SENEGAL-AGRICULTURE-REPORTAGE
Kaolack, 16 oct (APS) – Peu après 17 heures, alors que le soleil amorce sa descente sur les champs du Saloum (centre), les parcelles de riz pluvial offrent un spectacle qui nourrit l’espoir des producteurs. Les plants verdoyants, alignés dans les champs de Médina Guéyène, dans la commune de Dabaly, témoignent des ambitions placées dans cette culture.
Ici, comme à Latmingué et dans d’autres localités de la région de Kaolack, la disponibilité des semences certifiées et des intrants à temps ouvre de nouvelles perspectives pour une riziculture appelée à contribuer à la souveraineté semencière et alimentaire du Sénégal.
Dans la lumière de fin d’après-midi, les parcelles se dévoilent au fil d’une visite de terrain, à mesure que les producteurs observent leurs plants, attentifs à leur évolution après un hivernage marqué par des difficultés pluviométriques.
Derrière cette verdure, des attentes, des efforts et surtout l’espoir de récolter les fruits d’une campagne mieux préparée.
À l’origine de cette dynamique, se trouve le Projet d’appui à la production de semences de riz pluvial, financé par l’Agence japonaise de coopération internationale (JICA) et conduit par la Direction de l’agriculture.
L’initiative vise à rapprocher les semences des producteurs, en leur permettant de disposer, dans leurs propres zones, de variétés certifiées adaptées aux conditions agroécologiques locales.
”Les producteurs doivent avoir des semences disponibles à temps dans leurs zones de production”, explique Daouda Sène, coordonnateur du projet, qui place la souveraineté semencière au cœur de cette démarche.

Il insiste sur la nécessité de rompre avec les retards d’approvisionnement qui obligent parfois les agriculteurs à attendre avant de procéder aux semis.
En produisant et en conservant leurs propres semences, les bénéficiaires peuvent mieux préparer la campagne et profiter des premières pluies pour installer leurs cultures.
35 hectares de parcelles semencières installés
Cette année, le projet a permis d’installer 35 hectares de parcelles semencières dans la région de Kaolack, avec plus de deux tonnes de semences mises à la disposition des producteurs.
Les interventions concernent notamment les communes de Ndiaffate, Dabaly, Kayemor, Latmingué, Sibassor et Keur Socé.
Le coordonnateur du projet table sur plus de 80 tonnes de semences à l’issue des récoltes.
Selon les prévisions, cette production pourrait permettre d’emblaver plus de 2 000 hectares lors de la prochaine campagne dans la région.
À l’échelle nationale, une production de 2 000 tonnes de semences de riz est attendue, avec pour objectif de permettre l’emblavement de 50 000 hectares lors de la prochaine campagne agricole.
Ces objectifs reposent sur le choix de variétés adaptées aux conditions locales, la disponibilité des intrants et un encadrement technique rapproché.
Malgré les difficultés pluviométriques de cet hivernage, les producteurs ont pu démarrer les semis à temps.
Daouda Sène cite notamment une parcelle emblavée vers le 15 juillet avec la variété 508, dont le comportement au champ est jugé encourageant.
Pour le coordonnateur du projet, ces premiers résultats confortent l’intérêt d’une approche fondée sur la qualité des semences et le respect du calendrier agricole.
Sur le terrain, le dispositif ne se limite pas à la distribution de semences et d’engrais. Des techniciens accompagnent régulièrement les organisations bénéficiaires, suivent l’évolution des parcelles et interviennent pour corriger les éventuelles difficultés. Un encadrement de proximité destiné à améliorer la qualité des semences produites et à renforcer les capacités des producteurs.
À Médina Guayène, la satisfaction des producteurs
À Médina Guayène, Mame Diarra Thiam, productrice de semences, salue une initiative qui contribue, selon elle, au développement de la riziculture pluviale dans le Saloum.
Elle insiste sur la disponibilité des semences et des intrants au moment opportun, ainsi que sur la qualité de la dotation en engrais. Des facteurs qu’elle juge essentiels pour mieux organiser le travail dans les champs et éviter les retards susceptibles de compromettre les semis.
Pour les bénéficiaires, l’intérêt du projet réside aussi dans la possibilité d’anticiper les opérations culturales plutôt que de subir les incertitudes liées à l’approvisionnement.
Si les résultats définitifs restent tributaires de la fin de la campagne, les perspectives observées sur les parcelles entretiennent l’espoir de récoltes satisfaisantes.
À Ngayemor, la riziculture s’étend aux semences et à la consommation
À Ngayemor, la dynamique prend une autre dimension avec le développement simultané de la production semencière et du riz destiné à la consommation.
La société coopérative agro-commerciale locale a emblavé huit hectares pour les semences et 23 hectares pour le riz de consommation, indique son président, Codé Ndiaye.
A ses yeux, ce projet constitue une opportunité de renforcer durablement la riziculture pluviale et de contribuer à l’autosuffisance alimentaire et semencière.
Il salue notamment l’approche inclusive adoptée par les responsables et les formations destinées aux producteurs pour améliorer les rendements.
Mais les ambitions ne s’arrêtent pas à cette campagne. Codé Ndiaye plaide pour une deuxième phase qui permettrait d’étendre les superficies, de consolider les capacités des organisations paysannes et d’inscrire les acquis dans la durée.
À Latmingué, l’espoir se heurte au défi de la mécanisation
Dans la commune de Latmingué, Andel Kitane, président de la coopérative agricole Lambor, voit dans cette initiative une innovation importante pour le bassin arachidier, où la riziculture pluviale cherche progressivement à gagner du terrain.
Il met en avant la combinaison de semences adaptées, d’intrants de qualité et d’un accompagnement technique régulier, autant de conditions qui, selon lui, permettent aux producteurs de mieux préparer leurs campagnes.
”Quand vous avez les semences de qualité à votre disposition, vous pouvez semer à temps et commencer votre travail”, souligne-t-il.

Il reste que derrière ces perspectives encourageantes, les difficultés liées à la mécanisation demeurent.
Dans plusieurs exploitations, les semis et les opérations de récolte reposent encore largement sur le travail manuel.
L’insuffisance du matériel, notamment des batteuses, limite les possibilités d’augmenter les superficies et d’améliorer la productivité.
Andel Kitane appelle ainsi les pouvoirs publics et les services techniques à faciliter davantage l’accès des organisations paysannes aux équipements agricoles.
Les services agricoles saluent les progrès enregistrés
Chef du Service départemental du développement rural (SDDR), Guy Valentin Médang relève des avancées dans l’autonomisation des producteurs, aussi bien dans la production du riz de consommation que dans celle des semences.
Il insiste sur l’adaptation des variétés aux conditions locales, mais également sur le suivi quotidien assuré par les techniciens auprès des organisations bénéficiaires. Cette présence permet, selon lui, d’identifier rapidement les difficultés et d’apporter les corrections nécessaires.
La mise à disposition des intrants avant les semis constitue également un acquis important, estime le responsable, qui se félicite des résultats observés sur le terrain.
Face aux besoins exprimés par les producteurs, Daouda Sène annonce que le projet a engagé une procédure d’acquisition de petits équipements agricoles, notamment des mini-faucheuses, des mini-batteuses et des semoirs.
Ces matériels devraient être mis à la disposition des bénéficiaires à l’issue de la procédure en cours. Le coordonnateur reconnaît cependant que ces dotations ne suffiront pas à couvrir l’ensemble des besoins exprimés.
C’est dire que l’ambition des producteurs dépasse les résultats attendus de la campagne en cours. Il s’agit désormais de faire de la riziculture pluviale une activité durable, capable de renforcer l’approvisionnement local en semences et de contribuer à la sécurité alimentaire.
MS/BK
