Il est des hommes dont la disparition nous touche profondément, même sans les avoir personnellement connus. Des hommes dont le courage, les convictions et l’engagement finissent par faire partie de notre propre conscience citoyenne. Mody Niang était de ceux-là. Notre doyen s’en est allé, laissant derrière lui bien plus que des écrits et des prises de position. Il nous laisse l’exemple d’un patriote sincère, d’un homme libre qui aura consacré une grande partie de sa vie à dénoncer les dérives de notre gouvernance et à éveiller les consciences.
Il avait ce courage devenu si rare de dire ce qu’il pensait, sans chercher à plaire ni craindre de déplaire. Sous différents régimes, sa plume n’a cessé de dénoncer la corruption, le gaspillage et ces « ndiërër », prédateurs de nos deniers publics, qui hypothèquent l’avenir de notre jeunesse. Il savait que derrière chaque franc détourné, il y avait une école qui ne se construisait pas, un malade qui ne se soignait pas, un jeune privé d’avenir. Pour lui, la bonne gouvernance n’était pas un slogan, mais une exigence morale.
Son engagement dépassait les appartenances partisanes. Il était patriote bien avant l’avènement du Pastef. Son soutien à Ousmane Sonko traduisait, à mes yeux, l’espoir de voir enfin se réaliser ce changement qu’il appelait de ses vœux depuis des décennies. Car le véritable changement ne consiste pas simplement à remplacer des hommes par d’autres, mais à transformer nos comportements, notre rapport au pouvoir et notre manière de gérer le bien commun.
Je retiens aussi de lui cette capacité, si peu commune, à savoir renoncer. Quitter des fonctions et les avantages qui les accompagnent lorsqu’on estime ne plus pouvoir servir convenablement. Quelle leçon dans une société où l’on s’accroche si souvent aux titres et aux privilèges ! Mody Niang nous rappelle que la réussite d’une vie ne se mesure pas à ce que l’on possède ou accumule, mais à ce que l’on apporte à sa société et à l’héritage que l’on laisse aux générations futures.
Sa disparition m’attriste profondément. Demain, lorsque de nouvelles dérives viendront éprouver notre République, nous chercherons peut-être instinctivement sa plume, cette voix libre qui savait nous rappeler, sans détour, ce que nous ne devions jamais accepter. Nous ne changerons probablement jamais le monde à nous seuls. Mais chacun peut, à sa manière, contribuer à rendre son environnement plus juste, plus humain et plus solidaire. Mody Niang aura accompli sa part, et quelle belle part !
Il a dénoncé quand d’autres se taisaient, renoncé quand d’autres s’accrochaient et transmis quand d’autres accumulaient.
Aujourd’hui, notre doyen repose sur sa terre natale de Koki. Sa plume s’est arrêtée, mais les consciences qu’il a éveillées continueront, je l’espère, de faire vivre son combat. Il est des hommes qui, en partant, laissent des biens. D’autres laissent des titres et des souvenirs. Mody Niang, lui, nous laisse quelque chose de plus précieux et de plus exigeant : une conscience à entretenir et un combat à poursuivre.
Le plus bel hommage que nous puissions lui rendre ne sera donc pas seulement de célébrer son courage aujourd’hui, mais d’avoir demain celui de défendre les principes pour lesquels il s’est battu. Repose en paix, doyen. Tu as été utile à ton pays. Tu as accompli une belle mission.
Qu’Allah, le Tout-Puissant, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux, l’Omniscient, dans Son infinie bonté, te pardonne tes manquements, accepte tes bonnes œuvres, t’accorde Sa miséricorde et t’accueille dans les plus hauts degrés de Son Paradis éternel, Al-Firdaws. Amine.
Abdoulaye Dieng, Entrepreneur
