SENEGAL-PECHE-REPORTAGE
Mbour, 13 oct (APS) – Les consommateurs, comme les pêcheurs et les mareyeurs du quai de pêche de Mbour (ouest), s’inquiètent de la pénurie de poisson, que certains d’entre eux imputent aux navires de pêche étrangers.
Sous un ciel couvert, des pirogues aux couleurs vives sont immobilisées près du quai de pêche. Elles bougent au rythme des vagues. Sur le sable, les pêcheurs et les mareyeurs s’activent au milieu des charrettes et des étals.
Derrière cette ambiance habituelle du quai de pêche de Mbour, l’un des plus grands espaces de débarquement du poisson au Sénégal, se cache une grosse inquiétude : le poisson, quasi indispensable à la consommation des ménages, se raréfie.
Le prix augmente, au grand dam des consommateurs et des commerçants, qui viennent s’approvisionner au quai de pêche pour revendre dans les marchés.
Babacar Ndiaye pointe du doigt les navires de pêche qui viennent d’autres pays. D’après lui, ils écument les eaux maritimes sénégalaises et privent le pays d’importantes ressources halieutiques.
“Les bateaux étrangers s’adonnent à une pêche abusive. Beaucoup d’entre eux ne sont pas en règle. Si d’aventure, ils disposent d’une autorisation pour pêcher une seule espèce de poisson, ils en capturent plusieurs”, soutient-il.
De cette manière, ajoute M. Ndiaye, ces navires réduisent les prises des pêcheurs locaux.

Interrogé sur la rareté du poisson, Babacar Ndiaye pointe du doigt les navires de pêche qui viennent d’autres pays.
Amadou Guèye fait partie des milliers de jeunes qui pratiquent la pêche artisanale à Mbour. Il partage l’inquiétude de nombreux pêcheurs, mareyeurs et consommateurs. “Les gros navires nous rendent la vie extrêmement difficile”, s’alarme-t-il, dénonçant l’utilisation de filets dangereux pour les jeunes poissons. “Ils utilisent des filets qui capturent inutilement les petits poissons, qu’ils jettent ensuite à la mer. Ces poissons auraient pu grandir et assurer notre subsistance.”
Des vendeuses installent des étals à même le sol, près du quai de pêche. Elles s’approvisionnent auprès des pêcheurs pour revendre dans les marchés.
Fatou Seck, l’une d’entre elles, subit au quotidien la cherté du poisson. Elle dit en acheter en petite quantité, à cause de la cherté de la denrée.
“Les pêcheurs vendent le poisson à des prix très élevés. Nous sommes obligées d’acheter les plus petits poissons”, se plaint Mme Seck, expliquant que la hausse des prix réduit fortement les bénéfices des nombreuses vendeuses de poisson.
Les ménages peinent à s’approvisionner en poisson à leur guise. Sokhna Diarra Lô, venue en acheter pour la consommation familiale, rentre bredouille. “Je repars les mains vides. Le poisson, il en manque cruellement”, dit-elle, inquiète.

Amadou Guèye, un pêcheur, partage l’inquiétude de nombreux mareyeurs et consommateurs.
Mme Lô pense que les fortes pluies et les mauvaises conditions météorologiques empêchant les pêcheurs d’aller en mer, impactant ainsi les prises.
L’ingénieur des pêches et de l’aquaculture Ibrahima Lô a décrié, dans un entretien récent avec l’APS, l’impact “globalement négatif” de la pêche industrielle sur la vie des communautés côtières et les professionnels de la pêche artisanale au Sénégal.
“L’impact de la pêche industrielle sur les communautés côtières […] est globalement négatif. Qu’elle batte pavillon étranger ou opère avec des licences au Sénégal, c’est une pêche qui affecte à la fois les équilibres biologiques, économiques et socioculturels de nos zones littorales”, a dénoncé M. Lô.

D’après lui, les incursions des navires de pêche industrielle dans des zones proches des côtes sénégalaises réduisent les captures de la pêche artisanale et entraînent la raréfaction de nombreuses espèces, dont la sardinelle, le chinchard et le maquereau.
En privant la pêche artisanale de ces principales espèces de poisson, la pêche industrielle devient un facteur d’insécurité alimentaire, selon ce cadre de l’administration des pêches au Sénégal.
Les activités des navires de pêche industrielle impactent la transformation du poisson à Cayar, Rufisque, Joal-Fadiouth (ouest) et Saint-Louis (nord), ajoute-t-il, estimant qu’elles entraînent “un manque cruel de matières premières”.
DS/ESF/HB/BK
