SENEGAL-TECHNOLOGIES-ANALYSE
Dakar, 16 oct (APS) – Le professeur Abdoullah Cissé plaide pour une meilleure appropriation de l’intelligence artificielle générative (IAG) par les Etats africains, estimant que cette technologie constitue une opportunité majeure pour accélérer leur développement, au-delà des craintes liées à ses mauvais usages.
S’exprimant lors d’un panel en marge de la présentation du rapport de l’UN-CHK sur les usages de l’IAG dans l’enseignement supérieur au Sénégal, l’universitaire a insisté sur la nécessité de dépasser les discours centrés sur les risques et les dérives de l’IA, souvent liés, selon lui, à “une mauvaise connaissance des outils, qui conduit à passer à côté des nombreuses opportunités qu’ils offrent”.
Le spécialiste de la légistique et du cyber droit invite également les pays africains à comprendre les transformations en cours et à faire un “usage pertinent de ces technologies pour réduire l’écart” qui les sépare des pays développés.
A titre d’exemple, il a évoqué une simulation réalisée au Maroc, selon laquelle l’IA aurait permis à ce pays de réaliser, en 15 ans, des progrès qui nécessiteraient normalement deux siècles.
Le professeur Cissé a présenté l’intelligence artificielle comme une “révolution cognitive” estimant qu’un enseignant qui affirme ne pas utiliser l’IA ne devrait plus enseigner.
Selon lui, un tel enseignant risque de contribuer à l’interdiction de ces outils, alors que leur rejet reviendrait à faire “régresser’ le système éducatif.
“Est-ce qu’en utilisant la calculatrice ou un logiciel de comptabilité, on va se douter des résultats qu’ils donnent ?”, s’est-il interrogé, établissant une analogie avec les résultats produits par les IA génératives.
Le spécialiste en droit du numérique a par ailleurs soutenu que les erreurs et les hallucinations produites par les systèmes d’IA, concernent surtout les modèles gratuits ou bon marché, contrairement aux modèles payants et professionnels.
L’universitaire a également indiqué qu’il ne serait pas gêné de voir un de ses étudiants réaliser sa thèse en une journée avec l’aide de l’IA, à condition que celui-ci soit capable de démontrer sa maîtrise des connaissances et des arguments mobilisés dans son travail.
Pour le président du comité de refondation des curricula du système éducatif sénégalais, l’essor de l’IA impose de “repenser les apprentissages” en s’interrogeant sur ce qu’il convient d’enseigner et sur les méthodes à privilégier.
L’ancien recteur de l’université Alioune Diop de Bambey estime aussi que le système classique d’évaluation, traditionnellement organisé autour d’une épreuve écrite et d’une épreuve orale, doit désormais accorder une place centrale à l’oral.
Cette nouvelle approche pédagogique devrait pousser les apprenants à pouvoir expliquer les démarches et les mécanismes qui les ont conduits aux résultats présentés, a-t-il dit.
Elle permettrait également d’encourager “le recours à l’IA tout en assurant un contrôle effectif de son utilisation”, a encore fait valoir l’universitaire.
Le professeur Abdoullah Cissé a aussi appelé les universités à encourager l’usage de ces technologies avant de chercher à en encadrer juridiquement les pratiques.
Il considère que les usages et les transformations induites par l’IA vont donner du contenu aux textes de loi destinés à réglementer ce domaine.
“On n’a pas le droit de rater encore ce train”, a-t-il insisté, soulignant l’urgence pour les pays africains de saisir les possibilités offertes par cette révolution technologique.
SMD/ABB
