SENEGAL-SOCIETE-PORTRAIT
Dakar, 12 oct (APS) – Mbaye Kébé, président du Conseil consultatif des jeunes du Sénégal (CCJS), officiellement installé dans ses fonctions par le chef de l’Etat, le 29 septembre dernier, reçoit dans un hôtel huppé de Dakar.
Du haut de ses 31 ans, il affiche une carrure imposante et une allure soignée, entre sobriété et élégance. Pantalon et chemise bleu nuit, veste bleu ciel, lunettes à monture sombre finement dessinées, le jeune homme soigne sa présentation sans ostentation.
Assis sur un canapé, un carnet noir à portée de main, il se prête à l’exercice du portrait avec le naturel de celui qui a longtemps évolué dans les milieux associatifs avant d’accéder aux responsabilités nationales.
Son parcours y est marqué par un engagement précoce. De Keur Madiabel, son village natal dans la région de Kaolack (centre), aux responsabilités nationales, ce travailleur social de formation entend mettre son expérience de terrain au service du dialogue entre les jeunes et les pouvoirs publics.
Du primaire au lycée mixte de Keur Madiabel dans le Saloum profond, où il décroche son baccalauréat en 2014, sa scolarité reste ancrée dans sa localité. Après le bac, il réussit le concours d’entrée à l’École nationale des travailleurs sociaux spécialisés (ENTSS). Un choix en cohérence avec son intérêt pour les questions sociales et son désir de contribuer à la recherche de solutions aux difficultés des populations.
Protecteur de l’enfance
Spécialiste de la protection des droits de l’enfant et titulaire d’un master en management de projets, Mbaye Kébé revendique plus de huit années d’expérience dans le secteur du développement. Son passage à Plan International, organisation non gouvernementale (ONG) internationale de solidarité œuvrant pour faire progresser les droits des enfants et l’égalité des chances pour les filles, lui a permis de se familiariser avec la protection de l’enfance, l’accompagnement des jeunes et la mise en œuvre de programmes de développement.
Cette trajectoire trouve un prolongement institutionnel avec la création du Conseil consultatif des jeunes du Sénégal.
Cofondateur de l’Union pour une citoyenneté active au service du développement (UCSD), le mouvement qui a porté sa candidature au niveau national, Mbaye Kébé est élu président de cette nouvelle institution le 28 juin 2026, à Thiès.
Cette responsabilité marque un tournant dans son parcours. Il ne s’agit plus seulement de représenter une communauté ou un mouvement, mais de contribuer à porter les préoccupations d’une jeunesse confrontée à des défis majeurs en matière d’emploi, de formation, d’insertion professionnelle et de participation citoyenne.
L’installation du CCJS, par le chef de l’État, représente pour le jeune Kaolackois une étape importante dans la gouvernance des questions de jeunesse.
Partant de là, le nouveau président mesure les exigences de sa mission. “C’est plus une responsabilité qu’un privilège”, dit-il.
Une feuille de route autour de quatre axes
Son ambition est de faire du CCJS “un espace de représentation ouvert à tous les jeunes, sans discrimination liée à l’âge, au sexe ou à l’appartenance ethnique”. Il assure que l’institution va rester à l’écoute des communes, des départements, des régions et de la diaspora, afin de recueillir les préoccupations du terrain et les traduire en avis et recommandations à l’intention des décideurs publics.
“Le Conseil consultatif des jeunes du Sénégal n’est pas un ministère ni une entreprise publique. C’est une passerelle entre la jeunesse et les institutions”, précise-t-il. Cette conception délimite le rôle qu’il entend donner à la structure, à savoir “favoriser le dialogue institutionnel, examiner l’adéquation des politiques publiques avec les réalités vécues par les jeunes et proposer, au besoin, des ajustements, sans se substituer aux pouvoirs publics”.
Pour concrétiser cette ambition, il annonce un plan stratégique autour de quatre axes : la gouvernance, la représentativité et le dialogue institutionnel ; l’autonomisation économique, l’emploi et l’entrepreneuriat ; la participation citoyenne, l’inclusion sociale et la promotion de la paix ; enfin, le leadership, l’innovation et le rayonnement de la jeunesse sénégalaise. L’emploi et l’insertion professionnelle figurent également parmi ses priorités.
Mbaye Kébé souhaite que le CCJS puisse suivre les politiques publiques dans ces domaines, apprécier les effets et confronter les engagements annoncés aux réalités des territoires.
Il compte également travailler avec les autorités et les partenaires au développement pour mobiliser les ressources financières, l’expertise et les moyens techniques nécessaires au fonctionnement de l’institution. Car, au-delà des ambitions, l’effectivité de ses missions dépendra des moyens mis à sa disposition. Une rencontre avec le Premier ministre et les membres du gouvernement doit notamment permettre d’aborder les conditions de fonctionnement du CCJS et les modalités de collaboration avec les pouvoirs publics.
”Mbaye Micro”
Le sociologue Daouda Guissé, son ancien camarade de classe et ami, dit avoir éprouvé une grande fierté à l’annonce de l’élection de Mbaye Kébé.
Ayant suivi son évolution depuis leurs années de scolarité commune, il voit dans cette consécration “la reconnaissance d’un parcours marqué par la constance et le sens du service”. Il met en avant sa connaissance des problématiques de jeunesse, son expérience de terrain et sa sensibilité sociale, autant de qualités qu’il juge essentielles pour porter les aspirations des jeunes et apporter des réponses adaptées à leurs préoccupations.
Kéba Samaté, ami d’enfance, insiste, lui, sur l’attachement de Mbaye Kébé à sa communauté, sa disponibilité et son sens de la solidarité. Il se souvient notamment d’une période où son ami l’avait hébergé et soutenu à Dakar, alors qu’il rencontrait des difficultés de logement au début de ses études.
Mbaye, comme il l’appelle, “agit avec le cœur”, témoigne-t-il. Pour lui, cette générosité se traduit par l’attention portée aux jeunes de leur localité de Keur Madiabel, notamment aux étudiants que Mbaye Kébé a accompagnés durant son séjour à Thiès. Son leadership, estime Kéba Samaté, se nourrit autant de son expérience associative que de sa capacité à rester attentif aux difficultés de son entourage.
Dans le monde professionnel, Néné Maricou, une ancienne collègue, retient “la disponibilité, l’aisance à l’oral et la capacité à valoriser les initiatives des jeunes” de Mbaye Kébé. “Lorsqu’il était chargé de l’engagement des jeunes, sa facilité à prendre la parole et à défendre les causes qui lui tenaient à cœur lui avait valu le surnom de +Mbaye Micro+”, sourit Néné Maricou.
Elle souligne aussi le sens du partage d’expertise du nouveau président du CCJS en matière de sauvegarde et de protection des enfants et des jeunes. “Notre relation professionnelle s’est transformée en fraternité”, souligne-t-elle.
Entre les premières responsabilités exercées à 11 ans dans les clubs scolaires de Keur Madiabel et la présidence du Conseil consultatif des jeunes du Sénégal, près de vingt années d’engagement ont jalonné le parcours de Mbaye Kébé. Désormais, son défi sera de transformer cette expérience en résultats concrets afin de transformer le CCJS en un véritable espace d’écoute, de dialogue et de participation citoyenne, mais également de relais entre les jeunes et les pouvoirs publics.
Un chantier pour lequel il bénéficie d’un mandat de trois ans renouvelable une fois.
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