Avec deux camions et deux vans, la famille Lalbahadoor approvisionne des marchés de gros de plusieurs régions.
Fils d’un marchand ambulant, il a quitté l’école en Grade 11 pour épauler son père, puis a entraîné sa famille dans l’importation de fruits. Quatre ans plus tard, l’entreprise familiale approvisionne cinq marchés de gros.
«Nous avons perdu beaucoup d’argent au début. » Mihir Lalbahadoor n’enrobe pas les choses. À 24 ans, ce fils de marchand ambulant, qui a quitté l’école en Grade 11, participe à la gestion d’une entreprise familiale d’importation et de distribution de fruits. Les Lalbahadoor disposent de deux camions et de deux vans, et approvisionnent des marchés de gros à Port-Louis, Flacq, Quatre-Bornes, Vacoas et Rose-Hill. Il y a quatre ans, ils n’étaient pas là. Ils ont misé les économies de la famille, un prêt, et l’avenir de tous.
Le jeune entrepreneur a grandi au milieu des cageots de fruits, dans les rues animées de Port-Louis. Son univers, c’est la rue La Chaussée, où son père, Toolsydass Lalbahadoor, 59 ans, exerce le métier de marchand ambulant. Mihir a deux grandes sœurs : Danishta, 30 ans, titulaire d’une licence en agriculture, et Keshika, 26 ans. Leur mère, Asha, est femme au foyer. Dans ce foyer modeste, les efforts des parents sont les fondations sur lesquelles les enfants construisent progressivement leur avenir.
Le garçon regarde. Il observe ce qu’il en coûte de gagner sa vie, de satisfaire les clients, de faire face aux difficultés. Dès l’âge de huit ans, il comprend que chaque roupie gagnée représente des heures de travail et des sacrifices.
« J’ai grandi en voyant mon père travailler dur. Je savais que rien ne lui était donné gratuitement. Il fallait se lever, travailler et persévérer pour avancer. Cela m’a beaucoup marqué », confie Mihir.
Quitter l’école pour l’étal
Cette réalité nourrit son ambition. Il ne veut pas seulement poursuivre l’activité familiale telle qu’il la connaît : il veut en comprendre les rouages et trouver des moyens de la développer. Alors Mihir arrête ses études et consacre davantage de temps au commerce familial pour épauler son père. « J’ai toujours voulu être autonome et construire quelque chose par moi-même. »
Cette décision marque un tournant. Sur le terrain, il apprend à connaître les attentes des clients, à gérer les marchandises, à mesurer l’importance d’une organisation rigoureuse. Chaque journée est une nouvelle leçon.
Mais le jeune homme ne veut pas se limiter à la vente ambulante. Il imagine une autre dimension pour l’entreprise familiale. « Je voulais aider mes parents et leur donner la possibilité d’aller plus loin. Je savais qu’il fallait travailler davantage, mais je voulais aussi trouver une autre façon de faire évoluer notre commerce », explique-t-il.
J’ai toujours voulu être autonome et construire quelque chose par moi-même.»
Ce choix a un prix, qu’il ne cache pas. « À un âge où certains jeunes ont d’autres priorités, j’ai choisi de m’investir pleinement dans le commerce et d’assumer les responsabilités qui accompagnent cette décision. » Regrette-t-il l’école ? « Oui, parfois, je me dis que j’aurais pu poursuivre mes études et apprendre davantage. L’éducation reste importante. » Mais il enchaîne : « J’aime profondément le métier que j’exerce aujourd’hui. »
Le pari de l’importation
À 20 ans, Mihir décide de franchir une étape : passer de la vente au détail à l’importation directe de fruits. Une ambition qui exige des moyens financiers, de nouvelles connaissances et une bonne dose d’audace. Ses parents le soutiennent dès le départ : « Ils m’ont donné la confiance nécessaire pour prendre des initiatives et tenter ma chance. »
Reste à savoir ce que cela implique. Importer ne s’improvise pas : il faut identifier des fournisseurs fiables, négocier les prix, passer les commandes, organiser le transport maritime, anticiper les besoins du marché. La conservation des produits, les délais de livraison et les imprévus logistiques sont autant d’enjeux. Le projet nécessite donc un investissement conséquent.
Les économies réunies au fil des années sont mises à contribution, et un prêt est contracté auprès de MauBank. La décision est réfléchie, mais le risque est réel.
« Nous avons investi nos économies parce que nous croyions en ce projet. Nous savions que nous prenions un risque, mais nous étions prêts à travailler dur pour réussir. Nous ne voulions pas abandonner avant même d’avoir essayé », raconte Mihir.
Son premier fournisseur est en Égypte. Avec lui, il faut accomplir les formalités administratives et réunir les documents liés à l’importation. Des possibilités sont également explorées avec l’Afrique du Sud. « Au début, tout était nouveau pour moi. J’ai dû apprendre sur le terrain, procéder par essais et erreurs et comprendre progressivement les exigences de ce métier. »
La première importation, il s’en souvient « très bien » : des oranges. « Tout s’est extrêmement bien passé. La confiance que nous avons établie avec notre fournisseur a été exceptionnelle. » L’offre s’élargit ensuite à des fruits venus aussi d’Afrique du Sud, de Chine et du Maroc : mandarines, poires, raisins, oranges et pommes.
Le risque ne reste pas théorique. Les fruits sont des produits périssables : une cargaison arrive dans de mauvaises conditions, la conservation pose problème, la marchandise ne se vend pas assez vite, et les pertes peuvent être considérables. Pour la famille, elles l’ont été. « Malgré les obstacles et les pertes financières, nous n’avons pas abandonné. Nous savions ce que nous voulions construire et nous avons continué à travailler pour y parvenir. »
De cette période, Mihir retient une règle. « J’ai appris qu’une erreur ne doit jamais être commise en vain. Lorsqu’un problème survient, il faut en comprendre les causes, reconnaître ce qui n’a pas fonctionné et en tirer des leçons pour l’avenir. » Depuis, la famille a pris l’habitude d’identifier ses erreurs pour ne pas les répéter. « Aujourd’hui encore, je considère que l’on apprend constamment. »
Gagner la confiance, marchand par marchand
Au début, la clientèle s’est construite pas à pas, marchand par marchand, de foire en foire. Il fallait gagner la confiance des commerçants et leur prouver qu’on pouvait leur fournir des fruits de qualité. « Dans ce commerce, la confiance se construit avec le temps et se préserve à chaque livraison. » Aujourd’hui, l’entreprise approvisionne plusieurs marchés de gros.
Ils sont six à faire tourner l’activité : Mihir, ses parents, ses deux sœurs et un comptable. Chacun a son rôle. Toolsydass assure les livraisons sur plusieurs axes, dont Vacoas, Quatre-Bornes et Rose-Hill. Une des sœurs prend en charge la facturation. Mihir s’occupe principalement des opérations à Port-Louis et dans le Sud, de l’entrepôt et de la gestion des marchandises. Le travail se poursuit sept jours sur sept. Les journées sont parfois longues, les responsabilités nombreuses.
La recherche de fournisseurs, les négociations, les commandes, le suivi des marchandises, la réception des cargaisons et les livraisons exigent une coordination permanente. Avec des produits périssables, la rapidité d’exécution et la bonne gestion des stocks sont essentielles. « Nous travaillons tous ensemble. Chacun apporte sa contribution et nous nous soutenons mutuellement. Ce n’est pas toujours facile, mais lorsque toute la famille avance dans la même direction, on trouve la force de continuer », souligne Mihir.
Le chemin parcouru depuis la rue La Chaussée est net. La suite est déjà tracée. Mihir veut son propre magasin et davantage de camions. « Nous avons déjà franchi plusieurs étapes, mais je considère que nous avons encore beaucoup de chemin à parcourir. » Il souhaite aussi élargir la clientèle et renforcer les relations avec les fournisseurs.
À ceux qui hésitent à se lancer faute de moyens ou de diplômes, il dit : « Il ne faut pas avoir peur de commencer petit. Ce qui compte, c’est d’avoir un objectif, de travailler pour l’atteindre et de ne pas abandonner au premier obstacle. Il faut croire en soi, mais aussi être prêt à faire les efforts nécessaires. » Il ne prétend pas que la réussite est facile : elle demande discipline, patience et volonté d’apprendre de ses erreurs.
Il garde aussi en mémoire les années difficiles. « Lorsqu’on connaît des moments difficiles, on réfléchit davantage avant de dépenser et on comprend qu’il faut travailler dur pour améliorer sa situation. Aujourd’hui, nous vivons plus confortablement, et cela me rappelle le chemin parcouru. »
Ce parcours, il le doit aussi à ses parents : aux longues journées de travail de son père dans les rues de Port-Louis et au rôle de sa mère dans la vie familiale. « Si nous en sommes là aujourd’hui, c’est aussi grâce aux sacrifices de mes parents. Mon père a travaillé dur pendant des années. Ma mère a toujours été présente pour nous. Je veux qu’ils puissent être fiers de ce que nous avons construit ensemble », confie-t-il.
Il garde une conviction : on ne renie jamais ses origines et on n’a pas honte de ses débuts. « Il faut être fier de son travail, croire en ses rêves et se donner les moyens de les réaliser. »
