SENEGAL-AVICULTURE-DOLEANCES
Tivaouane, 12 oct (APS) – L’Interprofession avicole du Sénégal (IPAS) a proposé dans un mémorandum plusieurs mesures, dont un moratoire conservatoire sur deux nouveaux projets de ponte industrielle de grande capacité prévus par des investisseurs étrangers au Sénégal, afin protéger la filière avicole locale.
L’interprofession attire l’attention sur le projet d’un investisseur étranger visant une production d’un million de pondeuses en 2027, dont une première tranche de 100 000 sujets serait déjà opérationnelle.
Dans un mémorandum signé par le président de l’IPAS et transmis à l’APS, l’organisation faîtière souligne les risques que font peser ces deux projets sur toute la chaîne de valeur de la filière avicole sénégalaise.
Elle craint qu’une concentration de la production ne nuise à l’emploi, à l’équilibre territorial et aux règles de la concurrence entre les opérateurs.
Selon l’IPAS, une augmentation des capacités au-delà des besoins du marché pourrait entraîner une baisse prolongée des prix des œufs et contraindre les producteurs à vendre en-deçà de leurs coûts de revient.
Les petites et moyennes exploitations seraient particulièrement exposées à ce risque, en raison de leurs capacités financières limitées et des charges liées notamment à l’alimentation des volailles, à l’énergie, au transport et au remboursement des crédits bancaires.
L’organisation professionnelle prévient également que les difficultés des producteurs pourraient affecter les autres maillons de la chaîne avicole, notamment, les couvoirs, les vétérinaires, les transporteurs, les commerçants et les établissements financiers.
L’IPAS évoque aussi les risques sanitaires associés à la concentration de grands effectifs de volailles.
Pour prévenir ces difficultés, l’interprofession recommande un moratoire conservatoire sur les nouveaux projets et les importations de grande quantité, jusqu’à la réalisation d’un diagnostic national de l’offre, de la demande et des capacités de production déjà engagées.
L’IPAS recommande aussi la mise en place d’une autorisation préalable pour les projets dépassant un seuil réglementaire, accompagnée d’une étude d’impact économique, sanitaire, environnemental, foncier et social.
Parmi les autres mesures proposées, figurent la création d’un comité interministériel associant les services vétérinaires, les Douanes et les représentants de la profession, ainsi que la mise en place d’un observatoire du marché de l’œuf.
L’IPAS appelle en outre à garantir des règles de concurrence équitables entre opérateurs nationaux et étrangers, à renforcer les financements destinés aux exploitations existantes et à intensifier la lutte contre les importations frauduleuses.
Le mémorandum propose une feuille de route prévoyant, dans les 30 jours, le gel des importations majeures et le recensement des capacités, puis la finalisation de l’étude de marché dans un délai de 90 jours.
La mise en œuvre du cadre réglementaire et des instruments de financement est envisagée dans les 120 jours.
Pour l’IPAS, le Sénégal dispose des ressources humaines nécessaires pour assurer son autosuffisance en produits avicoles, sans recourir à un quelconque investissement étranger dans le secteur.
L’IPAS estime que le marché sénégalais ne peut durablement supporter un cheptel supérieur à quatre millions de poules pondeuses en production, alors que les besoins nationaux sont évalués à environ 3,5 millions de pondeuses en 2026.
Le document indique qu’une vingtaine d’exploitations avicoles détenues par des opérateurs locaux regroupent déjà plus de deux millions de pondeuses.
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