Priscilla Muthoora Thakoor, Jacques d’Unienville, Nishi Kichenin, DJ Emran et Alain Ramanisum.
Quand l’eau vient à manquer, c’est tout un pays qui retient son souffle. Derrière chaque robinet à sec, des familles s’inquiètent, des habitudes doivent changer et une ressource vitale doit être protégée. Face à cette réalité, les solutions ne peuvent plus attendre : traquer les fuites grâce à l’intelligence artificielle, récupérer l’eau de pluie, repenser notre consommation et adopter les bons réflexes au quotidien. Des entreprises aux foyers, chacun a sa part de responsabilité. Car l’eau n’est ni inépuisable ni acquise. La préserver aujourd’hui, c’est réduire les risques de pénurie demain.
Priscilla Muthoora Thakoor : « Préserver l’eau, c’est aussi prendre soin les uns des autres »
Les difficultés actuelles d’approvisionnement en eau à Maurice rappellent à quel point cette ressource est indispensable au quotidien. Boire, cuisiner, se laver ou prendre soin de ses proches : autant de gestes ordinaires qui deviennent plus contraignants lorsque l’accès à l’eau est incertain.
Pour Priscilla Muthoora Thakoor, gouverneure de la Banque de Maurice, cette situation met en lumière les difficultés auxquelles sont confrontés de nombreux Mauriciens. Les interruptions d’approvisionnement obligent des familles à réorganiser leur quotidien et peuvent représenter une contrainte supplémentaire pour les personnes les plus vulnérables. « Chacun vit cette situation à sa manière, mais nous sommes tous concernés par la préservation de cette ressource essentielle », indique-t-elle.
Dans ce contexte, la solidarité, la patience et l’attention portée aux autres prennent une importance particulière. Si les difficultés varient d’un foyer à l’autre, tenir compte des besoins de son entourage peut contribuer à les atténuer.
À son domicile, la gouverneure dit également veiller à sa consommation. Fermer le robinet lorsqu’il n’est pas utilisé ou adapter les quantités aux besoins réels sont autant de gestes simples qui permettent de limiter le gaspillage. L’objectif n’est pas de bouleverser son quotidien, mais de prendre davantage conscience de la manière dont cette ressource est utilisée.
Ces efforts individuels ne peuvent toutefois répondre, à eux seuls, aux défis liés à l’approvisionnement. La responsabilité incombe également aux entreprises et aux institutions, appelées à contribuer à la préservation de cette ressource à la mesure de leurs responsabilités.
Au-delà des difficultés actuelles se pose aussi la question de la gestion de l’eau à long terme. Préserver cette ressource pour les générations futures implique de repenser notre rapport aux ressources naturelles et la responsabilité collective qui en découle.
Pour Priscilla Muthoora Thakoor, cette responsabilité rejoint une valeur profondément ancrée dans la société mauricienne : la solidarité. Une valeur qui se traduit aussi bien dans les initiatives collectives que dans les gestes ordinaires et l’attention accordée aux besoins des autres.
L’enjeu est désormais de faire perdurer cet élan au-delà des difficultés actuelles et d’inscrire la préservation de l’eau dans les habitudes. Car, comme le résume la gouverneure : « Préserver l’eau, c’est aussi prendre soin les uns des autres et des générations qui nous suivront. »
Jacques d’Unienville, CEO d’Omnicane : « L’intelligence artificielle permet la détection de certaines fuites d’eau »
Le CEO d’Omnicane met en avant le potentiel de l’intelligence artificielle pour détecter les fuites et limiter les pertes dans les réseaux de distribution. Convaincu que la technologie doit aller de pair avec une gestion responsable, il insiste également sur les efforts à fournir par les entreprises et sur les gestes que chacun peut adopter chez soi pour préserver cette ressource vitale.
Les progrès de l’intelligence artificielle ouvrent de nouvelles perspectives dans la gestion des ressources hydriques. Grâce à l’analyse des données et à des systèmes de surveillance adaptés, ces technologies peuvent aider à identifier les anomalies dans les réseaux, à détecter certaines fuites et à mieux cibler les interventions. « Aujourd’hui, grâce à l’intelligence artificielle, nous avons les moyens de savoir où se trouvent certaines fuites dans les tuyaux et de repérer l’eau qui est perdue », souligne Jacques d’Unienville. L’enjeu est de taille : une fuite non détectée peut entraîner des pertes considérables au fil du temps. En facilitant l’identification des anomalies, les outils numériques permettent aux opérateurs d’intervenir plus rapidement et de limiter le gaspillage. Leur efficacité dépend néanmoins de la qualité des équipements, de la surveillance des réseaux et de la rapidité des réparations.
Jacques d’Unienville insiste aussi sur la responsabilité des entreprises dans la préservation des ressources hydriques. L’eau étant essentielle aux activités industrielles, sa gestion doit passer par la maîtrise de la consommation, la réduction des pertes et, lorsque cela est possible, sa réutilisation.
« Chez Omnicane, l’eau est une ressource essentielle à nos activités. Nous sommes donc pleinement conscients de notre responsabilité dans sa préservation. La maîtrise des consommations, la réduction des pertes et les possibilités de réutilisation de l’eau constituent des axes importants pour une gestion responsable de nos opérations. La préservation de cette ressource exige un effort collectif auquel les entreprises doivent pleinement contribuer », souligne Jacques d’Unienville. Cette démarche montre que les efforts de préservation ne reposent pas uniquement sur les ménages. Les entreprises ont également un rôle à jouer en évaluant leurs besoins, en optimisant leurs procédés et en cherchant à réduire leur consommation d’eau.
À son domicile, Jacques d’Unienville met également en pratique certains principes de récupération de l’eau.
Il y a installé un système de captage des eaux pluviales autour de sa maison afin de recueillir les précipitations, même faibles, avant de les acheminer vers un réservoir. L’eau ainsi collectée sert notamment à arroser le jardin et à effectuer certaines tâches ménagères. « Il faut essayer de récupérer le maximum d’eau possible. Même les pluies fines peuvent être utiles si l’on dispose des installations nécessaires pour les capter et les stocker », explique-t-il. Cette initiative constitue une solution que les particuliers peuvent envisager en fonction de leurs moyens et des caractéristiques de leur logement. La récupération des eaux pluviales permet notamment de réserver l’eau potable aux usages qui la nécessitent.
Nishi Kichenin, Group CEO de JurisTax : « Nous devons tous prendre conscience de l’importance de l’eau »
Cheffe d’entreprise et mère de famille, Nishi Kichenin mesure l’importance de l’eau au quotidien. Face aux difficultés d’approvisionnement à Maurice, elle estime que chacun doit revoir ses habitudes et adopter des gestes simples pour éviter le gaspillage. Une responsabilité qui, selon elle, commence au sein du foyer et doit s’inscrire dans la durée.
Pour Nishi Kichenin, préserver l’eau passe d’abord par les habitudes adoptées à la maison. Cette ressource, souvent considérée comme acquise, doit être utilisée avec davantage de précaution. Essentielle à la préparation des repas, au nettoyage et à l’entretien de la maison, elle accompagne de nombreuses activités quotidiennes, sans que sa disponibilité permanente soit pour autant garantie. « Nous devons tous prendre conscience de l’importance de l’eau. Il ne faut pas attendre de se retrouver sans une goutte au robinet pour comprendre qu’il est nécessaire de la préserver », souligne-t-elle. Fermer le robinet pendant le brossage des dents, éviter de laisser couler l’eau inutilement ou limiter les quantités utilisées pour les tâches ménagères sont autant de réflexes susceptibles de réduire le gaspillage.
La sensibilisation doit, selon elle, commencer au sein du foyer. Les adultes, par leurs gestes, peuvent montrer l’exemple aux enfants et inciter toute la famille à participer à cet effort. Au-delà de la réduction de la consommation, il s’agit de faire comprendre, dès le plus jeune âge, la nécessité d’utiliser l’eau avec discernement. « Les bonnes habitudes commencent à la maison. Si chacun fait attention à sa consommation et montre le bon exemple à ses enfants, nous pouvons progressivement changer les comportements », estime-t-elle. Une meilleure organisation des activités domestiques peut ainsi contribuer à éviter certaines consommations superflues.
La gestion de l’eau passe aussi par une remise en question de certaines pratiques. Lorsque les conditions le permettent, la récupération de l’eau de pluie peut constituer une solution pour les usages ne nécessitant pas d’eau potable, notamment l’arrosage des plantes ou le nettoyage des espaces extérieurs, à condition que cette eau soit collectée et conservée de manière appropriée. Nishi Kichenin estime que chaque foyer peut chercher des moyens de réduire sa consommation en fonction de ses possibilités, sans nécessairement bouleverser son quotidien. « Nous avons parfois tendance à utiliser l’eau sans réfléchir, parce qu’elle est disponible lorsque nous ouvrons le robinet. Pourtant, nous devons apprendre à mieux gérer cette ressource et à éviter tout ce qui n’est pas indispensable », fait-elle ressortir.
En sa qualité de cheffe d’entreprise, Nishi Kichenin considère par ailleurs que cet enjeu concerne l’ensemble de la société. Ménages, entreprises et institutions ont chacun un rôle à jouer pour favoriser une utilisation plus responsable de l’eau. Si les mesures prises à grande échelle restent essentielles, les initiatives individuelles peuvent également contribuer à l’effort collectif.
« La préservation de l’eau ne doit pas être la préoccupation d’une seule personne ou d’une seule famille. C’est une responsabilité collective. Chacun doit comprendre qu’il a un rôle à jouer », insiste-t-elle. Cette démarche doit, selon elle, perdurer au-delà des périodes de restrictions. Les habitudes prises lorsque l’approvisionnement est difficile ne devraient pas disparaître dès que la situation s’améliore.
DJ Emran : « Chacun peut faire un effort chez lui »
Face aux difficultés d’approvisionnement en eau à Maurice, DJ Emran mise sur des gestes simples pour réduire sa consommation. Du lavage de voiture aux tâches ménagères, il privilégie des méthodes moins gourmandes en eau. Il plaide également pour des solutions à plus grande échelle, comme la désalinisation et la réutilisation des eaux traitées.
Pour DJ Emran, préserver l’eau commence par un changement des habitudes. Sans attendre uniquement des mesures supplémentaires des autorités, chaque citoyen peut, selon lui, agir à son niveau en évitant les consommations inutiles. « Nous devons prendre conscience de la valeur de l’eau. Nous l’utilisons tous les jours, parfois sans mesurer les quantités que nous gaspillons », souligne-t-il.
Le lavage des voitures constitue, à ses yeux, un exemple de pratique qui peut être repensée. Lorsque cela est possible, il privilégie le nettoyage à sec afin de limiter l’utilisation d’eau potable. Il applique la même logique aux tâches ménagères, en favorisant des méthodes nécessitant moins d’eau. « Il faut réfléchir avant d’ouvrir le robinet. Si une tâche peut être réalisée avec moins d’eau, pourquoi en utiliser davantage ? », fait-il remarquer. Il encourage également les familles à fermer les robinets lorsqu’ils ne sont pas utilisés et à ne pas laisser couler l’eau inutilement pendant le nettoyage. Certaines eaux peuvent aussi être récupérées pour des usages appropriés, notamment l’arrosage des plantes. Des changements qui, selon lui, reposent avant tout sur une consommation plus responsable.
Au-delà des efforts individuels, DJ Emran estime que Maurice devrait examiner des solutions technologiques susceptibles de renforcer sa sécurité hydrique. Il cite l’exemple de Dubaï, où la désalinisation de l’eau de mer contribue à l’approvisionnement en eau. « Maurice est entouré par la mer. Nous devrions étudier sérieusement la possibilité de développer davantage la désalinisation pour disposer d’une source d’eau complémentaire », avance-t-il. Une telle option nécessiterait toutefois une évaluation approfondie des investissements requis, des besoins énergétiques et de l’impact environnemental. Elle pourrait constituer une ressource complémentaire, sans se substituer aux efforts visant à réduire la consommation.
DJ Emran évoque également le traitement des eaux usées en vue de leur réutilisation pour certains usages non potables. Sous réserve d’un traitement approprié et du respect des normes sanitaires, ces eaux pourraient notamment servir à l’arrosage des jardins ou au nettoyage des espaces extérieurs.
Pour DJ Emran, la lutte contre le gaspillage relève ainsi d’une responsabilité partagée entre les citoyens et les autorités. Si les infrastructures sont essentielles, les comportements individuels comptent également. « Nous ne devons pas attendre que les robinets soient à sec pour changer nos habitudes. Chacun peut faire un effort chez lui et montrer le bon exemple à son entourage », insiste-t-il.
Alain Ramanisum : « La musique accompagne nos vies, mais l’eau est vitale »
Conscient des difficultés d’approvisionnement en eau à Maurice, le chanteur Alain Ramanisum a revu certaines de ses habitudes. Robinets fermés, récupération de l’eau de pluie et nettoyage à sec de sa voiture : il privilégie des gestes simples pour limiter le gaspillage. Pour lui, préserver cette ressource essentielle relève d’une responsabilité collective qui commence à la maison.
Préserver l’eau passe d’abord par une prise de conscience. Pour Alain Ramanisum, il est essentiel de mesurer la gravité de la situation et d’adapter ses comportements, jusque dans les gestes les plus ordinaires. « Il faut fermer le robinet et comprendre que nous faisons face à une situation sérieuse. Même lorsqu’on prend une douche ou qu’on se brosse les dents, on peut éviter de laisser couler l’eau inutilement », explique-t-il. L’artiste préconise de n’utiliser que la quantité nécessaire pour chaque activité domestique. Il encourage également les familles à récupérer, lorsque sa qualité le permet, l’eau ayant servi à certaines tâches afin de la réutiliser pour le nettoyage extérieur ou le jardinage.
Alors que les pluies se font attendre, Alain Ramanisum estime qu’il faut profiter de chaque averse pour constituer des réserves. L’eau de pluie peut servir à des usages ne nécessitant pas d’eau potable. « Lorsqu’il pleut, nous devons penser à récupérer cette eau pour les tâches ménagères appropriées. C’est une habitude utile qui permet de réduire notre consommation d’eau potable », souligne-t-il. Il estime que ces pratiques doivent s’inscrire dans le quotidien plutôt que d’être adoptées uniquement lorsque les difficultés d’approvisionnement s’aggravent.
Alain Ramanisum dit appliquer lui-même ces principes. Il explique avoir cessé depuis longtemps de laver sa voiture à l’eau et privilégier désormais le nettoyage à sec, en attendant la pluie. « Cela fait longtemps que je ne lave plus ma voiture à l’eau. Je préfère le nettoyage à sec et j’attends la pluie. Ce sont de petites habitudes que j’ai ajoutées à mon quotidien », confie-t-il. Pour l’artiste, ce changement montre qu’il est possible de réduire sa consommation sans bouleverser son mode de vie. Chacun peut, à ses yeux, contribuer à l’effort collectif en évitant les usages d’eau qui ne sont pas indispensables.
Pour le chanteur, la question de l’eau concerne tous les Mauriciens. Les solutions reposent aussi bien sur les infrastructures que sur les comportements individuels. « Le problème de l’eau nous concerne tous. Nous devons prendre cette situation au sérieux et faire chacun notre part », affirme-t-il. Un principe qu’il rapproche de sa passion pour la musique : chaque élément compte dans une composition, tout comme chaque geste compte dans la préservation d’une ressource indispensable.
« La musique accompagne nos vies, mais l’eau est vitale. Nous ne pouvons pas vivre sans elle. Il faut donc apprendre à la respecter et à l’utiliser judicieusement », conclut Alain Ramanisum. Un appel à faire de l’économie d’eau une habitude durable, au-delà des seules périodes de pénurie.
