SENEGAL-TRANSPORT-REPORTAGE
Kaolack, 20 oct (APS) – Un camion débouche brusquement. Le moteur gronde, le klaxon retentit et les riverains se pressent sur le côté pour lui céder le passage. A Passoire, Touba Ndorong ou encore à Tally Cheikhou Ndiaye, des quartiers de la commune de Kaolack (centre), ces scènes, devenues familières, illustrent les nouveaux enjeux de la circulation dans la capitale du Saloum, depuis l’ouverture de l’autoroute à péage Dakar-Mbour-Fatick-Kaolack.
Dans cette ville-carrefour, où se croisent les véhicules en provenance ou à destination de Dakar, Ziguinchor, Tambacounda et du Mali, le trafic semble avoir changé de visage. Sur la route nationale n°4 (RN4), reliant le centre-ville à Ngane en passant par Passoire, les poids lourds, les bus et les véhicules de transport interurbain se succèdent à un rythme soutenu.
Mais c’est surtout dans les quartiers que cette nouvelle configuration de la circulation inquiète.
À Touba Ndorong, vers la mairie de Kaolack, où à Tally Cheikhou Ndiaye, des conducteurs empruntent des voies secondaires pour contourner les embouteillages et rejoindre la route nationale n°1 (RN1). Ces ruelles, conçues pour desservir les habitations, se retrouvent ainsi sur le passage de camions et de bus dont le gabarit semble parfois peu compatible avec leur étroitesse.
Pour les habitants, sortir de chez soi devient alors une opération qui exige prudence et vigilance. Un enfant qui traverse, un piéton qui s’engage dans la rue ou un motocycliste qui tente de se frayer un passage peuvent se retrouver face à un véhicule lourd surgissant à l’improviste.
”Les gros porteurs qui prenaient la RN1 ont changé d’itinéraire depuis l’ouverture de l’autoroute à péage. Cela a occasionné des embouteillages et la dégradation des routes, sans aucun encadrement”, déplore Abou Dione.
Son inquiétude porte particulièrement sur l’entrée de la ville, à partir de la sortie de l’autoroute. Il redoute que la situation ne s’aggrave si aucune mesure n’est prise pour organiser le trafic et encadrer le passage des poids lourds.
A Pasoire, le grondement des moteurs et les klaxons viennent régulièrement interrompre le calme des habitations.
Les camions qui traversent le quartier soulèvent de la poussière, tandis que les nuisances sonores rendent les journées et les nuits plus difficiles pour les riverains.
Vêtue d’un grand boubou bleu, Fatou Seck observe avec inquiétude cette circulation devenue plus dense. Elle appelle les parents à redoubler de vigilance et les autorités à prendre des mesures pour protéger les populations.

L’autoroute aurait dû s’accompagner d’un dispositif permettant d’éviter que les quartiers d’habitation ne deviennent des voies de transit pour les gros porteurs, dit-elle.
”Kaolack ne peut pas continuer à jouer son rôle de carrefour routier au prix de la dégradation de ses infrastructures et de la sécurité de ses populations”, ajoute Fatou Seck.
Au bruit des moteurs, s’ajoute un autre problème, plus silencieux mais tout aussi préoccupant : l’état des routes secondaires.
Sur plusieurs axes, les nids-de-poule et les chaussées déformées obligent automobilistes, motocyclistes et piétons à multiplier les manœuvres pour éviter les obstacles.
Pour Demba, conducteur de moto-taxi, chaque trajet est devenu une épreuve. Au guidon de sa moto, il doit composer avec les trous dans la chaussée, les embouteillages et les véhicules qui se disputent le passage. À chaque choc, c’est aussi la mécanique qui trinque.
”La circulation dans la commune est un véritable calvaire pour nous, les Jakartamen. Tous les deux ou trois jours, tu es obligé de dépanner ta moto à cause de l’état des routes”, lance-t-il, d’un ton amer.
Il interpelle la municipalité et plaide pour un programme spécial de réhabilitation des routes secondaires, afin de réduire les dépenses d’entretien des conducteurs et de faciliter les déplacements dans la commune de Kaolack.
Dans cette ville située au croisement de plusieurs axes routiers, l’ouverture de l’autoroute à péage est ainsi vécue par certains habitants comme une source de nouvelles contraintes.
Entre embouteillages, poussière, routes dégradées et crainte des accidents, les riverains attendent désormais des mesures concrètes pour que le développement des infrastructures routières ne se fasse pas au détriment de leur sécurité et de leur cadre de vie.
MS/BK
