Face à la pénurie d’eau persistante à Maurice, la Central Water Authority mobilise les forages privés pour renforcer le réseau. Alors que les géomorphologues préconisent l’exploitation accrue des nappes phréatiques, la Water Resources Unit appelle à la vigilance en raison d’un déficit pluviométrique marqué.
Face à la baisse des réserves, la CWA a engagé une démarche visant à augmenter les volumes d’eau injectés dans le réseau grâce aux forages privés. Selon les informations disponibles, l’organisme dispose d’un répertoire d’environ 230 forages privés susceptibles d’être sollicités. Trois installations ont déjà été réquisitionnées : deux appartenant au groupe Medine et une à Soniawear.
Le forage de Soniawear, situé dans les environs de Valentina, fournit 5 000 m³ d’eau par jour à la CWA. Le forage de Beaux-Songes, appartenant au groupe Medine, produit de 5 000 à 6 000 m³ quotidiennement. Un autre forage de Medine fournit 1 700 m³ par jour, avec une augmentation de capacité annoncée. À Côte-d’Or, un forage appartenant à un organisme parapublic apporte également environ 2 000 m³ supplémentaires par jour. Ces volumes soutiennent le réseau desservi par Mare-aux-Vacoas, dont le niveau de remplissage est particulièrement préoccupant.
Shiam Thannoo, directeur général de la CWA, a toutefois souligné la nécessité de préserver les ressources souterraines. Les autorités privilégient les forages présentant les meilleures potentialités de production, mais tiennent aussi compte de la durée de la sécheresse et de la possibilité que les précipitations restent insuffisantes. »
Pour Prem Saddul, ancien directeur de la CWA et géomorphologue, les eaux souterraines constituent une ressource essentielle pour répondre aux difficultés actuelles. Selon lui, 53 % de la consommation d’eau à Maurice provient des nappes phréatiques, contre 30 % des réservoirs et 20 % des rivières, notamment grâce aux Containerised Pressure Filters (CPF).
« Le pays dispose de plus de 100 boreholes et c’est une technique qui dure pendant de longues années. L’eau des nappes souterraines ne diminue pas de façon drastique comme dans les réservoirs et, à chaque pluie, l’eau parcourt plusieurs kilomètres pour arriver aux nappes, disons de trois à six mois, mais l’eau est bel et bien présente », explique-t-il.
L’ancien responsable met également en avant la filtration naturelle de l’eau au cours de son parcours dans le sol. « Ce qui est intéressant avec le forage, c’est que l’eau vient avec ce que l’on appelle une filtration naturelle, il faut juste la traiter avec le chlore pour ensuite la consommer. » La potabilité doit néanmoins être confirmée par des analyses, et le traitement adapté à la qualité de l’eau avant sa distribution aux consommateurs.
Prem Saddul indique qu’il a identifié quatorze sites exploitables où le ministère pourrait envisager de nouveaux forages. « L’heure n’est pas à la colère. Il faut trouver des solutions et très vite », insiste-t-il
Lormush Jhugoo, responsable de la Water Resources Unit, apporte une nuance à cette proposition. Selon lui, le niveau des nappes phréatiques varie d’un site à l’autre et le déficit pluviométrique de cette année a entraîné un recul des réserves par rapport aux années précédentes.
« Il faut savoir que le pays dispose de 585 boreholes, dont 192 appartiennent à la CWA et 393 au secteur privé. Toutefois, c’est la CWA qui pompe le plus d’eau à travers les différents forages. Avec l’absence de pluies que nous avons connue cette année, il faut dire qu’il y a un déclin comparé aux années précédentes. Il faudra que la pluie tombe pour que nos aquifères puissent se ressourcer », explique-t-il.
La possibilité de réquisitionner d’autres forages privés est également envisagée, mais aucune décision ne peut être prise sans une évaluation préalable de la situation. « Nous travaillons aussi sur l’éventualité de réquisitionner d’autres boreholes, mais d’abord il faut étudier la situation et voir si cette option peut être explorée », précise-t-il.
Les chiffres avancés par les intervenants devront être confrontés aux données actualisées de la Water Resources Unit. Les capacités techniques des forages ne suffisent pas à déterminer le volume qui peut être prélevé durablement : il faut également connaître l’état des nappes, leur rythme de recharge et les prélèvements déjà effectués.
Parallèlement à la mobilisation des ressources souterraines, la CWA a revu les horaires de distribution dans plusieurs régions. Selon les communiqués diffusés cette semaine, Vacoas, Phoenix et Saint-Pierre sont concernés par une distribution de 3 heures à 8 heures les jours pairs, du 12 au 30 octobre. À Curepipe, la même plage horaire est prévue les jours impairs, du 13 au 31 octobre.
Toutefois, certains habitants ne reçoivent pas d’eau au robinet malgré cette alternance. Cette situation soulève des questions sur les problèmes de pression, l’état du réseau et les différences entre les horaires annoncés et l’approvisionnement réellement constaté dans les foyers. Des témoignages sur le terrain, ainsi que des explications de la CWA, permettront de déterminer l’ampleur de ces difficultés.
Shiam Thannoo, directeur général de la CWA, précise que la distribution alternée, de 3 heures à 8 heures, vise à permettre aux consommateurs de constituer des réserves d’eau pour leurs besoins quotidiens. Il appelle ainsi chaque foyer à prendre ses dispositions en fonction du calendrier de distribution afin de limiter les désagréments liés aux interruptions. « L’eau est distribuée tous les deux jours, de 3 heures à 8 heures, pour permettre aux habitants de constituer des réserves pour leurs besoins quotidiens. Si les jours où d’autres habitants doivent avoir une distribution et d’autres régions viennent dire qu’ils n’ont pas eu d’eau, le plan mis en place est perturbé. Si les camions-citernes restent à disposition, s’il y a le moindre souci, il faut aussi la collaboration du public. »
Water Tank and Pump Grant Scheme étendu à la semaine prochaine
Le dispositif de subvention pour les réservoirs domestiques et les pompes reste également ouvert. Shiam Thannoo indique que les consommateurs peuvent continuer à faire leur demande dans les bureaux de la CWA, en respectant l’ordre alphabétique établi. « L’exercice pour obtenir la subvention sur les deux réservoirs à usage domestique ainsi qu’une pompe est toujours d’actualité. Donc le public peut se rendre dans les bureaux de la CWA pour faire sa demande », explique-t-il. Précédemment, 18 490 demandes avaient été enregistrées depuis le lancement de l’exercice, un volume que le directeur général avait qualifié de presque inattendu. À ce stade, 98 demandes ont été retenues, selon les dernières informations communiquées. Le dispositif prévoit deux réservoirs à usage domestique, de 500 et de 1 000 litres, ainsi qu’une pompe, afin d’aider les ménages à constituer une réserve lorsque la distribution est interrompue. Le public peut aussi s'inscrire en ligne et ce, jusqu'à la semaine prochaine.
Un comité interministériel placé sous la présidence du Premier ministre
Face à la situation d’urgence concernant l’approvisionnement en eau, le Cabinet a approuvé la mise sur pied d’un comité interministériel présidé par le Premier ministre, Navin Ramgoolam. Cette instance aura pour mission d’examiner la situation et de coordonner les actions des différents ministères concernés. Le comité réunira huit ministres, dont celui de l’Énergie et des Services publics, du Logement et des Terres, de l’Agro-industrie, de la Sécurité alimentaire, de l’Économie bleue et des Pêches, ainsi que celui des Infrastructures nationales. Y siégeront également les ministres de la Santé et du Bien-être, de l’Intégration sociale, de la Sécurité sociale et de la Solidarité nationale, de l’Industrie, des PME et des Coopératives, ainsi que des Collectivités locales.
