Après 26 mois à la Primature, Ousmane Sonko réclame le dialogue avec Diomaye. Un revirement qui interroge : volonté de servir le Sénégal ou tentative de reprendre la main face à un rapport de force qui lui échappe ?
Il y a des appels au dialogue qui traduisent une volonté sincère de trouver des solutions. Et il y en a d’autres qui surviennent lorsque les marges de manœuvre se réduisent, que les rapports de force évoluent et que les portes se ferment les unes après les autres.
La nouvelle posture d’Ousmane Sonko à l’égard du Président Bassirou Diomaye Faye mérite d’être analysée sous cet angle. Après des mois de tensions au sommet de l’État, l’ancien Premier ministre réclame désormais le dialogue avec celui dont il partageait hier le combat politique.
Pourquoi maintenant ? Pourquoi cette volonté de renouer les échanges au moment où son influence semble rencontrer des limites ?
Quand on perd la main, le dialogue peut devenir moins un choix stratégique qu’une nécessité politique.
Après environ 26 mois à la Primature, Sonko doit aussi accepter de répondre de son bilan. Quel changement concret les Sénégalais ont-ils suffisamment ressenti dans leur quotidien ? Le pouvoir d’achat, l’emploi des jeunes et les difficultés des ménages demeurent des préoccupations majeures. Les contraintes héritées du passé existent, mais elles ne dispensent aucun ancien chef de gouvernement de rendre compte de ses résultats.
On ne peut pas avoir dirigé le gouvernement pendant 26 mois et se présenter ensuite comme un simple observateur des difficultés du pays.
Diomaye n’est pas un figurant de la République
Le Président Bassirou Diomaye Faye exerce les prérogatives que lui confère la Constitution. Il lui appartient d’assumer ses choix et de veiller à la continuité de l’État. La République ne peut être organisée autour des ambitions ou des exigences d’un seul responsable politique.
À l’approche des Jeux olympiques de la jeunesse, le Sénégal a besoin de stabilité, de mobilisation et de cohésion nationale. Les rivalités au sommet ne doivent pas détourner le pays de ses priorités.
Le dialogue ne saurait être une injonction adressée au Président pour obtenir un arbitrage favorable à l’ancien Premier ministre. Il doit servir l’intérêt national, et non permettre à un acteur politique de retrouver une position qu’il estime avoir perdue.
LFR et LFI 2027 : Sonko doit agir en député, pas en maître chanteur
Les menaces attribuées à Ousmane Sonko et à des responsables de PASTEF concernant le vote de la loi de finances rectificative (LFR) et de la loi de finances initiale (LFI) 2027 soulèvent une question de responsabilité.
Ousmane Sonko est député. À ce titre, il dispose de moyens institutionnels pour examiner les textes budgétaires, formuler des observations, défendre des amendements et présenter ses propositions dans les commissions compétentes comme en séance plénière.
S’il conteste les choix budgétaires du gouvernement, qu’il aille en commission technique, expose ses arguments et défende ses amendements. C’est ainsi que s’exerce le mandat parlementaire, pas par des menaces brandies pour imposer un rapport de force politique.
Le droit de voter contre un budget est incontestable. Mais agiter la menace d’un rejet pour contraindre le Président ou le gouvernement, si telle est bien la finalité de ces déclarations, relèverait d’une logique de chantage politique incompatible avec l’esprit de responsabilité attendu d’un représentant du peuple.
Le budget de la nation n’est ni un instrument de revanche ni un otage des rivalités partisanes. Il engage les finances publiques, le fonctionnement des services de l’État et la mise en œuvre des politiques nationales.
Une majorité parlementaire est une force de proposition et de contrôle, pas un droit de propriété sur les institutions.
Le temps des responsabilités
Sonko réclame le dialogue avec Diomaye. Mais les Sénégalais attendent des résultats, une gouvernance efficace et des institutions qui fonctionnent. Le Président doit pouvoir exercer ses prérogatives constitutionnelles. Ahmadou Al Aminou Lô doit démontrer l’efficacité de sa méthode. Sonko doit assumer son bilan. PASTEF doit exercer ses responsabilités parlementaires sans faire peser sur le pays le coût de ses rivalités politiques.
Hier, Sonko voulait imposer le tempo. Aujourd’hui, il réclame le dialogue. Demain, il devra répondre de ses choix devant les Sénégalais.
Le Sénégal n’a pas besoin d’un chantage permanent au blocage. Il a besoin de responsables capables de proposer, de convaincre et d’assumer leurs décisions.
*Papa ibrahima Senghor
DG SNR
