La Speaker, Shirin Aumeeruddy-Cziffra.
Shirin Aumeeruddy-Cziffra défend sa gestion des tensions à l’Assemblée et son impartialité. La Speaker revient également sur les travaux concernant la délinquance juvénile et l’introduction du Kreol Morisien au Parlement.
Interrogée par Nawaz Noorbux, Shirin Aumeeruddy-Cziffra a défendu sa gestion des tensions à l’Assemblée et rejeté les soupçons de partialité. Elle a aussi évoqué le rôle des Select Committees sur les comportements violents chez les enfants et sur l’introduction du Kreol Morisien au Parlement, deux dossiers soulevant des enjeux sociaux, juridiques et pratiques.
La Speaker était attendue sur plusieurs sujets sensibles. Le Premier ministre avait déposé un avis de motion en faveur d’un Select Committee chargé d’étudier les causes des infractions à la loi et des comportements antisociaux et violents chez les enfants, ainsi que la possibilité d’abaisser l’âge de la responsabilité pénale de 14 à 12 ans. Un autre comité se penche sur la possibilité d’introduire le Kreol Morisien dans les travaux parlementaires. Dans ce contexte, les récents accrochages dans l’hémicycle ont relancé les questions sur l’autorité de la présidence et son impartialité.
La première série de questions portait sur le mandat du Select Committee consacré aux enfants et sur sa marge de manœuvre. Shirin Aumeeruddy-Cziffra a rappelé que le comité devra travailler dans le cadre défini par la motion. Il ne s’agira pas, a-t-elle précisé, de rédiger une loi article par article, mais d’examiner le problème à partir de ses causes profondes.
« Il faut aller chercher les root causes », a-t-elle expliqué. La réflexion pourrait notamment porter sur la responsabilité parentale, la capacité des institutions à accompagner les enfants en conflit avec la loi, les enfants abandonnés, ceux qui ont quitté l’école et ceux qui vivent dans la rue. Elle a rappelé que la scolarité est obligatoire et gratuite jusqu’à 16 ans, tout en soulignant le rôle des associations et des ONG qui travaillent auprès des jeunes.
Le comité pourra consulter des spécialistes, dont des psychologues, des sociologues et des anthropologues. Il pourra aussi convoquer des personnes et demander des documents ou des dossiers. Pour la Speaker, le choix des membres sera donc important : ils devront disposer du temps nécessaire pour effectuer des recherches et avoir un lien réel avec le sujet. Elle a indiqué qu’elle pourrait consulter le leader ou la whip de l’opposition afin d’assurer une représentation appropriée.
La question de l’âge minimum de la responsabilité pénale, actuellement fixé à 14 ans, devra également être examinée. Selon elle, le sujet fait déjà l’objet de recherches à Maurice comme à l’étranger et mérite d’être étudié en profondeur.
« Le comité ne décidera pas des mesures à prendre. Il présentera ses conclusions et ses recommandations au Parlement, où elles feront l’objet d’un débat. Le rapport sera public une fois présenté à l’Assemblée », a-t-elle résumé. Quant au délai de remise, elle a rappelé que ce n’était pas à elle de le fixer : « C’est la motion du Premier ministre. C’est lui qui peut décider s’il peut mettre un time frame ou pas. »
La Speaker s’est également dite favorable à ce que les enfants puissent être entendus. « A child is a person. He’s a young person », a-t-elle déclaré. Elle a cité le National Youth Parliament, qui réunit des jeunes de 14 à 23 ans, comme un espace où ils peuvent déjà exprimer leurs idées. « Nous sommes plus éclairés lorsque chacun peut s’exprimer », a-t-elle ajouté en évoquant l’apport des consultations.
Le Kreol Morisien au Parlement
Le second Select Committee porte sur l’introduction du Kreol Morisien dans les travaux parlementaires. Les questions de Nawaz Noorbux ont conduit la Speaker à évoquer les conséquences concrètes d’un tel changement : le travail du Hansard, la transcription des interventions, les règles de procédure et les aspects juridiques liés à l’usage d’une langue autre que l’anglais.
Shirin Aumeeruddy-Cziffra a rappelé que le sujet avait déjà fait l’objet d’un travail de recherche au Parlement. Une équipe composée de membres du personnel parlementaire, dont des personnes liées au Hansard, avait été constituée pour examiner les enjeux et préparer un rapport. La réflexion devra notamment déterminer comment consigner officiellement les interventions et quelle place accorder au texte prononcé et à sa traduction.
Elle a aussi souligné que le Parlement est déjà marqué par le plurilinguisme. Évoquant une invitation à l’Université de Maurice à l’occasion de la Journée internationale de la langue maternelle, elle a expliqué avoir réfléchi à la place des langues au sein de l’institution. La question, selon elle, ne se limite pas au symbole : elle engage les procédures, la compréhension des débats et l’accès du public aux travaux parlementaires.
La Speaker n’a pas présenté le changement comme une décision pouvant être prise par elle seule. Les recommandations devront être examinées par les instances parlementaires compétentes, notamment le Standing Orders Committee. Elle a appelé à laisser le travail suivre son cours : « Don’t rush us. » L’objectif, a-t-elle dit, est de parvenir à un Parlement plus inclusif.
Les récents accrochages dans l’hémicycle ont amené Nawaz Noorbux à l’interroger sur la manière dont elle exerce son autorité. Shirin Aumeeruddy-Cziffra a dit regretter les scènes de confrontation, mais a défendu sa façon d’intervenir lorsque les échanges dépassent les limites.
« Moi, j’ai une autre méthode, qui est une méthode ferme, mais douce », a-t-elle déclaré. Cette méthode peut consister à suspendre la séance pour permettre aux esprits de se calmer. « Je ne fais pas de walk-out, je lève la séance. I suspend the sitting », a-t-elle précisé.
« Je suis ma propre personne »
Elle a expliqué que cette interruption avait déjà permis, selon elle, de faire retomber la tension et de reprendre les travaux plus calmement. À ses yeux, l’Assemblée doit remplacer la confrontation par le débat. « La parole est capable de blesser comme elle est capable de guérir », a-t-elle rappelé, appelant les élus à se respecter malgré leurs désaccords.
La question de l’impartialité a également été abordée au cours de l’entretien. La Speaker a rejeté l’idée qu’elle favoriserait un camp politique et a rappelé qu’elle avait été élue à l’unanimité. Elle estime que les critiques venant aussi bien de la majorité que de l’opposition témoignent de son indépendance.
« Je suis ma propre personne », a-t-elle affirmé. Elle a ajouté ne pas être attachée à son poste : « Je ne suis pas attachée ni à un poste ni à un privilège. » Elle dit pouvoir envisager de quitter ses fonctions si les circonstances l’exigent, tout en considérant qu’elle est encore capable d’exercer son mandat.
Les règles de prise de parole ont aussi été abordées, notamment après des critiques sur la constitution des listes d’intervenants lors des débats. La Speaker souhaite que les whips de la majorité et de l’opposition privilégient le dialogue pour régler ces questions. Elle a également indiqué vouloir examiner les questions parlementaires restées sans réponse et faire le point sur les ministres concernés.
Quid des retombées des déplacements officiels ?
Questionnée sur ses déplacements officiels, leur coût et leurs retombées pour Maurice, Shirin Aumeeruddy-Cziffra a défendu la diplomatie parlementaire. Elle estime que les échanges avec d’autres assemblées permettent aux parlementaires de partager des pratiques et d’approfondir leurs connaissances sur des sujets comme la diffusion des débats, la traduction ou l’usage de l’intelligence artificielle.
Elle a reconnu la nécessité de rendre compte des missions et indiqué que les rapports étaient conservés à l’Assemblée nationale. Leur publication sur le site du Parlement est envisagée. « Moi, je suis pour la transparence », a-t-elle déclaré, avant de préciser : « Je ne suis pas pour le gaspillage. »
En conclusion, la Speaker a reconnu que sa méthode pouvait évoluer, tout en affirmant faire de son mieux dans sa fonction : « We can only do our best. I am doing my best. »
