Les tensions survenues à Maurice inquiètent les professionnels du tourisme.
Relayées par la presse internationale, les tensions survenues à Maurice inquiètent les professionnels du tourisme. Entre avertissements aux voyageurs, risque de détournement des réservations et nécessité de rétablir la confiance, l’image de la destination est en jeu.
La sécurité et la stabilité constituent les principaux arguments de vente de Maurice. Mais les tensions de ces derniers jours, largement médiatisées à l’étranger, risquent de fragiliser cet atout. Alors que plusieurs pays ont émis des recommandations à l’intention de leurs ressortissants, les opérateurs du secteur touristique à Maurice alertent sur les risques pour les réservations et l’économie nationale.
« Notre point fort pour nous promouvoir et nous distinguer est notre image de destination sûre et harmonieuse », souligne Ajay Jhurry, président de l’Association of Tourist Operators (ATO). Selon lui, toute instabilité susceptible de perturber la sécurité nationale nuit à l’image du pays et pourrait profiter aux destinations concurrentes, dans un contexte où le coût des voyages pèse déjà sur les décisions des clients.
Christian Lefèvre, directeur de Coquille Bonheur et président de Friends in Tourism (FIT), partage cette inquiétude. À l’étranger, dit-il, des incidents localisés peuvent être perçus comme une insécurité généralisée. « Face aux Maldives, aux Seychelles ou au Sri Lanka, le moindre doute pourrait pousser les voyageurs à choisir une destination jugée plus rassurante », explique-t-il.
Il cite les avertissements émis par certains pays. Selon lui, les recommandations officielles peuvent peser sur les décisions des voyageurs et affecter la crédibilité de Maurice, notamment sur les marchés sensibles aux questions de sécurité. « L’enjeu dépasse donc les annulations immédiates : c’est aussi le positionnement haut de gamme de la destination qui pourrait être fragilisé », avance-t-il.
Pour sa part, François Venin, consultant international en tourisme et Managing Partner de François Venin Hospitality Solutions, prévient qu’une prolongation des tensions pourrait ternir cette image : « Il ne faudrait pas que ça s’éternise. » Il souligne la vitesse de circulation des informations à l’ère d’Internet, qui peut amplifier les inquiétudes avant même que les conséquences sur les réservations soient mesurables.
Ces pays qui mettent en garde contre Maurice
Royaume-Uni : le Foreign Office a actualisé ses recommandations le 13 octobre, signalant des manifestations localisées et des troubles dans certaines régions de Maurice. Il conseille notamment d’éviter les rassemblements et de suivre les consignes des autorités locales.
Canada : les conseils officiels aux voyageurs ont également été mis à jour le 13 octobre. Ottawa signale les manifestations, le couvre-feu et les perturbations possibles des déplacements et des services publics.
France : le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères a publié une alerte le 13 octobre, appelant les ressortissants français à la vigilance face aux manifestations spontanées et aux troubles sociaux.
Les émeutes survenues à Maurice ont également été relayées par plusieurs médias aux États-Unis, en Australie et dans différents pays africains.
Le chiffre à retenir
1,042,241
touristes ont été accueillis entre janvier et septembre 2026. La France conserve la tête des marchés touristiques de Maurice, avec plus de 226 000 visiteurs, suivie du Royaume-Uni (100 820 visiteurs) et de La Réunion (98 088 visiteurs).
Sydney Pierre, ancien Junior Minister du Tourisme et professionnel du secteur : « Un ralentissement des réservations de dernière minute à prévoir »
Quel impact la médiatisation des tensions survenues à travers le pays dans la presse internationale pourrait-elle avoir sur la destination mauricienne ?
Très négatif. Les médias étrangers ont déjà largement relayé les événements qui se déroulent à Maurice, parfois dans des proportions bien plus importantes que ce que nous pouvons voir dans la presse locale. Avec le couvre-feu, les scènes de violence et les attaques, je crains pour la réputation et l’image de Maurice.
Certains pays, notamment le Royaume-Uni et les États-Unis, mettent en garde leurs ressortissants et leur demandent de prendre des précautions. J’espère que ces avertissements n’iront pas au-delà de cela.
Tout ce que nous souhaitons, c’est que cette crise prenne fin rapidement et que la situation revienne à la normale. Si elle perdure, elle risque sérieusement d’entacher l’image de Maurice en tant que destination sûre et paisible. Aujourd’hui, les images diffusées sur les réseaux sociaux font le tour du monde. Quels que soient les communiqués que nous pouvons publier, ce sont avant tout ces images que les voyageurs voient et retiennent.
Avez-vous déjà constaté des annulations de réservations, des reports de séjours ou un ralentissement des nouvelles réservations depuis le début de ces tensions ?
Je suis toujours en contact avec les acteurs du secteur touristique et nous avons déjà reçu des retours de clients qui annulent des sorties et des excursions. En revanche, je n’ai pas, à ce stade, d’informations faisant état d’annulations de voyages à Maurice. Je ne serais toutefois pas étonné que nous enregistrions des annulations de dernière minute.
Les voyageurs qui ont déjà payé leurs billets d’avion et leurs hôtels pourraient hésiter davantage à annuler, mais ceux qui n’ont pas encore réservé et qui envisageaient de le faire prochainement pourraient reporter leur décision. Je m’attends donc à un ralentissement des réservations de dernière minute.
Je ne pense pas, pour l’instant, que nous assisterons à des annulations massives. Maurice a démontré sa capacité de résilience en tant que destination touristique. Mais tout dépendra de l’évolution de la situation. En cette période de haute saison touristique, nous espérons que ces événements n’auront pas de répercussions importantes sur les arrivées et l’activité du secteur.
Quelles actions devraient être entreprises par les autorités et les opérateurs du secteur pour rassurer les voyageurs et préserver la confiance des marchés internationaux ?
Les autorités et les opérateurs ont déjà pris des dispositions pour permettre aux employés de se déplacer, de rester dans les hôtels lorsque cela est nécessaire et d’assurer autant que possible la continuité des services hôteliers. Cependant, nous dépendons de l’évolution de la situation à l’extérieur des établissements.
Les touristes ne viennent pas à Maurice uniquement pour rester dans les hôtels. Ils souhaitent également sortir, découvrir l’île, participer à des excursions et profiter des différentes activités proposées par la destination. Il est donc essentiel que la situation revienne rapidement à la normale afin que les visiteurs puissent profiter pleinement de leur séjour.
À mon avis, la priorité est que cette crise prenne fin le plus vite possible. La durée des tensions sera déterminante pour l’image de la destination. Si les événements cessent rapidement, nous pourrons espérer que cet épisode soit oublié et que Maurice retrouve pleinement son image de destination sûre et accueillante. En revanche, si la crise se prolonge, les conséquences sur la réputation touristique du pays pourraient être beaucoup plus importantes.
Des séjours écourtés déjà constatés
Sur le front des réservations, les constats restent contrastés. François Venin affirme ne pas avoir enregistré d’annulations au moment de son intervention, mais fait état d’appels de voyageurs inquiets. « La proximité des vacances de la Toussaint rend la situation particulièrement sensible », dit-il.
Christian Lefèvre observe surtout de l’attentisme et des demandes de réassurance. « Quelques clients ont néanmoins demandé à écourter leur séjour, notamment en raison de préoccupations liées aux transferts, aux déplacements et aux excursions. »
Pour Ajay Jhurry, le calendrier est déterminant. « Maurice arrive au terme de la période durant laquelle certains voyageurs peuvent encore annuler ou changer de destination. Les clients passant par les tour-opérateurs, particulièrement en Europe, seraient davantage exposés, ces intermédiaires disposant de facilités pour les réorienter vers d’autres destinations », fait-il comprendre.
Kunal Awotar, président de l’Association des propriétaires de boutiques touristiques, évoque, lui, une baisse récente de fréquentation dans les magasins.
Ces mesures recommandées pour rassurer les voyageurs et préserver la confiance
Face à ces risques, Christian Lefèvre appelle à une communication rapide, transparente et factuelle. Il préconise que le ministère du Tourisme informe régulièrement les partenaires internationaux, précise les zones concernées et confirme les services opérationnels sur la base d’informations vérifiées. « Une coordination entre les autorités, la police, l’aéroport, les hôteliers et les réceptifs est également nécessaire pour sécuriser les déplacements et informer les visiteurs. » Il suggère une assistance accessible 24 heures sur 24.
Kunal Awotar recommande des mesures visibles de sécurité, des communiqués réguliers, le maintien de l’accessibilité des aéroports et des ports, ainsi que le renforcement des protocoles de sécurité et de la formation du personnel à la gestion de crise. Pour Ajay Jhurry, toutefois, la réponse doit aller au-delà de la communication. Selon lui, les décideurs doivent s’attaquer aux dysfonctionnements qui fragilisent la stabilité socio-économique du pays. « La confiance au niveau international se rétablira automatiquement lorsque la confiance au niveau local sera rétablie », affirme-t-il.
