Présente ce matin à l’installation officielle du Tribunal des Pairs — l’organe disciplinaire et d’autorégulation du Conseil pour l’Observation des Règles d’Éthique et de Déontologie dans les médias (CORED) —, Marie Odile Thiakane, directrice des Affaires civiles et du Sceau au ministère de la Justice, a livré une prise de parole aussi spontanée que marquante. S’adressant directement aux professionnels de la presse, la magistrate a tenu à leur rappeler la lourdeur et la complexité de la tâche qui les attend désormais.
« Je suis là devant les journalistes qui sont souvent prêts à casser du sucre sur le dos des magistrats. Et je vais vous y voir ! », a lancée avec une pointe d’ironie et de bienveillance la représentante du garde des Sceaux. Au-delà du clin d’œil, Marie Odile Thiakane a tenu à partager une réflexion profonde sur la nature même de l’acte de juger.
Une vertu « ingrate » et non humaine
Évoquant les principes fondamentaux du droit — le respect du contradictoire, la présomption d’innocence ou le double degré de juridiction —, la directrice des Affaires civiles a surtout insisté sur la dimension éthique et presque sacrée de la fonction. « Juger n’est pas facile. Elle est sublime, la vertu de la justice, mais juger, c’est souvent ingrat. Parce que tout simplement, c’est une vertu qui, par définition, n’est pas humaine », a-t-elle souligné, au micro de Senego, devant une assemblée attentive.
Puisant dans les valeurs sociétales et la tradition sénégalaise, la magistrate a fait un parallèle saisissant avec l’arbre à palabres ancestral et la régulation par la communauté. « Jugé par ses pairs, c’est la crainte du regard des siens », a-t-elle expliqué, estimant que ce tribunal disciplinaire disposera d’une marge de manœuvre et d’une souplesse que la justice classique n’a pas.
Un accompagnement du ministère de la Justice
Tout en concédant qu’arbitrer entre confrères exige une immense « délicatesse », Marie Odile Thiakane a exprimé l’espoir que ce nouvel organe permette de traiter les manquements éthiques en amont et de désengorger les juridictions ordinaires.
En conclusion, elle a réitéré le plein engagement de la Chancellerie à accompagner les acteurs des médias dans ce processus d’autorégulation, tant sur le plan de la formation que sur la révision des textes, scellant un rendez-vous du « donner et du recevoir » entre la grande famille de la justice et celle de la presse.
