Lors des réunions annuelles du FMI et de la Banque mondiale à Bangkok, du 12 au 18 octobre, le Sénégal s’est retrouvé au centre des discussions américaines sur la dette souveraine. Les échanges se tiennent dans un contexte de forte inquiétude sur le coût de l’emprunt, la volatilité des marchés obligataires et les risques liés à la dette publique. Le secrétaire américain au Trésor, Scott Bessent, a rappelé aux institutions de Bretton Woods leurs missions de surveillance et appelé la Banque mondiale à ne plus prêter à certains pays, dont la Chine et la Pologne.
En marge des réunions, la sous-secrétaire américaine au Trésor Erin Browne a salué les avancées du dossier sénégalais. Reuters, Seneweb et Seneplus rapportent que Washington voit dans le Sénégal un exemple encourageant pour l’application du Cadre commun du G20, conçu pour faciliter les restructurations de dettes souveraines. Browne a également présidé à Bangkok la Global Sovereign Debt Roundtable, qui réunit des créanciers, des emprunteurs et des acteurs du secteur privé.
Les États-Unis souhaitent que la restructuration de la dette sénégalaise aboutisse en moins d’un an. Le reprofilage prévu dans le plan du pays consiste à allonger les échéances afin de répartir des remboursements concentrés sur une période. Le FMI présente cette option comme adaptée à une perte temporaire d’accès aux marchés lorsque la dette reste soutenable dans le cadre d’un programme crédible.
L’enjeu est d’autant plus important que le Sénégal attend le feu vert à un programme du FMI de 2,2 milliards de dollars, toujours en négociation. La perspective d’un bras de fer entre Dakar et Washington avait été alimentée par la révision à la hausse de la dette, le scandale des montants non déclarés et les interrogations sur une éventuelle restructuration. Mais le Fonds a adopté un ton plus nuancé : après sa mission à Dakar, achevée le 6 novembre, sa directrice de la communication, Julie Kozack, a indiqué que ses services et la direction proposeraient une approche pour traiter le cas de « misreporting » sénégalais.
Ce dossier fait suite à la découverte, en 2025, de plus de 11 milliards de dollars de dette jusque-là non déclarée. La révision a entraîné la suspension du programme antérieur du FMI, d’un montant de 1,8 à 1,9 milliard de dollars, et fragilisé la confiance des marchés. Le Fonds a toutefois indiqué qu’il ne demanderait pas le remboursement anticipé des sommes dues, sous réserve de l’approbation de son conseil d’administration. Le débat porte donc à la fois sur la soutenabilité de la dette et sur la manière de rétablir la transparence et la crédibilité des comptes publics.
La situation économique présente aussi des signes de résilience. Portée par le boom des hydrocarbures, la croissance du PIB réel a atteint 6,7 % en 2025, tandis que le gouvernement a engagé un sérieux tour de vis budgétaire. Ces éléments pèsent dans l’évaluation du Fonds : ils peuvent soutenir la recherche d’un accord, sans effacer les inquiétudes suscitées par l’ampleur de la dette révisée.
Dans le schéma de traitement évoqué, les créanciers bilatéraux concernés pourraient être la Chine et la France, tandis que les banques multilatérales de développement garantiraient le refinancement d’emprunts coûteux, notamment les Eurobonds, en contrepartie d’une transparence accrue sur la dette. C’est dans ce contexte que le cas sénégalais est présenté à Bangkok comme un test du Cadre commun du G20 et de la capacité des créanciers à coordonner rapidement leur réponse.
