disponible dépend notamment de la profondeur du forage, de la capacité de la pompe, du débit de la nappe souterraine et de la possibilité de prélever l’eau durablement sans épuiser la ressource.
Un forage capable de fournir plusieurs milliers de mètres cubes par jour peut ainsi contribuer de manière significative à l’approvisionnement. Toutefois, sa capacité technique ne garantit pas que ce débit pourra être maintenu indéfiniment, notamment lorsque les nappes phréatiques sont en baisse.
Que sont les « water rights » et quels pouvoirs les autorités peuvent-elles exercer en cas de pénurie ?
Les « water rights », ou droits d’eau, désignent les droits reconnus ou accordés pour utiliser une ressource en eau. À Maurice, leur portée dépend notamment de la nature de la ressource concernée, du régime juridique applicable et des autorisations détenues par les utilisateurs.
La distinction est importante : un droit d’utiliser une ressource en eau ne signifie pas nécessairement que son titulaire en est propriétaire. De même, la propriété d’un terrain sur lequel se trouve un forage ne confère pas automatiquement un droit illimité de pomper l’eau souterraine.
Le Central Water Authority Act de 1971 prévoit notamment que la CWA est chargée du contrôle, du développement et de la conservation des ressources en eau. Il lui attribue également des responsabilités concernant les droits d’utilisation de l’eau. La législation distingue les droits existants portant notamment sur des cours d’eau et les nouveaux droits accordés par l’autorité compétente.
Le régime applicable aux eaux souterraines
Le Ground Water Act de 1969 prévoit que les eaux souterraines relèvent de l’État. Cette loi encadre leur prélèvement et dispose, sous réserve des exceptions prévues par la loi, qu’une licence est nécessaire pour extraire, détourner, obstruer, mesurer ou utiliser ces eaux. Les titulaires de licences sont également soumis à des obligations concernant notamment la tenue de registres et la protection de la qualité de l’eau.
Le Water Resources Act de 2024 établit un cadre supplémentaire pour la gestion des ressources hydriques. Il prévoit notamment des dispositions relatives aux autorisations de prélèvement et aux situations de pénurie aiguë.
Que peut faire le gouvernement en cas de pénurie aiguë ?
L’article 47 du Water Resources Act de 2024 prévoit un mécanisme d’urgence permettant au directeur compétent d’utiliser, dans l’intérêt de l’approvisionnement public, des eaux souterraines ou l’eau provenant de forages situés sur des terrains ou dans des locaux privés, pendant une période d’urgence ou de pénurie aiguë.
La disposition prévoit un préavis raisonnable au propriétaire ou à l’occupant. À la suite d’une notification écrite, celui-ci doit organiser et fournir les accès nécessaires pour permettre le prélèvement et l’acheminement de l’eau, afin d’assurer un approvisionnement public immédiat et ininterrompu. En cas de non-respect de ces obligations, le directeur peut saisir un juge pour obtenir une ordonnance.
Ce dispositif constitue donc une base légale spécifique pour mobiliser des ressources privées dans les circonstances prévues par la loi. Son application doit respecter les conditions et procédures fixées par le texte.
La réquisition évoquée par la CWA doit être comprise dans ce cadre juridique : elle ne signifie pas, à elle seule, que le terrain ou le forage devient la propriété de l’État. Il s’agit de permettre l’utilisation de la ressource en eau pour répondre à un besoin public urgent, dans les limites du mécanisme légal applicable.
Quelles limites ?
L’existence de pouvoirs d’urgence ne signifie pas que toute ressource privée peut être mobilisée sans condition. La nature du forage, les autorisations applicables, les formalités de notification et les conditions prévues par la législation doivent être prises en compte. Les dispositions précises applicables à chaque installation dépendent des circonstances et du régime juridique concerné.
