Tahiti, le 18 octobre 2026 - Pour financer les Jeux du Pacifique, la protection sociale ou la desserte aérienne, le gouvernement compte largement sur des recettes exceptionnelles en 2027 : un milliard prélevé sur le Fonds de lutte contre la vie chère, deux milliards sur les réserves du Fonds d'investissement et de garantie de la dette et des dividendes attendus du Port autonome, déjà sollicité pour Air Moana. S'y ajoutent deux milliards d'économies dans les services et un recours accru à l'emprunt. Le rapport d'orientation budgétaire (ROB), préalable au débat du 26 octobre à Tarahoi, dévoile les arbitrages d'une année qui s'annonce serrée.
Le gouvernement assure ne pas changer de cap. Dans son rapport d'orientation budgétaire pour 2027, transmis à l'assemblée le 9 octobre, la lutte contre la vie chère figure toujours en tête des priorités affichées. Mais à la lecture des prévisions financières, c'est surtout la recherche de nouvelles ressources qui retient l'attention. Dans une économie qui ralentit, avec des recettes fiscales affectées par plusieurs réformes et exonérations, le Pays devra financer des dépenses supplémentaires sans disposer de beaucoup de marge de manœuvre.
Les recettes de fonctionnement devraient certes progresser de 5,1 %, pour atteindre 161,8 milliards de francs. Mais cette hausse ne viendra pas des impôts, dont le rendement est estimé à 130,9 milliards, soit 820 millions de moins qu'au budget primitif 2026. Elle reposera sur une augmentation de plus de 8 milliards des recettes non fiscales. Le ROB le reconnaît : “Face à l'importance des besoins budgétaires, le recours à des recettes non fiscales exceptionnelles sera toutefois nécessaire”.
Le fonds contre la vie chère mis à contribution
Derrière cette expression comptable se cachent des sommes que le Pays ne perçoit pas nécessairement chaque année : prélèvements dans les réserves de fonds publics, reprises de provisions constituées auparavant ou dividendes versés par ses établissements. De quoi dégager des moyens immédiats, sans créer de nouvelles recettes fiscales. Mais ces ressources ne sont pas toutes renouvelables indéfiniment.
Le gouvernement prévoit ainsi de mobiliser un milliard de francs du Fonds pour la lutte contre la cherté de la vie et le développement de la concurrence (LCDC), créé en décembre 2025. Un choix qui interpelle alors que la lutte contre la vie chère demeure sur le papier l'un des engagements majeurs de l'exécutif, régulièrement critiqué sur ses résultats dans ce domaine. Le ROB présente ce milliard comme une contribution destinée à renforcer les recettes du Pays, et non comme le financement d'une nouvelle mesure en faveur du pouvoir d'achat.
Deux autres milliards seront prélevés sur les réserves du Fonds d'investissement et de garantie de la dette (FIGD). Le gouvernement prévoit également des reprises de provisions et entend demander au Port autonome de verser des dividendes exceptionnels, sans en préciser le montant.
L'établissement public dispose de réserves financières importantes, mais il est déjà mis à contribution sur un autre dossier sensible : le financement des ATR d'Air Moana. En juillet, son conseil d'administration a autorisé un investissement de 225 millions de francs dans une opération de défiscalisation au profit de la compagnie aérienne. Saisi sur la légalité de ce montage, après l'annulation judiciaire de précédentes aides du Pays, le haut-commissaire devait se prononcer avant la fin septembre. Il s'est finalement accordé un mois supplémentaire. La nouvelle sollicitation du Port intervient donc alors que ce premier dossier reste en suspens.
Des dépenses qui ne pourront pas attendre
Cette mobilisation des réserves répond à des besoins financiers bien identifiés. La subvention au comité organisateur des Jeux du Pacifique passera de 1,5 à 3,5 milliards de francs en 2027. Le Fonds de protection sociale universelle (FPSU) nécessitera un concours de 5,5 milliards, notamment dans un contexte de réforme inaboutie du régime des non-salariés. La prolongation du moratoire fiscal sur les hydrocarbures entraînera, elle, un versement de 2,5 milliards au Fonds de régulation des prix des hydrocarbures (FRPH).
S'y ajoutent un milliard pour le nouveau budget annexe du Samu au CHPF, en plus des 707 millions déjà versés à l'établissement, et une facture en hausse pour la délégation de service public aérienne. Avec l'extension envisagée des dessertes, son coût passerait de 1,3 à 2,4 milliards de francs en année pleine. Le budget général devrait ainsi apporter plus d'un milliard pour financer le dispositif, contre 350 millions jusqu'ici.
Le ROB le souligne lui-même : ces nouvelles contraintes ne sont pas toutes temporaires. “Certaines sont ponctuelles mais d'autres vont devenir récurrentes”. Or les recettes exceptionnelles ne suffiront pas. Le gouvernement annonce donc une réduction de 10 % du fonctionnement courant des ministères et services, soit deux milliards d'économies.
La masse salariale sous contrainte
La masse salariale sera maintenue à 35,1 milliards, malgré 350 millions de charges supplémentaires déjà identifiées. Gel de postes vacants, recrutements contractuels encadrés et départs à la retraite non systématiquement remplacés resteront de mise. Une rigueur budgétaire qui trouve un écho dans les débats de jeudi à Tarahoi sur les agents non titulaires (ANT). Si les deux textes adoptés doivent notamment permettre d'allonger certains contrats sans dépenses supplémentaires, selon la ministre de la Fonction publique, Vannina Crolas a aussi rappelé les limites financières du Pays face aux revendications des praticiens hospitaliers : “2,5 milliards pour 300 agents, qu'est-ce qu'on pourra donner au reste ?”, a-t-elle alerté, évoquant les quelque “8 000 autres agents de la fonction publique”.
Enfin, pour préserver l'investissement malgré une capacité d'autofinancement en recul, le Pays envisage d'emprunter 12 milliards de francs en 2027. La durée de désendettement remonterait ainsi à sept ans, au-dessus de l'objectif de six ans fixé par le gouvernement, mais encore sous le seuil d'alerte de dix ans. Un allongement que le ROB attribue à la baisse de l'épargne brute.
Le rapport, qui sera étudié ce lundi en commission, dessine donc une année où le Pays devra à la fois honorer ses engagements, limiter ses dépenses ordinaires et solliciter davantage ses réserves. Le débat d'orientation budgétaire du 26 octobre permettra aux élus de discuter de ces choix. Le budget primitif devra ensuite en préciser les montants et les traduire en crédits.
Le gouvernement assure ne pas changer de cap. Dans son rapport d'orientation budgétaire pour 2027, transmis à l'assemblée le 9 octobre, la lutte contre la vie chère figure toujours en tête des priorités affichées. Mais à la lecture des prévisions financières, c'est surtout la recherche de nouvelles ressources qui retient l'attention. Dans une économie qui ralentit, avec des recettes fiscales affectées par plusieurs réformes et exonérations, le Pays devra financer des dépenses supplémentaires sans disposer de beaucoup de marge de manœuvre.
Les recettes de fonctionnement devraient certes progresser de 5,1 %, pour atteindre 161,8 milliards de francs. Mais cette hausse ne viendra pas des impôts, dont le rendement est estimé à 130,9 milliards, soit 820 millions de moins qu'au budget primitif 2026. Elle reposera sur une augmentation de plus de 8 milliards des recettes non fiscales. Le ROB le reconnaît : “Face à l'importance des besoins budgétaires, le recours à des recettes non fiscales exceptionnelles sera toutefois nécessaire”.
Le fonds contre la vie chère mis à contribution
Derrière cette expression comptable se cachent des sommes que le Pays ne perçoit pas nécessairement chaque année : prélèvements dans les réserves de fonds publics, reprises de provisions constituées auparavant ou dividendes versés par ses établissements. De quoi dégager des moyens immédiats, sans créer de nouvelles recettes fiscales. Mais ces ressources ne sont pas toutes renouvelables indéfiniment.
Le gouvernement prévoit ainsi de mobiliser un milliard de francs du Fonds pour la lutte contre la cherté de la vie et le développement de la concurrence (LCDC), créé en décembre 2025. Un choix qui interpelle alors que la lutte contre la vie chère demeure sur le papier l'un des engagements majeurs de l'exécutif, régulièrement critiqué sur ses résultats dans ce domaine. Le ROB présente ce milliard comme une contribution destinée à renforcer les recettes du Pays, et non comme le financement d'une nouvelle mesure en faveur du pouvoir d'achat.
Deux autres milliards seront prélevés sur les réserves du Fonds d'investissement et de garantie de la dette (FIGD). Le gouvernement prévoit également des reprises de provisions et entend demander au Port autonome de verser des dividendes exceptionnels, sans en préciser le montant.
L'établissement public dispose de réserves financières importantes, mais il est déjà mis à contribution sur un autre dossier sensible : le financement des ATR d'Air Moana. En juillet, son conseil d'administration a autorisé un investissement de 225 millions de francs dans une opération de défiscalisation au profit de la compagnie aérienne. Saisi sur la légalité de ce montage, après l'annulation judiciaire de précédentes aides du Pays, le haut-commissaire devait se prononcer avant la fin septembre. Il s'est finalement accordé un mois supplémentaire. La nouvelle sollicitation du Port intervient donc alors que ce premier dossier reste en suspens.
Des dépenses qui ne pourront pas attendre
Cette mobilisation des réserves répond à des besoins financiers bien identifiés. La subvention au comité organisateur des Jeux du Pacifique passera de 1,5 à 3,5 milliards de francs en 2027. Le Fonds de protection sociale universelle (FPSU) nécessitera un concours de 5,5 milliards, notamment dans un contexte de réforme inaboutie du régime des non-salariés. La prolongation du moratoire fiscal sur les hydrocarbures entraînera, elle, un versement de 2,5 milliards au Fonds de régulation des prix des hydrocarbures (FRPH).
S'y ajoutent un milliard pour le nouveau budget annexe du Samu au CHPF, en plus des 707 millions déjà versés à l'établissement, et une facture en hausse pour la délégation de service public aérienne. Avec l'extension envisagée des dessertes, son coût passerait de 1,3 à 2,4 milliards de francs en année pleine. Le budget général devrait ainsi apporter plus d'un milliard pour financer le dispositif, contre 350 millions jusqu'ici.
Le ROB le souligne lui-même : ces nouvelles contraintes ne sont pas toutes temporaires. “Certaines sont ponctuelles mais d'autres vont devenir récurrentes”. Or les recettes exceptionnelles ne suffiront pas. Le gouvernement annonce donc une réduction de 10 % du fonctionnement courant des ministères et services, soit deux milliards d'économies.
La masse salariale sous contrainte
La masse salariale sera maintenue à 35,1 milliards, malgré 350 millions de charges supplémentaires déjà identifiées. Gel de postes vacants, recrutements contractuels encadrés et départs à la retraite non systématiquement remplacés resteront de mise. Une rigueur budgétaire qui trouve un écho dans les débats de jeudi à Tarahoi sur les agents non titulaires (ANT). Si les deux textes adoptés doivent notamment permettre d'allonger certains contrats sans dépenses supplémentaires, selon la ministre de la Fonction publique, Vannina Crolas a aussi rappelé les limites financières du Pays face aux revendications des praticiens hospitaliers : “2,5 milliards pour 300 agents, qu'est-ce qu'on pourra donner au reste ?”, a-t-elle alerté, évoquant les quelque “8 000 autres agents de la fonction publique”.
Enfin, pour préserver l'investissement malgré une capacité d'autofinancement en recul, le Pays envisage d'emprunter 12 milliards de francs en 2027. La durée de désendettement remonterait ainsi à sept ans, au-dessus de l'objectif de six ans fixé par le gouvernement, mais encore sous le seuil d'alerte de dix ans. Un allongement que le ROB attribue à la baisse de l'épargne brute.
Le rapport, qui sera étudié ce lundi en commission, dessine donc une année où le Pays devra à la fois honorer ses engagements, limiter ses dépenses ordinaires et solliciter davantage ses réserves. Le débat d'orientation budgétaire du 26 octobre permettra aux élus de discuter de ces choix. Le budget primitif devra ensuite en préciser les montants et les traduire en crédits.
Les choix budgétaires à l’épreuve de Tarahoi
Jusqu'où puiser dans les réserves ? Le gouvernement prévoit de mobiliser un milliard de francs du Fonds de lutte contre la vie chère, deux milliards du Fonds d'investissement et de garantie de la dette et des dividendes exceptionnels du Port autonome. Mais quelles réserves resteront disponibles après ces prélèvements ? Et le Port, déjà sollicité pour le financement d'Air Moana, pourra-t-il répondre à toutes ces demandes ?
Des économies sans conséquences sur les services ? Deux milliards de francs doivent être économisés sur le fonctionnement courant des ministères et services, tandis que la masse salariale sera maintenue à son niveau de 2026. Quelles seront les conséquences concrètes de ces restrictions sur la qualité des services rendus aux Polynésiens ?
Comment financer les dépenses qui vont durer ? Le ROB reconnaît lui-même que certaines charges supplémentaires deviendront récurrentes. Les recettes exceptionnelles permettront de passer le cap de 2027, mais comment financer ces dépenses les années suivantes ?
Jusqu'où laisser filer l'endettement ? Pour maintenir l'investissement, le Pays envisage d'emprunter 12 milliards de francs en 2027. Sa durée de désendettement remonterait à sept ans, dépassant ainsi l'objectif de six ans fixé par le gouvernement. Ce dépassement est-il ponctuel ou marque-t-il un changement de cap ?
Des économies sans conséquences sur les services ? Deux milliards de francs doivent être économisés sur le fonctionnement courant des ministères et services, tandis que la masse salariale sera maintenue à son niveau de 2026. Quelles seront les conséquences concrètes de ces restrictions sur la qualité des services rendus aux Polynésiens ?
Comment financer les dépenses qui vont durer ? Le ROB reconnaît lui-même que certaines charges supplémentaires deviendront récurrentes. Les recettes exceptionnelles permettront de passer le cap de 2027, mais comment financer ces dépenses les années suivantes ?
Jusqu'où laisser filer l'endettement ? Pour maintenir l'investissement, le Pays envisage d'emprunter 12 milliards de francs en 2027. Sa durée de désendettement remonterait à sept ans, dépassant ainsi l'objectif de six ans fixé par le gouvernement. Ce dépassement est-il ponctuel ou marque-t-il un changement de cap ?
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