Lors d’une session plénière du 25 août 2026, il y a eu présentation des rapports issus des missions effectuées par les députés pendant les vacances parlementaires du mois de juillet dans les provinces de Bujumbura, Gitega et Butanyerera.
Les députés ont soulevé les problèmes liés au manque de fertilisants et les usines qui fabriquent les boissons alcoolisées nuisibles à la santé de la population. Ainsi, ils ont voulu que les ministres concernés s’expriment sur certaines recommandations qui, selon eux, n’avaient pas été mises en application.
Le président de la chambre basse du Parlement a répondu par la négative affirmant qu’un ministre est plutôt un conseiller du chef de l’Etat. « Nous n’avons pas le droit de convoquer les ministres pour répondre à nos questions. Non, nous n’en avons pas le droit. Pourtant, il nous arrive de dire : Nous avons convoqué trois ou quatre ministres. Mais, est-ce que nous en avons réellement le droit ? »
Certains députés ont plutôt eu un autre avis contraire. « Nous pensons que la loi nous l’autorise », ont-ils réagi tout en ajoutant : « Si nous les convoquons pour leur demander comment ils ont géré le matériel que nous leur avons donné, nous pensons qu’il n’y a aucune faute ».
Daniel Gélase Ndabirabe a fait observer aux élus du peuple qu’ils font une mauvaise interprétation des choses « C’est une erreur de penser comme cela. Les ministres ne sont pas des exécutants. Vous confondez les choses ».
Sa réponse n’a pas du tout satisfait les députés. « S’il a la prérogative de donner une autorisation, il est de notre devoir de l’interroger pourquoi il a délivré une telle autorisation ».
Les députés ont persisté en rappelant haut et fort leurs missions. « Si nous convoquons les ministres pour leur faire remarquer qu’il y a des usines qui fabriquent des produits qui nuisent à la santé de la population, nous pensons que nous faisons ce que la loi nous autorise ».
Les politiques et la société civile s’étonnent

Lors du débat, les panélistes ont affirmé que le contrôle de l’action du gouvernement figure parmi les missions des députés. « Je suis étonné par les propos du président de l’Assemblée nationale. Pendant la législature précédente qu’il dirigeait lui-même, les ministres ont été convoqués pour s’exprimer, pour clarifier telle ou telle question », a réagi l’ex-député Pascal Gikeke.
Il a fait remarquer qu’il y a risque de violer la loi fondamentale. « A moins que le règlement d’ordre intérieur (ROI) ait changé. Ça serait aussi une violation de la Constitution qui confère aux députés le contrôle de l’action gouvernementale. Je félicite les députés qui ont défendu mordicus leur position ».
L’ex-député a rappelé que conformément à la Constitution et au ROI de l’Assemblée nationale, les députés ont la mission de représenter les citoyens, de voter les lois et de contrôler l’action gouvernementale.
Il s’agit de la même réaction du côté de la société civile. Jean-Bosco Ndereyimana, président de l’association Action burundaise pour la reconstruction de l’Afrique (ABA), a fustigé les propos du président de l’Assemblée nationale. « Tu ne peux pas contrôler l’action gouvernementale sans connaître comment les ministres travaillent ».
Rémy Havyarimana, coordinateur de la Maison Lueur d’Espoir lui emboîte le pas. « Ce sont les députés en tant que représentants du peuple qui ont la latitude de questionner un ministre pour qu’il donne la lumière sur telle ou telle question ».
En lançant de tels propos, se désole-t-il, le président de la chambre basse du Parlement s’est trompé. « Si les parlementaires ne contrôlent pas l’action gouvernementale, s’ils ne veuillent pas à l’application des lois qu’ils ont eux-mêmes votées, le Parlement serait voué à l’échec et s’effacerait ».
Plusieurs obstacles
Pascal Gikeke évoque la manière dont les députés sont élus. Il épingle la liste bloquée. « Un député ne peut pas se détacher de son parti qui l’a mis en avant ».
Par ailleurs, l’ex-député fait savoir que les députés n’ont pas de temps suffisant pour analyser les dossiers notamment s’il s’agit de discuter sur le budget. « Il n’est pas accordé un temps suffisant aux députés pour discuter sur le budget afin de déceler les lacunes. C’est une façon de cacher quelques failles contenues dans le budget ».
De son côté, Jean-Bosco Ndereyimana indique que les citoyens ignorent le rôle des parlementaires. Il évoque aussi le manque de bureaux des députés dans les provinces et communes afin qu’ils puissent recueillir les doléances des citoyens. « Des fois, les citoyens ne reçoivent pas de feedback ».
Il invite les parlementaires à faire le suivi des dossiers pour s’assurer que les ministres concernés sont en train de mettre en application les recommandations émises.
Rémy Havyarimana, quant à lui, fait remarquer qu’un député doit représenter toute la population et non son parti. Pour lui, il est difficile de demander de rendre compte à celui que tu n’as pas mandaté.
Il fait observer aussi que les descentes parlementaires ne suffisent pas. Il déplore le manque de technicité chez certains parlementaires. « Sont-ils intellectuellement outillés ? Sont-ils associés dans la planification du budget ? » se questionne-t-il.
Des solutions s’imposent
Pascal Gikeke suggère la révision de la loi, car, selon lui, la liste bloquée entrave le travail des parlementaires. « Le député répond devant son parti. Il est difficile pour le citoyen d’exiger le feedback ».
L’ex-député demande aux députés de faire une planification préalable des besoins dans leurs circonscriptions. « Il faut que le futur député présente ses plans de développement. Et le citoyen va suivre pour voir si le député à réaliser ce qu’il a promis ».
Jean-Bosco Ndereyimana recommande aux députés d’être proches de l’électorat. « S’ils n’arrivent pas sur le terrain, ils ignorent les doléances des citoyens. Ils devraient faire le suivi pour s’assurer que l’Exécutif a réellement réalisé les plans ».
Rémy Havyarimana recommande la suppression de la liste bloquée. Il propose aussi que les députés soient des techniciens et qu’ils participent dans la planification.
