Des commerces et des véhicules ont été saccagés.
La frustration sociale
Pour Kadress Pillay, la situation actuelle s’explique avant tout par une frustration persistante dans certains quartiers, que les fauteurs de troubles savent exploiter. « Le manque d’infrastructures et d’espaces adaptés contribue également au malaise », souligne-t-il.
De son côté, pour Abdel Kurreembukus, la défiance envers les institutions constitue aussi un facteur important : « Lorsque les citoyens ont le sentiment que leurs préoccupations ne sont pas suffisamment entendues, que les décisions manquent de transparence et que les sacrifices sont inégalement répartis, les frustrations s’accumulent ».
Les inégalités dans le système éducatif
Pour Sandra Casimir, l’éducation constitue un facteur déterminant. Elle estime que les inégalités entre les établissements scolaires contribuent à creuser les écarts entre les jeunes. « On envoie des ‘punitive teachers’ dans les écoles des cités. Or, certains de ces enseignants ne s’investissent pas pleinement dans leur travail. Résultat : le niveau scolaire varie d’une école à l’autre à travers le pays », explique-t-elle.
Ibrahim Koodoruth considère, pour sa part, que le système éducatif reste insuffisamment adapté aux besoins des jeunes. « Le système éducatif ne répond pas aux aspirations, aux capacités et aux compétences de ces jeunes », estime-t-il.
Selon lui, l’accent reste trop largement mis sur les résultats scolaires, au détriment des aptitudes et des perspectives professionnelles. L’éducation devrait permettre de former des citoyens responsables. « Les jeunes ne se retrouveraient pas dans la rue s’ils avaient pleinement leur place dans la société », explique-t-il.
Les pénuries d’eau et le sentiment d’inégalité
Le manque d’eau constitue un autre facteur de mécontentement, selon Kadress Pillay. Sandra Casimir évoque aussi le sentiment d’inégalité exprimé par certains habitants concernant la fourniture d’eau et sa distribution par camion-citerne.
La perception d’un traitement différent entre les catégories de la population peut renforcer le sentiment d’abandon et d’exclusion. C’est d’ailleurs à Camp Levieux, l’un des quartiers où les habitants manifestaient leur colère face au manque d’eau, qu’Élodie Thomas a été blessée par balle.
La baisse du pouvoir d’achat
« Plusieurs facteurs se cumulent et accentuent les frustrations. D’abord, la hausse du coût de la vie, notamment celle des carburants, qui affecte directement les dépenses des ménages et entraîne des répercussions sur l’ensemble de l’économie. Ensuite, la pression croissante sur la classe moyenne et les travailleurs.
Les revenus ne progressent pas nécessairement au même rythme que les dépenses, tandis que de nombreux employeurs privilégient une main-d’œuvre étrangère moins coûteuse. Cette réalité nourrit le sentiment que les salaires sont tirés vers le bas et que les Mauriciens sont désavantagés sur leur propre marché du travail », souligne Abdel Kurreembukus.
Sandra Casimir estime que la classe moyenne est, elle aussi, confrontée à des difficultés. « Même la classe moyenne est devenue vulnérable », observe-t-elle, en évoquant les obstacles rencontrés pour acheter un logement ou une voiture en raison de la perte du pouvoir d’achat. « La hausse du coût de la vie pèse lourdement sur les ménages. À la caisse du supermarché, la facture est devenue une véritable source de stress », ajoute-t-elle.
Selon Abdel Kurreembukus, il existe également un problème fondamental dans les orientations économiques du pays. « Nous assistons à une expansion de l’immobilier de luxe et de projets destinés à une clientèle fortunée, alors qu’une partie de la population peine à accéder régulièrement à une ressource aussi élémentaire que l’eau », fait-il ressortir.
Le chômage et la drogue
Le chômage* et la drogue figurent également parmi les facteurs alimentant les tensions sociales. Kadress Pillay estime que ces difficultés accentuent le malaise ressenti dans certains quartiers. Pour Sandra Casimir, travailleuse sociale, « la drogue est un facteur très important à prendre en considération ». Ibrahim Koodoruth, sociologue, reconnaît lui aussi son rôle, tout en soulignant la nécessité de s’attaquer aux causes structurelles.
*11 600 chômeurs, soit 36 % de l’ensemble des chômeurs, sont âgés de 16 à 24 ans.
Les difficultés d’accès à l’emploi
Sandra Casimir dénonce les obstacles auxquels se heurtent certaines personnes dans leur recherche d’emploi. Selon elle, des candidatures seraient parfois écartées avant même que les candidats aient la possibilité de passer un entretien. Elle souligne également le problème du backing, autrement dit le poids des relations personnelles et des appuis dans l’accès à l’emploi.
Le mécontentement lié à la réforme des pensions
La réforme des pensions a également suscité du mécontentement. Sandra Casimir souligne que les jeunes peinent à trouver leur place dans la société, tandis que les personnes approchant de l’âge de la retraite peuvent rencontrer des difficultés à poursuivre leur activité professionnelle. Ces incertitudes s’ajoutent aux autres pressions économiques et sociales déjà ressenties par la population.
