Certaines commandes ont été reportées d’environ une semaine, voire davantage.
Les récentes tensions sociales et les restrictions de circulation ont perturbé les activités des entreprises textiles à Maurice. Entre fermetures anticipées, précautions logistiques et ralentissement du travail, les entreprises doivent désormais rattraper le temps perdu, au prix de coûts supplémentaires.
Le secteur textile doit désormais composer avec les conséquences des récentes perturbations, qui ont contraint les entreprises à revoir leur organisation. Chez V Formula, les perturbations ont affecté plusieurs étapes de la chaîne de production et d’expédition. Nitish Rama, directeur de l’entreprise textile, indique que plusieurs livraisons ont été retardées, certains envois n’ayant pas pu être acheminés à temps par voie aérienne ou maritime. « Certaines commandes ont ainsi été reportées d’environ une semaine, voire davantage, selon les destinations et les modalités de transport », dit-il. Les restrictions de circulation, poursuit-il, ont également compliqué l’organisation du travail et la logistique.
Le lundi 19 octobre, les activités ont progressivement repris leur rythme habituel. « Notre priorité est désormais de finaliser les commandes en attente, de sécuriser les prochains départs et de respecter autant que possible les nouveaux délais de livraison convenus avec nos partenaires », souligne Nitish Rama. L’entreprise maintient par ailleurs une communication régulière avec ses clients et partenaires internationaux afin de les informer des retards et des ajustements nécessaires.
Le constat est également partagé par Ajay Beedasee, président de la SME Chamber, qui confirme des retards dans les livraisons. Selon lui, les entreprises ont dû anticiper les fermetures afin de permettre aux employés de rentrer chez eux avant le couvre-feu. « Même lorsque celui-ci débutait à 20 h 30, certaines usines ont fermé dès 17 heures. » Au-delà des contraintes de transport, les tensions ont aussi pesé sur le rythme de travail. « On ressent un ralentissement. »
Les entreprises ont également limité le transport des marchandises par crainte d’incidents sur les routes. Pour Ajay Beedasee, le retour à la normale implique désormais un effort supplémentaire : « Pour rattraper les retards et respecter les échéances, certaines PME devront recourir aux heures supplémentaires, générant des dépenses additionnelles. »
Pour les opérateurs du secteur, les perturbations ne se limitent pas aux retards immédiats. Elles risquent également d’alourdir les coûts logistiques et de peser sur la trésorerie et les résultats financiers des entreprises.
Nitish Rama insiste sur l’importance de préserver la réputation du pays auprès des acheteurs internationaux.
Dans le textile, rappelle-t-il, « la qualité, la régularité et le respect des délais sont déterminants ». Un avis que partage Ajay Beedasee. La reprise des activités devra donc s’accompagner d’un rattrapage des commandes en attente, tout en préservant la confiance des partenaires commerciaux. « La stabilité sociale et économique demeure essentielle à la compétitivité de Maurice », dit-il.
Distribution : un retour à la normale
Contrairement au secteur textile, la distribution alimentaire n’a pas enregistré de retards majeurs. Pritam Dabydoyal, directeur de P&P International, importateur de produits alimentaires, indique que les produits de base ont été livrés normalement aux revendeurs malgré les tensions de la semaine dernière. « Ce lundi 19 octobre, c’est du business as usual. Les travailleurs sont déjà sur place », affirme-t-il, tout en soulignant la nécessité de tirer des leçons de cette situation. Chez Panagora, Yovan Jankee, Sustainability & Communication Manager, confirme également une reprise normale.
Business Mauritius : aucun taux d’absentéisme inhabituel
Les activités économiques ont rapidement repris leur cours normal après les récentes perturbations à Maurice. Selon Business Mauritius, les entreprises fonctionnaient normalement dès jeudi dernier, malgré les pertes et dommages enregistrés, estimés entre Rs 270 millions et Rs 470 millions. « Les entreprises roulent comme d’habitude », indique Business Mauritius lundi 19 octobre, n’ayant constaté aucun taux d’absentéisme inhabituel. L’organisation précise que le télétravail n’était déjà plus recommandé depuis mercredi.
Mission économique : Jyoti Jeetun en Europe pour promouvoir la place financière mauricienne
La ministre Jyoti Jeetun mènera une mission économique du 19 au 27 octobre au Royaume-Uni et en Allemagne pour promouvoir Maurice auprès des investisseurs internationaux.
La ministre des Services financiers et de la Planification économique, Jyoti Jeetun, participera les 21 et 22 octobre au Financial Times Africa Summit 2026, à Londres. Elle interviendra le 21 octobre lors d’une session consacrée à l’avenir de la finance et aux moyens de financer la croissance africaine dans un contexte de recomposition des échanges commerciaux et des relations géopolitiques.
Cette 13e édition se tiendra sous le thème « Mobilising Growth in a New Global Order ». Elle réunira des responsables politiques, des dirigeants d’entreprise et des investisseurs autour des enjeux de financement, de commerce régional, de technologie, d’énergie, d’industrialisation et d’infrastructures.
Jyoti Jeetun présentera la contribution potentielle de Maurice au financement du développement continental. La ministre s’appuiera notamment sur les perspectives de croissance africaines. Selon les chiffres communiqués, le continent a enregistré une croissance de 4,5 % en 2025, contre 3,4 % à l’échelle mondiale. Dix des vingt-deux économies affichant les taux de croissance les plus élevés au monde se trouvent en Afrique.
Pour Jyoti Jeetun, ces perspectives nécessitent une architecture financière capable de transformer le potentiel économique en investissements et en emplois. Elle entend mettre en avant le positionnement de Maurice, classé deuxième centre financier en Afrique selon le Global Financial Centres Index, ainsi que son statut de l’un des trois seuls pays africains bénéficiant d’une notation « Investment Grade ». Le récent lancement de l’Africa Credit Rating Agency (AfCRA), dont le siège est à Maurice, et les possibilités offertes par la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) figureront également parmi les sujets abordés.
La mission se poursuivra par des rencontres bilatérales et des échanges avec des investisseurs. Au Royaume-Uni, la ministre s’entretiendra avec Ben Ainslie, commissaire britannique au commerce pour l’Afrique, sur la mise en œuvre du UK-Mauritius Enhanced Strategic Trade Partnership, signé le 30 juillet 2026, et sur les prochaines étapes de la coopération commerciale, notamment dans le cadre de Vision 2050.
Elle participera aussi à une table ronde organisée par Invest Africa et le Haut-Commissariat britannique à Maurice, consacrée aux investissements dans les services financiers et au rôle de Maurice comme passerelle vers les marchés africains. Des échanges avec le Boston Consulting Group et des acteurs internationaux de la fintech et des paiements numériques sont également prévus.
À Berlin, Jyoti Jeetun rencontrera le secrétaire d’État au ministère fédéral allemand des Finances, Dr Rolf Bösinger, ainsi que la DEG, institution de financement du développement du groupe KfW. Les discussions porteront sur la conformité de la juridiction mauricienne aux normes internationales et sur la confiance des investisseurs européens.
Dans un communiqué, la ministre affirme que cette diplomatie économique doit produire des retombées concrètes pour la population, notamment dans les domaines de l’eau, de l’électricité et des infrastructures. L’objectif affiché est de mobiliser des capitaux internationaux au service du développement de Maurice et des opportunités économiques africaines.
François de Grivel, industriel du textile : « Les retards de livraison peuvent entraîner pénalités ou annulations de commandes »
Quel a été l’impact du couvre-feu sur les activités des entreprises exportatrices du secteur textile ?
Il y a forcément eu des perturbations dans les activités des entreprises exportatrices. En raison du couvre-feu, certaines entreprises ont dû fermer leurs portes dès 15 heures, au lieu de 17 heures ou 17 h 30 habituellement. Elles n’ont donc pas pu honorer toutes les demandes et toutes les commandes. Les opérations d’exportation ont également été affectées, puisque les activités portuaires étaient soumises aux mêmes restrictions. L’expédition des conteneurs a connu un ralentissement, notamment avec un couvre-feu à partir de 20 h 30 pendant deux jours, puis à partir de 22 h 30 pendant trois jours. Les entreprises ont ainsi rencontré des difficultés pour assurer leurs opérations dans les conditions habituelles.
Ces perturbations ont eu des répercussions sur l’économie industrielle et, plus largement, sur l’économie mauricienne. Lorsqu’une entreprise doit réduire ses heures de travail et que les expéditions sont ralenties, cela affecte nécessairement le déroulement de ses activités.
À combien estimez-vous la baisse de production et quelles sont les conséquences des retards sur les entreprises ?
Je ne dispose pas de chiffres suffisamment précis pour confirmer les pertes de chiffre d’affaires. Toutefois, nous pouvons estimer que nous avons enregistré une baisse d’environ 20 % de la production sur l’ensemble de la semaine, en considérant la période allant du lundi au samedi. Certaines entreprises ont travaillé le samedi pour répondre aux commandes.
Une partie de cette baisse d’activité pourra être rattrapée, puisque la situation s’est calmée et est devenue plus stable. Les retards peuvent néanmoins entraîner des coûts supplémentaires. Il peut notamment y avoir davantage d’erreurs lorsqu’il faut accélérer la production pour rattraper le temps perdu.
Mais le principal risque concerne les engagements envers les clients. Lorsqu’une entreprise ne livre pas à temps, son client peut lui imposer une pénalité ou annuler une partie de ses commandes. Cela représente une difficulté supplémentaire pour les industriels, qui doivent respecter leurs délais malgré les perturbations rencontrées. Je ne dirais toutefois pas que les annulations concernent la majorité des cas. Des négociations commerciales sont en cours et évoluent plutôt positivement.
Quelles sont désormais les attentes des opérateurs pour permettre une reprise normale des activités ?
Nous constatons que l’activité reprend et que la situation est devenue plus stable. Les échanges que j’ai avec différents interlocuteurs, notamment des industriels et des représentants des autorités mauriciennes, montrent que cette situation a préoccupé de nombreuses personnes. Il est essentiel que les entreprises puissent fonctionner normalement, mais aussi qu’elles puissent poursuivre leurs exportations sans nouvelles perturbations.
Pour les entreprises exportatrices, il est important de pouvoir organiser la production, honorer les commandes et assurer l’expédition des marchandises dans les délais convenus. Les restrictions ont montré à quel point les perturbations des horaires de travail et des opérations portuaires peuvent affecter l’ensemble de la chaîne d’activité. Une partie de la baisse de production pourra être récupérée, mais les entreprises doivent également gérer les conséquences commerciales des retards accumulés.
