Dans la zone de Kanyosha de la partie sud de Bujumbura, des bidons sont rangés ou entassés devant des robinets publics, près des tanks installés par la société Amazi water, ou encore dans des parcelles où les privés ont réussi à capter l’eau souterraine par forage.
Il est rare de faire une dizaine de minutes sans croiser des gens, bidons à la main, à la recherche de l’eau. Cela est sans parler des jeunes vendeurs d’eau qu’ils transportent sur leurs vélos.
Toutes les personnes en attente de ce produit doivent user de patience et d’endurance. « Nous déposons ces bidons sur la queue et attendons. Personne ne peut savoir quand l’eau viendra », lance une jeune femme qui s’impatiente devant un tank d’eau dans le quartier Kajiji. Les puiseurs sont nombreux à attendre l’arrivée de l’eau dans ce bagage d’une capacité de 10 mille litres.
Cette eau de forage ne leur parvient que quand il y a de l’électricité. « Malheureusement, nous nous heurtons aussi au problème de manque de courant électrique. Il est très rare d’en avoir pendant une heure de suite dans le quartier, voire dans toute la zone », déplore un jeune homme à côté. Il indique que des ménages peuvent passer deux ou trois jours ou même plus sans une goutte d’eau dans les ménages. « L’eau de la Régideso a tari. Nous espérions la solution de rechange sur des fontaines publiques d’Amazi water. Voilà qu’elle aussi nous manque faute de courant ».
Payer cash, une solution plus ou moins sûre
Les habitants de Kanyosha sont contraints d’observer une résilience aigue face à ce manque. Avoir de l’argent disponible pour payer cash devient finalement pour eux une obligation. « Nous devons boire de l’eau. Nous devons cuisiner pour manger, lessiver. Il faut qu’on se lave, laver les ustensiles de cuisine, les toilettes, torchonner, assurer la propreté des maisons et bien d’autres activités encore. Tout demande de l’eau. Hélas, l’eau manque alors que l’eau c’est la vie », se désole un habitant.
Malheureusement encore, l’eau payée cash auprès des vendeurs ambulants n’est pas toujours buvable. Des témoins font savoir que l’eau à boire qu’ils consomment provient des montagnes surplombant la zone dont Kamesa, à partir des bornes fontaines situées près de la route nationale numéro 7. Un bidon de vingt litres coûte 3 500 ou 4 000 BIF.
L’eau souterraine, une alternative mais qui est chère
Des propriétaires privés ayant réussi à avoir l’eau tirée du sous-sol par voie de forage jubilent un peu. Ils sont plus ou moins soulagés après des efforts physiques, logistiques et financiers engagés pour faire arriver cette denrée à la surface.
N.M affirme que l’investissement est très couteux. « Il a fallu plusieurs dizaines de millions de francs burundais pour pouvoir capter l’eau. La nappe se trouve à plus de cinquante mètres dans le sous-sol. C’est un projet cher non seulement en termes financiers mais aussi de temps ».
Vendeurs, acheteurs et consommateurs d’eau se croisent sur le lieu, dans une parcelle à Kajiji. Un des puiseurs fait savoir qu’un bidon de 20 l s’achète à 300 BIF. « Et là, c’est en temps normal quand il y a de l’électricité de la Régideso. Si le propriétaire se met à allumer son générateur, le bidon coûte 500 francs. Mais, ce n’est pas toujours évident qu’il y ait du carburant pour alimenter ce groupe électrogène ».
Il renseigne que si le courant de la Régideso manque en même temps que le carburant pour alimenter le générateur, tout s’arrête.
A cet endroit précis, des bidons et autres bagages sont entassés pendant plusieurs heures, le jour comme la nuit, en attendant d’être remplis. Des voisins préfèrent même y laisser ceux qui sont plus volumineux pour le remplissage chaque fois que l’eau est disponible.
Amplification du problème en amont
Le problème d’eau s’amplifie selon la pente des quartiers dans cette zone de Kanyosha. Une double particularité se manifeste pour le quartier Nkenga. Non seulement il est plus en amont par rapport à Kajiji et Busoro, mais également les habitants n’ont pas encore eu une quelconque installation de la part de la Régideso.

« Beaucoup de ménages ici payent mensuellement les vendeurs qui emmènent l’eau sur vélos. Ils font payer cent mille francs, cent-vingt mille voire plus par mois. C’est un lourd fardeau que tout le monde est malheureusement contraint de porter », lance un habitant de ce quartier nouvellement viabilisé et qui se remplit rapidement au regard des chantiers qui sont en train d’y être érigés.
Les citoyens racontent que même si le fournisseur s’absente quelques jours, à la fin du mois, il exige la totalité du payement faute de quoi il s’en va. « Souvent, nous sommes contraints d’adopter le profil bas ».
La même situation prévaut dans d’autres zones
La zone de Kanyosha est un cas parmi plusieurs. La même situation se présente dans d’autres quartiers de toutes les communes de la capitale économique. Un habitant du quartier Taba de la zone Gihosha en commune Ntahangwa raconte en effet que des gens peuvent passer tout un mois sans aucune goutte d’eau.
Pour avoir de l’eau à boire, il faut payer au moins un petit bidon de cinq litres d’eau minérale. Il en est presque de même dans le quartier Gisandema où les ménages peuvent passer trois jours sans eau. Certains disent simplement : « La pénurie d’eau dans nos quartiers, on n’en parle plus ».
Les habitants contactés à ce sujet émettent unanimement un même souhait : que la Régideso fasse tout ce qui est en son pouvoir pour leur fournir de l’eau. « Quand l’eau manque, vous comprendrez que la déduction des faits est claire. La vie se détériore lentement ».
Augmenter de 30% la quantité d’eau produite

Pour sa part, le directeur général de la Régideso reconnaît les faits. Les difficultés d’approvisionnement en eau potable sont une réalité selon Jean-Albert Manigomba. Il explique notamment que l’extension de la ville de Bujumbura figure parmi les principales causes de ce désagrément. Lors d’une conférence de presse du 19 août 2026, il a indiqué que des améliorations sont attendues à travers le projet d’accès à l’eau potable et à l’assainissement (PAEPA).
Il prévoit le renouvellement de certains équipements vieillissants dans le système d’approvisionnement dont les pompes et les transformateurs. Il a affirmé que le dispositif de traitement et de purification des eaux provenant du lac Tanganyika doit être amélioré. L’objectif est d’augmenter de 30% la quantité d’eau produite à partir du lac Tanganyika.
