Un échantillon de piment de Triolet présente une concentration de chlorothalonil équivalant à 317,5 fois la limite indiquée dans le rapport de juin 2026 du Pesticides Regulatory Office. Eco-Sud réclame des explications sur les suites données aux analyses, tandis que le ministère annonce un renforcement de l’encadrement des pesticides. Décryptage.
Que révèle le rapport de juin 2026 ?
Le Pesticides Regulatory Office a fait analyser 44 échantillons de fruits et légumes : 25 prélevés dans les plantations, 12 sur les marchés aux enchères et sept en supermarché. Aucun ne provenait de détaillants ou de produits importés. Le bilan annonce six échantillons dépassant les limites maximales de résidus et 20 contenant des résidus « non recommandés ». Ces catégories peuvent se recouper et ne doivent donc pas être additionnées.
Le résultat le plus marqué concerne un piment de Triolet contenant 3,175 mg/kg de chlorothalonil pour une limite indiquée de 0,01 mg/kg, soit 317,5 fois cette valeur. D’autres dépassements concernent des piments de Calodyne et de Morcellement Saint-André, un ananas de Caroline, un lalo de Quatre-Bornes et un chou de Vacoas. Une courgette de Belle-Rive présente également une concentration supérieure à la limite indiquée, sans être marquée « Excess », ce qui appelle une clarification du total de six dépassements annoncé.
Que signifie « non recommandé » ?
Le rapport définit « NR » comme « Not Recommended ». La laitue de Dagotière porte cette mention pour l’acide phosphonique, sans limite chiffrée permettant de calculer un dépassement.
Eco-Sud demande aux autorités de préciser la base réglementaire du classement des substances comme non recommandées pour certaines cultures. L’ONG souhaite également connaître les procédures de suivi appliquées aux producteurs concernés.
Un dépassement signifie-t-il automatiquement une intoxication ?
Un dépassement de limite maximale de résidus ne signifie pas automatiquement que l’aliment provoquera une intoxication. Le risque dépend notamment de la substance, de la quantité consommée et de la fréquence d’exposition.
Le chiffre de 317,5 exprime le rapport entre une concentration mesurée et une limite de référence. Il ne signifie pas que le risque sanitaire est multiplié dans les mêmes proportions. Les données présentées ne suffisent pas, à elles seules, à déterminer les conséquences sanitaires pour les consommateurs.
Quelles réponses Eco-Sud réclame-t-elle ?
L’organisation demande aux autorités de préciser les suites données aux résultats. « Les produits concernés ont-ils été identifiés, tracés et, si nécessaire, retirés du marché ? », interroge-t-elle.
Elle souhaite connaître les mesures prises pour protéger les consommateurs, ainsi que les évaluations réalisées ces dernières années pour mesurer l’efficacité des contrôles et leur incidence sur les pratiques agricoles.
Eco-Sud appelle également à accompagner les agriculteurs vers une réduction de l’utilisation des pesticides et l’adoption de pratiques agroécologiques.
« La sécurité alimentaire ne consiste pas seulement à produire suffisamment de nourriture. Elle implique aussi de garantir la qualité et la sécurité de ce que nous mangeons », souligne l’ONG
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Pourquoi les moyens de contrôle sont-ils questionnés ?
La députée du Fron Militan Progresis, Joanna Bérenger, affirme que l’effectif du Pesticides Regulatory Office est passé de cinq à trois officiers. Elle demande au ministre de l’Agro-industrie, Arvin Boolell, de s’expliquer sur cette réduction.
Selon elle, le directeur de l’Audit recommande d’augmenter le nombre de tests et d’appliquer les sanctions prévues par la loi. « Comment appliquer ces recommandations avec moins de ressources humaines ? », interroge-t-elle.
Quelle est la position du ministère sur l’utilisation des pesticides ?
Lors d’une conférence de presse à Port-Louis, mercredi, Arvin Boolell a insisté sur le respect des normes sanitaires, des dosages, des méthodes d’application et de la fréquence d’utilisation prescrits.
Les planteurs doivent, rappelle-t-il, employer uniquement des pesticides enregistrés et recommandés pour les cultures concernées.
« Je ne dis pas que nous sommes dans un état d’alerte, mais une campagne de sensibilisation est extrêmement importante », a-t-il déclaré.
Le ministre estime que la sensibilisation doit aller de pair avec la formation et le contrôle. Selon les chiffres qu’il avance, le Food and Agricultural Research and Extension Institute (FAREI) a formé environ 780 bénéficiaires aux bonnes pratiques agricoles. Par ailleurs, près de 1 000 planteurs ont suivi une formation approuvée par la Mauritius Qualifications Authority sur l’utilisation judicieuse des pesticides.
Arvin Boolell indique également que les résultats des analyses sont communiqués aux planteurs et aux fournisseurs pour les aider à se conformer aux exigences en vigueur. Ils sont aussi publiés en ligne.
Quelles nouvelles règles sont annoncées ?
Quatre projets de règlements sont examinés par l’Attorney General’s Office. Ils portent sur les limites maximales de résidus dans les produits locaux et importés, l’échantillonnage pour les analyses, le mélange et l’application des pesticides, l’élimination des contenants vides, ainsi que la formation et la certification des utilisateurs.
Leur mise en application est annoncée d’ici la fin de novembre 2026.
Le ministre plaide également pour une utilisation accrue des biopesticides et le développement de l’agriculture biologique. Des unités de bioagriculture ont été mises en place pour familiariser les planteurs avec d’autres techniques, notamment l’utilisation du compost.
Le Junior Minister de l’Agro-industrie, Fabrice David, attire pour sa part l’attention sur les conséquences environnementales de l’utilisation des pesticides, notamment sur l’eau, les sols et la biodiversité.
L’utilisation abusive des pesticides dans les cultures vivrières et ses conséquences potentielles sur la santé ont été examinées le 5 octobre 2026 par un comité interministériel coprésidé par Arvin Boolell et le ministre de la Santé, Anil Bachoo.
