Le 19 octobre 2026, à Dakar, Ousmane Sonko a défendu le refus des députés de son parti de voter en l’état le projet de loi de finances rectificative. Les chiffres d’Ousmane Sonko sur les subventions, les dépenses sociales, l’investissement et la dette sont confrontés aux documents publics disponibles au 21 octobre.
Le projet, transmis au Parlement au début du mois, était examiné par la commission des finances depuis le 20 octobre. La séance plénière prévue le 23 octobre a été repoussée d’une semaine à la demande du gouvernement, qui a évoqué l’absence de consensus « global et solide » avec les députés du Pastef et l’attente de documents complémentaires du ministère des Finances. Le Soleil et Seneweb figurent parmi les sources d’origine identifiées pour les éléments examinés.
La vérification porte sur les données disponibles, notamment le projet de loi rectificative, le rapport d’exécution budgétaire au 30 juin 2026, le projet de budget 2027 et des publications du Fonds monétaire international. Les montants inscrits dans les projets de loi sont des prévisions, et non des dépenses déjà effectuées. Le cadre distingue quatre verdicts : « vrai », « faux », « trompeur » et « non vérifiable ».
Dans son entretien, Sonko a aussi distingué les relations du Sénégal avec la Banque mondiale de celles avec le FMI. Il affirme que la Banque mondiale n’a jamais suspendu ses programmes et a continué à soutenir le pays, tandis que le Sénégal rencontre actuellement des difficultés avec le Fonds monétaire international. Cette distinction est importante dans le débat sur les financements extérieurs : elle ne permet pas, à elle seule, de confirmer les annonces de nouveaux accords avancées par le Premier ministre.
Parmi les affirmations examinées, Sonko a évoqué un accord proche de 2 milliards de dollars, soit plus de 1 000 milliards de FCFA, ainsi que la libération d’un premier milliard de dollars en février 2026. D’après les propos rapportés par PressAfrik, 900 millions de dollars auraient été destinés aux opérations financières et 100 millions à un projet de centre d’affaires à Mermoz. Il aurait aussi affirmé que des preuves figuraient dans ses échanges avec le ministre des Finances et des interlocuteurs émiratis.
Les documents publics cités ne confirment pas cet accord. La Primature a annoncé une visite de Sonko aux Émirats arabes unis du 8 au 12 septembre 2025 et une audience avec le président émirien Mohammed ben Zayed Al Nahyane, sans mentionner de montant. La note publiée après ce déplacement fait état d’un avenant au contrat liant l’État à DP World pour les ports de Dakar et de Ndayane. Elle rappelle aussi que le Fonds d’Abou Dhabi pour le développement a apporté environ 48 milliards de FCFA au Sénégal depuis 1978.
Aucun communiqué sénégalais ou émirati recensé dans les éléments examinés ne fait état du versement annoncé pour février 2026. Un financement de 630 millions d’euros, soit environ 413 milliards de FCFA, a bien été signé en 2026 par la Société internationale islamique de financement du commerce, affiliée au groupe de la Banque islamique de développement. Il concerne les importations de produits pétroliers et le commerce de l’arachide, et ne provient pas des Émirats. Pour l’accord et le versement évoqués, le verdict retenu est « non vérifiable » : les documents publics disponibles ne permettent ni de les confirmer ni de les infirmer.
Sonko a également parlé d’un fonds de garantie de 1 800 à 2 000 milliards de FCFA, auquel travailleraient la Banque africaine de développement, la Banque ouest-africaine de développement, la Banque islamique de développement et JPMorgan. Les opérations documentées de ces institutions avec le Sénégal ne correspondent pas à ce fonds. En novembre 2025, l’État et la BOAD ont signé un accord créant le Fonds de valorisation des actifs du Sénégal, sans mention de garantie ni de participation des autres institutions citées. Le 17 juillet 2026, la BAD a approuvé environ 20 milliards de FCFA pour la gouvernance des finances publiques et la gestion de la dette.
