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Dakar, 12 oct (APS) – Le poids démographique de Dakar, accéléré par un exode rural associé à un mauvais aménagement, est un des multiples facteurs à l’origine de la récurrence des inondations dans la capitale sénégalaise, a indiqué l’enseignante-chercheuse à l’université Gaston Berger de Saint-Louis (UGB), Aminata Baldé.
’’La récurrence des inondations à Dakar est le symptôme d’un aménagement du territoire où le pays tout entier pèse sur une presqu’île, a-t-elle soutenu dans une contribution transmise à l’APS.
Les chiffres du dernier recensement (RGPH-5) publiés par l’ANSD parlent d’eux-mêmes : la région de Dakar abrite 22 % de la population du pays sur seulement 0,28 % du territoire, soit environ 7 277 habitants au km², alors que la moyenne nationale tourne autour de 92 habitants au km².
L’universitaire a souligné que cette concentration ”n’est pas seulement démographique, elle est économique”. Un diagnostic officiel révèle en effet que la capitale capte 46 % de la richesse nationale, portée par la présence des grandes institutions, du Port autonome de Dakar (PAD) et de la majorité des emplois formels.
Selon elle, ce déséquilibre y est pour beaucoup dans l’exode rural.
Pour elle, tant que cet exode rural vers la capitale à l’origine de cette surpopulation se poursuivra à ce rythme, les mesures d’urgence contre les inondations comme les pompages ou les digues temporaires seront toujours dépassées par l’ampleur du problème.
”Lutter contre les inondations à Dakar, c’est faire face à l’exode rural et à la surpopulation”, soutient-elle, saluant l’orientation de l’Agenda national de transformation Sénégal 2050, qui a le mérite de ”proposer un développement du pays à partir des territoires”.
”Pour un développement local, chaque pôle territorial doit devenir un bassin d’industrialisation et d’emplois porté par ses propres filières”, a ajouté l’enseignante-chercheuse, plaidant ainsi pour que l’Acte IV de la décentralisation leur en donne enfin les moyens.
”Les pouvoirs publics et décideurs doivent trouver les mécanismes de retenir les populations dans leurs terroirs”, insiste-t-elle.
Pour rompre ce cycle, la chercheuse suggère également de multiplier les structures sanitaires, scolaires et universitaires “de qualité”, de garantir un accès “correct” à une électricité fiable et à l’internet, d’assurer un bon réseau routier, et enfin de délocaliser certaines directions générales et agences dans les capitales régionales.
Aminata Baldé reconnaît que ”l’État du Sénégal ne cesse de poser des actes forts” pour soulager les populations dakaroises face aux inondations, citant le Programme décennal de gestion des inondations (2012-2022), le Plan ORSEC, les opérations pré-hivernales et la réalisation d’ouvrages de drainage des eaux pluviales.
Elle donne, à cet effet, l’exemple de la commune de Keur Massar Sud où ”des habitants témoignent que l’hivernage ne suscite plus la même panique qu’en 2020, grâce aux canaux réalisés ces dernières années”.
”Mais le problème se déplace plus qu’il ne disparaît”, précise-t-elle, rappelant qu”’en octobre 2025, des dizaines d’écoles de Pikine, Guédiawaye et Keur Massar restaient sous les eaux à la rentrée”.
”Ce facteur explique que l’épicentre des inondations avait glissé de Pikine, désormais mieux drainé, vers Keur Massar, marqué par l’occupation anarchique de l’espace’’, a-t-elle dit, admettant ”une limite de l’urgence”.
”On pompe l’eau, on creuse des canaux, on construit des bassins. Pendant ce temps, de nouveaux quartiers poussent dans les zones basses, les cuvettes et les anciens lits de marigots. Chaque ouvrage livré est rattrapé par une urbanisation plus rapide que lui”, déplore l’universitaire.

Aminata Baldé intègre également les effets du changement climatique parmi les facteurs déclencheurs des inondations à Dakar.
Elle a souligné que le changement climatique est une réalité qui amplifie cette problématique. ”Après la longue sécheresse des années 1970 et 1980, les pluies sont revenues au Sahel. Elles reviennent souvent sous forme d’averses brutales, à l’image du cumul de plus 100 millimètres enregistrés en quelques heures dans certains endroits de Dakar, le 4 octobre dernier”, explique-t-elle, ajoutant à ces phénomènes ”la remontée de la nappe phréatique dans les Niayes, l’élévation du niveau de la mer et l’érosion côtière”.
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