SENEGAL-AVICULTURE-MENACE
Thiès, 11 oct (APS) – L’interprofession avicole du Sénégal (IPAS) a alerté, samedi, sur les risques économiques, environnementaux et sociaux que ferait peser l’installation prochaine de grands producteurs avicoles étrangers à Thiès et à Diourbel sur la filière avicole avec ”la perte éventuelle de milliers d’emplois”.
‘’Les acteurs ont été informés d’un projet d’implantation d’une ferme d’un million de poules pondeuses à Thiès’’, a indiqué le secrétaire général de l’IPAS Mamadou Bâ, lors d’un point de presse.
Selon lui, ce projet de poules pondeuses, au regard du chiffre annoncé, risque de ‘’perturber durablement et gravement” le marché de la filière avicole du Sénégal.
Selon l’IPAS, des investisseurs chinois seraient annoncés dans la région de Thiès, alors qu’un autre projet porté par des Brésiliens est attendu dans la région de Diourbel.
‘’Cette problématique est assez grave, c’est la raison pour laquelle au sein de l’interprofession, nous avions jugé utile de tenir un point de presse, pour nous adresser à la communauté nationale, internationale et surtout aux autorités sénégalaises”, a poursuivi, M. Bâ.
Il a insisté sur ”l’urgence de réexaminer les autorisations accordées à ces investisseurs et d’attirer l’attention des autorités sur l’imminence de ce projet qui va affecter profondément la filière avicole sénégalaise”.
‘’Avec trois millions de pondeuses, nous parvenons à approvisionner correctement le marché sénégalais et d’après nos simulations, si cet effectif est porté à 4,5 millions voire plus, cela va gravement perturber et nuire le fonctionnement du secteur avicole”; a alerté le responsable de l’interprofession avicole.
‘’Soixante mille emplois sont menacés dans la filière avicole, avec l’installation de ces gros producteurs dans les régions de Thiès et de Diourbel’’, a-t-il estimé.
Il évoque le risque de voir ce projet faire disparaître une bonne partie des acteurs de la filière, surtout les petits producteurs, qui produisent environ 3.000 poulets et gagnent 200.000 à 300.000 francs CFA par mois.
Avec l’implantation d’un grand producteur, les quelque ‘’750 à 1.000 fermes avicoles’’ du bassin de Thiès, de Dakar et d’une partie de Saint-Louis, ‘’vont tous disparaître’’, a-t-il averti.
Mamadou Bâ a révélé que l’État du Sénégal et des partenaires de la Banque mondiale sont en train de recenser et cartographier les acteurs de la filière.
Au-delà des pertes d’emploi, le responsable a évoqué l’éventuel ‘’impact sanitaire’’ d’un projet d’une telle ampleur, qui ‘’va générer inéluctablement des fientes”.
‘’Ces fientes n’ont pas certainement été prises en compte dans ce projet’’, a affirmé M. Ba, se demandant où ces déchets seront-ils traités et déversés.
Selon le secrétaire général de l’IPAS, ‘’10.000 pondeuses génèrent pratiquement une tonne de fientes, [avec] un million de pondeuses, nous sommes pratiquement à une échelle de 1.000 à 10.000 tonnes de fientes’’.
Selon lui, certains grands porteurs de projet choisissent de s’implanter au Sénégal, en tant que ‘’porte d’entrée en Afrique’’, pour pénétrer le reste du continent.
Le technicien avicole estime que dès lors que ce sous-secteur de l’élevage dispose d’une interprofession, des projets aussi structurants qu’un tel investissement doivent être discutés, analysés, étudiés, pour prévenir ou atténuer l’impact économique, sanitaire et environnemental qu’il pourrait avoir.
‘’Nous pensons qu’au regard de la dynamique de ce projet, toutes les études nécessaires doivent être menées et les précautions prises pour pouvoir éviter d’impacter durablement le secteur’’, a-t-il insisté.
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