Les médicaments GLP-1 utilisés contre l’obésité et le diabète semblent ralentir certains processus de vieillissement de l’organisme. Selon CNN, ces premiers résultats suggèrent qu’ils pourraient, à terme, contribuer à prolonger la vie. Mais les scientifiques estiment qu’il est encore trop tôt pour les utiliser dans ce seul objectif.
Cette hypothèse prolonge les bénéfices déjà observés avec ces traitements. Outre la perte de poids et le contrôle de la glycémie, des études ont montré qu’ils réduisent notamment les risques de maladies cardiaques, rénales et hépatiques. Ils atténuent également l’apnée du sommeil et l’inflammation, qui contribuent à la dégradation de la santé et des capacités physiques avec l’âge.
« Le vieillissement est le principal facteur de risque de nombreuses maladies. Si nous pouvons agir sur le vieillissement lui-même, nous pourrions traiter toutes sortes de maladies qui lui sont associées », explique à CNN la Dre Danica Chen, professeure à l’Université de Californie à Berkeley, qui étudie la restriction calorique et le vieillissement.
Les scientifiques s’intéressent désormais aux marqueurs biologiques du vieillissement pour mieux comprendre les effets de ces médicaments.
Des recherches encore préliminaires
Les nouvelles recherches, menées chez la souris et chez l’être humain, restent préliminaires. Les chercheurs ignorent si les bénéfices concernent uniquement les personnes en surpoids ou diabétiques au début du traitement, ou s’ils pourraient également être observés chez des personnes de poids normal et en bonne santé.
Pour cette raison, les experts jugent prématuré de prendre ces médicaments uniquement dans l’espoir de vivre plus longtemps.
Le Dr James Kirkland, directeur du Center for Advanced Gerotherapeutics au centre médical Cedars-Sinai, à Los Angeles, s’inquiète notamment de leur utilisation par des personnes qui ne sont ni diabétiques ni obèses et cherchent à optimiser leur santé. Les effets à long terme chez des personnes jeunes, minces et non diabétiques restent à déterminer, souligne-t-il.
Il met aussi en garde contre une interprétation excessive des résultats. Les indicateurs utilisés dans ces études reposent sur l’épigénétique — les mécanismes qui régulent l’activation des gènes — ou sur les protéines produites par l’organisme au fil du temps.
Ces outils sont encore en développement. S’ils sont utiles pour étudier de grands groupes, ils restent peu informatifs à l’échelle individuelle, malgré la commercialisation de tests de ce type auprès du public. Selon le Dr Kirkland, leurs résultats peuvent varier considérablement d’un jour à l’autre chez une même personne.
Mesurer les « horloges biologiques »
Ces premiers résultats suscitent néanmoins de l’intérêt. Lors d’une récente conférence sur le vieillissement et la découverte de médicaments à Boston, le Dr Kevin Duffin, vice-président chargé de la recherche sur le vieillissement chez Eli Lilly, a évoqué des estimations de réduction de l’âge biologique de l’ordre de trois à six ans.
Eli Lilly fabrique le tirzépatide, commercialisé sous les noms Zepbound pour la perte de poids et Mounjaro pour le traitement du diabète.
Le Dr Duffin a présenté des données issues de l’essai clinique Surmount V. Celui-ci avait réparti aléatoirement plus de 700 adultes en surpoids, sans diabète, entre deux traitements : le tirzépatide et le sémaglutide, pendant 72 semaines.
L’analyse du vieillissement portait sur un sous-groupe de 71 participants âgés de plus de 50 ans et traités par tirzépatide.
En étudiant les changements dans les mécanismes d’activation de certains gènes dans leur sang, les chercheurs ont mesuré l’évolution de plusieurs « horloges épigénétiques ». Ces indicateurs estiment l’âge biologique des organes et des tissus, distinct de l’âge chronologique.
Pendant les 72 semaines de l’étude, les participants avaient vieilli de 1,38 an sur le plan chronologique. Selon les différentes horloges utilisées, leur vieillissement biologique estimé avait progressé en moyenne de 0,7 à 1,1 an. Certaines mesures avaient même reculé, suggérant un âge biologique estimé inférieur à celui du début de l’étude.
Le Dr Duffin reconnaît toutefois plusieurs limites : cette analyse ne disposait pas d’un groupe placebo ne prenant aucun médicament amaigrissant, et le suivi était relativement court.
Les effets observés semblaient s’accentuer avec le temps. Les chercheurs souhaitent donc prolonger le suivi lors d’un prochain essai, notamment pour examiner les résultats après quatre ou cinq années de traitement.
Quel rôle joue la perte de poids ?
Il reste à déterminer si le ralentissement du vieillissement biologique découle de la perte de poids ou d’une action propre aux médicaments.
La restriction calorique apporte une piste de comparaison. Réduire les apports caloriques d’environ 25 % a montré des effets sur le vieillissement et prolongé la durée de vie de nombreuses espèces animales. Des études ont également constaté un ralentissement du vieillissement biologique après une chirurgie de perte de poids.
Selon le Dr Duffin, les effets observés avec ces médicaments s’expliquent principalement par la baisse de la glycémie et la perte de poids.
Des résultats également observés avec le semaglutide
Des recherches menées par Novo Nordisk suggèrent que le sémaglutide, commercialisé sous les noms Wegovy et Ozempic, présente des effets similaires sur certains indicateurs du vieillissement.
En mesurant l’évolution de protéines dans l’organisme, les chercheurs ont estimé que le traitement réduisait l’âge biologique du cœur de deux à quatre ans par rapport à un placebo. Pour les poumons, les reins, le cerveau et le pancréas, les réductions estimées allaient d’un à quatre ans.
Ces résultats ont été diffusés sous forme de prépublication et n’avaient pas encore été évalués par les pairs. Selon les chercheurs, ils ne s’expliquaient pas entièrement par la perte de poids, le contrôle de la glycémie ou l’inflammation.
Le Dr Alejandro Aguayo-Orozco, responsable de la recherche et du développement cardiométaboliques chez Novo Nordisk et auteur de l’étude, souligne que les bénéfices des GLP-1 ont jusqu’ici été examinés maladie par maladie. Les chercheurs cherchent désormais à savoir s’ils agissent aussi sur un mécanisme commun, comme le vieillissement ou la durée de vie en bonne santé.
Une durée de vie prolongée chez la souris
Une étude menée à l’Université de Californie à Berkeley, publiée dans la revue Nature, a examiné ces questions chez la souris.
Les chercheurs ont administré du sémaglutide ou un placebo à des souris âgées de 20 mois — un âge présenté comme approximativement comparable à 60 ans chez l’être humain — jusqu’à leur mort.
Les souris avaient un poids similaire au départ. Celles recevant du sémaglutide ont ensuite moins mangé, perdu du poids et vécu plus longtemps. Leur durée de vie moyenne a atteint 834 jours, contre 742 jours pour celles recevant le placebo.
Pour distinguer les effets du médicament de ceux de la réduction des apports alimentaires, les chercheurs ont soumis un autre groupe de souris à une restriction calorique de 25 %, comparable à la diminution observée chez les souris traitées.
Ce groupe a également vécu plus longtemps. Pour plusieurs fonctions étudiées, notamment la fonction musculaire et la mobilité, ses performances étaient similaires à celles des souris recevant du sémaglutide.
Les souris traitées présentaient toutefois certains avantages : de meilleures performances cognitives et une meilleure capacité à trouver la sortie d’un labyrinthe, ainsi qu’un meilleur contrôle de la glycémie.
Pour la Dre Chen, ces observations suggèrent des bénéfices supplémentaires à ceux de la seule restriction calorique. Elles ne permettent toutefois pas, à ce stade, de conclure que ces médicaments prolongent la vie chez l’être humain.
Source : CNN
