Pour le Dr Shweta Goburdhone, le comportement d’un chien ne se résume pas à sa race. L’éducatrice canine insiste sur les responsabilités qu’implique le choix d’un chien puissant.
Sa puissance physique impose de prendre le risque au sérieux. Mais suffit-elle à faire du Rottweiler un chien dangereux ? Trois spécialistes décryptent les facteurs qui influencent son comportement et la responsabilité de ceux qui en ont la charge.
Sa carrure impressionne, sa force peut causer des blessures graves et sa réputation nourrit la méfiance. Mais le Rottweiler soulève une question qui dépasse son cas : peut-on considérer une race comme dangereuse sans tenir compte du chien lui-même, de son parcours et des conditions dans lesquelles il vit ?
Le Dr Shweta Goburdhone, vétérinaire enregistrée à Maurice depuis janvier 2023, refuse ce raccourci. « Je ne crois pas que nous devions qualifier toute une race de dangereuse », estime-t-elle. Son expérience des chiens de travail, notamment des bergers allemands, l’amène à ne pas réduire le comportement d’un animal à sa race. Mais refuser une condamnation systématique ne revient pas à nier les risques liés à ses caractéristiques physiques.
Tout commence, selon Peggy Murden, dès les premières étapes de la vie du chiot. Éducatrice canine certifiée, passionnée de chiens et propriétaire de neuf animaux, elle a côtoyé plus d’une centaine de chiens, dont des Rottweilers. Elle recommande que le chiot reste auprès de sa mère jusqu’à environ trois mois, une indication à considérer au regard des recommandations vétérinaires et des circonstances propres à chaque animal. Elle rappelle aussi leurs besoins spécifiques : « Ces chiens ont besoin d’avoir un rôle pour pouvoir vivre pleinement. »
Les conditions de vie comptent tout autant. « Les chiens ont besoin de plus que de la nourriture et d’une cour », souligne le Dr Shweta Goburdhone : l’animal a besoin d’un environnement adapté et d’une prise en charge qui ne se limite pas à ses besoins matériels.
Choisir un Rottweiler suppose donc d’évaluer sa capacité à répondre aux besoins du chien et à le maîtriser. Temps disponible, environnement, éducation et moyens financiers doivent être pris en compte. Peggy Murden déconseille d’ailleurs cette race aux personnes inexpérimentées qui ne sont pas prêtes à s’investir dans son éducation.
Cette exigence ne signifie pas que seuls les Rottweilers présentent un risque.
« Chaque chien, quelle que soit sa race ou sa taille, peut mordre », rappelle Meera Appadoo, militante pour la protection animale depuis une vingtaine d’années et formée à la gestion des populations canines et félines. Mais toutes les morsures n’ont pas les mêmes conséquences : le gabarit et la puissance de l’animal peuvent aggraver les blessures.
Vigilance et observation
La présence d’enfants appelle, elle, une vigilance particulière. Même habitué à leur compagnie, un chien peut réagir de manière imprévisible. Les adultes doivent superviser les interactions et apprendre aux enfants à ne pas déranger un animal qui mange, dort ou cherche à s’éloigner. La familiarité ne garantit pas la sécurité, et la surveillance ne doit pas être déléguée à l’enfant.
L’aménagement des lieux constitue une autre ligne de protection. Peggy Murden recommande notamment un système de double portail afin de limiter les risques de fuite et les contacts non maîtrisés avec les visiteurs. Ces précautions ne suppriment pas tout danger, mais elles permettent de réduire les occasions d’incident, en particulier lorsqu’un chien puissant doit être maintenu à distance de personnes qui ne le connaissent pas.
Ni la socialisation, ni l’apprentissage, ni l’activité ne constituent toutefois une garantie contre les comportements agressifs. La peur, le stress, la défense d’un territoire ou d’une ressource, une expérience négative ou un problème médical peuvent modifier les réactions d’un chien. Lorsqu’un changement soudain de comportement ou des signes d’agressivité apparaissent, le Dr Shweta Goburdhone recommande de rechercher une éventuelle cause médicale et, si nécessaire, de consulter un professionnel qualifié du comportement. Attendre une morsure pour s’interroger revient à intervenir trop tard.
Un chien peut manifester son malaise avant de mordre. Peggy Murden cite notamment le blanc de l’œil visible – le whale eye –, le léchage des babines, les oreilles rabattues ou le corps qui se raidit. Ces signes peuvent indiquer une tension, mais ils ne permettent pas de prédire à coup sûr une attaque.
Élevage responsable
Ils peuvent aussi être mal interprétés ou passer inaperçus : le Dr Shweta Goburdhone rappelle d’ailleurs que les signes précurseurs ne sont pas toujours reconnus. Se fier uniquement à la capacité de repérer le malaise d’un chien serait donc insuffisant : l’observation doit s’accompagner de mesures concrètes pour éviter les situations à risque.
La responsabilité ne s’arrête pas aux propriétaires. Meera Appadoo l’élargit aux éleveurs et au suivi des animaux. Une sélection qui néglige la santé ou le tempérament des chiens peut compliquer leur prise en charge. Elle insiste sur l’importance d’un élevage responsable, de l’identification des animaux et de la traçabilité afin que les détenteurs puissent être responsabilisés.
Ces mesures se heurtent toutefois à un problème plus vaste à Maurice : la surpopulation canine et féline, qui complique le suivi des animaux et l’identification des responsables. Pour Meera Appadoo, la prévention passe notamment par la stérilisation, mais aussi par une meilleure coordination entre la MSAW, les autorités, la police, les vétérinaires, les associations de protection animale et les éleveurs.
La prévention des morsures ne peut donc reposer sur les seuls propriétaires. Elle nécessite une action coordonnée, du choix de l’animal à son suivi, ainsi que l’application des règles existantes. L’enjeu est de prévenir les incidents sans réduire le problème à une seule race.
