L’impact de la balle sur la fourgonnette. Le sergent Gautam Singh Taukoor reste en détention.
- Un témoin : « Pa tiena okenn dezord sa ler-la »
L’enquête sur le coup de feu ayant atteint Elodie Thomas vendredi soir à Camp-Levieux entre dans une nouvelle phase. Le sergent Gautam Singh Taukoor, 57 ans, dit Deepak, arrêté peu après les faits, est attendu pour son interrogatoire par la Criminal Investigation Division (CID) de la Western Division. Il n’a pas encore livré sa version aux enquêteurs, ayant indiqué vouloir retenir les services d’un avocat avant l’audition. Après son arrestation vendredi soir, le policier a été placé en détention. Il devrait être traduit devant le tribunal de Rose-Hill ce lundi.
Selon les informations recueillies, le drame s’est produit à l’issue d’un contrôle de police. Le sergent est soupçonné d’avoir ouvert le feu sur un van. La balle a atteint la passagère Elodie Thomas, 27 ans. Cette mère de famille, caissière au supermarché Winners Tribeca, regagnait son domicile après sa journée de travail. Elle est depuis admise aux soins intensifs de l’hôpital Victoria, à Candos.
Dans un communiqué publié samedi matin, la police confirme qu’un policier a fait usage de son arme à Camp-Levieux vendredi soir. Selon cette version, la fourgonnette circulait dans une zone obstruée par des objets et le chauffeur avait été empêché d’y accéder.
Monn trouv madam-la inn tonbe dan van
Le conducteur avance toutefois une version différente. Il affirme avoir été menacé par le sergent Taukoor, qui aurait placé son arme sur sa tempe. Pris de peur, il dit avoir redémarré le véhicule. Quelques instants plus tard, une détonation a retenti. La balle aurait traversé le pare-brise arrière avant d’atteindre Elodie Thomas. La victime a ensuite été transportée à l’hôpital. Le sergent Taukoor a été arrêté puis inculpé devant la Weekend Court sous une accusation provisoire de « possession of firearm with intent to endanger life ».
« Camp-Levieux ti trankil »
Lors de l’émission « Les Actualités Commentées », animée par Murvind Beetun, sur Radio Plus dimanche, un auditeur s’étant présenté comme témoin affirme avoir assisté à une partie des événements. Il explique que vers 22 heures, vendredi, il se trouvait près d’un guichet automatique du quartier. « Pa tiena okenn debordman ni dezord sa ler-la, Camp-Levieux ti trankil… », soutient-il.
Selon lui, plusieurs véhicules de police étaient stationnés dans l’enceinte du poste de police. Vers 23 h 30, il affirme être sorti de chez lui et avoir constaté que la fourgonnette se trouvait à une vingtaine de mètres de sa maison. Après avoir entendu les échanges, il dit s’être dirigé vers le véhicule. « Monn galoupe, monn al laba. Monn trouv madam-la inn tonbe dan van. Linn gagn kout bal », raconte-t-il.
L’auditeur affirme également qu’il n’avait observé aucun ‘road block’ vers 22 heures : « Mo pa sir ti fini blok sime ». Il remet ainsi en question la thèse de dérapages survenus à Camp-Levieux vendredi soir.
Une affaire de 2007 impliquant le sergent Taukoor
Affecté au poste de police de Flic-en-Flac en 2007, alors qu’il était âgé de 35 ans, Gautam Singh Taukoor avait été arrêté dans une affaire d’attentat à la pudeur et de viol dénoncée par deux touristes américaines en vacances à Maurice. Les deux jeunes femmes séjournaient à Flic-en-Flac.
Le vendredi 16 mars 2007, le constable Taukoor et son ami Jessen N. avaient passé la soirée avec elles avant de les raccompagner à leur lieu d’hébergement. Selon l’enquête, Jessen N. aurait été surpris en train d’abuser de l’une des touristes. Deepak Taukoor était, pour sa part, accusé d’attouchements sur les deux Américaines. Le policier avait nié les accusations portées contre lui, tandis que son ami avait invoqué le consentement.
Inculpés provisoirement, les deux hommes avaient finalement vu les accusations rayées. L’absence des deux vacancières du pays avait empêché la poursuite des procédures d’enquête.
Allégations de non-assistance à l’encontre des policiers «présents»
Dans son récit au Défi Media Group, le chauffeur de la fourgonnette, Rudy, affirme avoir aperçu des policiers effectuant un contrôle à hauteur de la route L’Abattoir. « Ban polisie-la dir mwa ale, si van kraze ou pran responsabilite », soutient-il. Le conducteur explique avoir immobilisé son véhicule avant de demander à sa passagère si elle connaissait un détour. C’est à ce moment-là que, selon lui, le présumé tireur se serait approché.
« Enn polisie vinn ouver mo laport ek linn dir ki pe arive. Li pran so rivolver li met kot mo latanp », raconte-t-il. Rudy affirme que le policier l’aurait ensuite menacé : « To anvi gagn enn kout bal-la ? » avant de lui ordonner de quitter les lieux.
Le chauffeur dit avoir immédiatement démarré avant d’entendre une détonation quelques mètres plus loin. « Kan mo pe roule, mo tann ‘bow’ par deryer. Bal-la inn travers parbriz aryer ek finn tous madam-la », poursuit-il. « Ene jip lapolis, de jip SMF pase, monn dir zot ena enn madam blese dan van, zot pa arete ni port asistans », allègue-t-il. Le chauffeur affirme avoir sollicité des amis afin d’obtenir de l’aide après les faits.
La police indique cependant qu’une ambulance du Service d’aide médicale d’urgence est arrivée avant de prendre en charge Elodie Thomas. La version de Rudy doit être recueillie par les enquêteurs de la CID de la Western Division. La possibilité de confier cet aspect de l’enquête à une unité basée aux Casernes centrales est évoquée. À dimanche, aucune confirmation officielle n’avait toutefois été obtenue.
Erreur sur la photo
Le sergent Ashok Taukoor porte plainte
Le sergent Gautam Singh Taukoor, 57 ans, a été arrêté dans le cadre de cette affaire. Cependant, la photo d’un autre policier aurait circulé sur plusieurs pages Facebook. Le sergent Ashok Kumarsing Taukoor, 53 ans, a été présenté à tort comme l’auteur du coup de feu ayant atteint Elodie Thomas.
Samedi, dans une déposition consignée à la police de Quatre-Bornes, le sergent Ashok Kumarsing Taukoor, affecté au poste de La Gaulette, a dénoncé un délit de « Breach of Data Protection Act ». Il affirme avoir reçu de nombreux appels de proches s’interrogeant sur son éventuelle implication dans l’affaire de Camp-Levieux.
Selon lui, ces publications portent atteinte à sa réputation et mettent en danger sa sécurité ainsi que celle de ses proches. Il a précisé n’être impliqué d’aucune manière dans cette affaire.
