Sécheresse à l'ile Maurice, l'absence de pluies fait craindre le pire pour notre approvisionnement en eau.
Face à l’aggravation des sécheresses, une étude propose dix mini-réservoirs afin de renforcer la sécurité hydrique à Maurice. Ces ouvrages permettraient de capter une partie des eaux de ruissellement aujourd’hui largement perdues en mer et de mieux répondre aux pénuries saisonnières.
L’étude, consacrée aux stratégies d’adaptation en matière de gestion de l’eau dans le contexte mauricien, a été menée par Jay Doorga, conférencier à l’Université des Mascareignes, Ryan Tannoo, architecte, Natalie Sum Yue Chung, spécialiste en énergie environnementale, et Anthony Odongo, spécialiste en technologie géospatiale. Elle met notamment l’accent sur la construction de dix mini-réservoirs afin d’améliorer le stockage de l’eau dans un pays de plus en plus exposé aux effets du changement climatique.
À l’instar de nombreux petits États insulaires en développement (PEID), Maurice subit une multiplication et une intensification des épisodes de sécheresse, alors même que les petites îles contribuent peu aux émissions mondiales de gaz à effet de serre.
Les eaux souterraines et les ressources de surface constituent les principales sources d’approvisionnement du pays. Environ 50 % de l’eau proviennent des nappes souterraines, exploitées à travers 163 forages, tandis que l’autre moitié est issue des eaux de surface, notamment de sept grands réservoirs.
Les données recueillies entre 1931 et 2020 font ressortir une baisse significative des précipitations annuelles.
Dans certaines régions, la diminution atteindrait 22,3 % pour la recharge des eaux de surface et 24,7 % pour celle des nappes phréatiques. Cette évolution est attribuée à la hausse des températures, à l’augmentation de l’évapotranspiration, ainsi qu’à la variabilité climatique liée au dipôle de l’océan Indien (IOD) et au phénomène El Niño-Oscillation australe (ENSO).
La croissance démographique et le développement économique accentuent la pression sur les ressources disponibles. En 2020, près de 60 % de l’eau distribuée par le réseau national aurait été perdue en raison de fuites et d’inefficacités. Par ailleurs, bien que Maurice reçoive environ 3 700 millions de m³ de précipitations par an, seuls 8 % des eaux de ruissellement seraient effectivement captés, le reste rejoignant la mer.
Objectifs de recherche et méthodologie
L’étude vise à renforcer la sécurité de l’approvisionnement en eau en identifiant les sites les plus appropriés pour construire de petits réservoirs hors lit capables de capter les eaux de ruissellement inexploitées.
Parmi les critères retenus pour sélectionner les emplacements figurent :
- la proximité des régions confrontées à un stress hydrique ;
- la proximité des cours d’eau ;
- l’altitude et la pente du terrain ;
- la proximité des zones d’habitation.
Des zones à haut risque de sécheresse
Les données pluviométriques à long terme révèlent une baisse soutenue de la recharge des eaux de surface et des nappes phréatiques, particulièrement dans le Nord et le Sud. Grand-Sable, Isidore Rose et Souillac figurent parmi les zones identifiées comme étant fortement exposées au risque de sécheresse.
Dans ce contexte, la récupération des eaux de ruissellement apparaît comme une piste importante. La géographie de l’île entraîne en effet un écoulement rapide après les précipitations. Le débit des cours d’eau peut ainsi devenir faible, voire nul, peu de temps après, une partie importante de cette ressource se déversant alors dans la mer.
Les principaux barrages du pays sont également situés dans des régions où les précipitations ont fortement diminué. La Nicolière, dans le Nord, qui joue un rôle essentiel dans l’approvisionnement en eau potable ainsi que pour l’agriculture et l’industrie, est notamment soumise à une forte pression.
Hausse de la demande et pressions sur les infrastructures
La population mauricienne a augmenté de plus de 160 % depuis 1950, ce qui a entraîné une hausse importante de la demande en eau. À lui seul, le secteur domestique représente 78 % de la consommation totale. Les pénuries saisonnières sont fréquentes, notamment en décembre, février et juillet.
Répondre à cette demande constitue toutefois un défi majeur. Le vieillissement des infrastructures et leur entretien insuffisant contribuent à d’importantes pertes, notamment à travers les fuites et les canalisations défectueuses.
La réparation du réseau demeure essentielle pour améliorer l’efficacité de la distribution, mais elle ne permet pas d’augmenter le volume global d’eau disponible. L’extension des réservoirs existants est, elle aussi, difficile en raison du manque de terrains, des contraintes environnementales et des coûts financiers élevés.
Le potentiel des mini-réservoirs
L’étude propose la construction de dix mini-réservoirs d’une capacité de 50 000 m³ chacun, soit une capacité totale de stockage de 0,5 million de m³ par an. Ils seraient implantés à des endroits stratégiques dans le Sud, l’Est, le Nord et l’Ouest, notamment à Camp-Levieux et à L’Escalier.
« La conception des réservoirs intègre l’intégration des écoulements naturels, des pièges à sédiments, des structures cylindriques et des micro-barrages à double barrage afin de préserver la qualité de l’eau et de minimiser l’envasement », fait ressortir l’étude.
Les chercheurs proposent également trois interventions complémentaires. La première consiste à construire ces ouvrages dans des zones touchées par le stress hydrique afin de capter les débits de pointe saisonniers et d’améliorer la disponibilité de l’eau pendant les périodes sèches.
La deuxième repose sur un système à double barrage destiné à améliorer la collecte et la distribution dans les régions vulnérables. Enfin, les auteurs recommandent le recours à des solutions fondées sur la nature, comme le reboisement, la restauration des zones humides et la recharge artificielle des aquifères, afin d’améliorer la rétention de l’eau et de préserver l’équilibre écologique.
Considérations économiques
Le coût d’investissement initial pour les dix réservoirs est estimé à 102 millions de dollars US. Selon l’étude, cette somme demeure largement inférieure aux 4,5 milliards de dollars US qui seraient nécessaires pour remplacer l’ensemble du réseau de canalisations présentant des fuites.
Les auteurs estiment que les bénéfices socio-économiques et environnementaux pourraient justifier cet investissement. Ils préconisent notamment des modèles de financement mixte, des partenariats public-privé ainsi que le recours à des subventions internationales, dont celles du Fonds vert pour le climat.
Politiques et gouvernance
L’étude préconise une gestion intégrée des ressources en eau (GIRE), combinant infrastructures, solutions fondées sur la nature et participation des communautés.
Parmi les stratégies recommandées figurent :
- la restauration des zones humides et des bassins versants afin d’améliorer la recharge des nappes phréatiques ;
- la mise en place de cadres juridiques favorisant la collecte des eaux de pluie ;
- une tarification différenciée visant à encourager les économies d’eau tout en protégeant les usagers à faibles revenus ;
- le développement de mini-réservoirs cylindriques et de systèmes à double barrage adaptés au relief de Maurice ;
- une meilleure coordination entre des organismes tels que la Central Water Authority et la Water Resources Unit.
Des pistes à approfondir
L’étude s’inscrit dans les pratiques internationales de gestion intégrée des ressources en eau et met l’accent sur la diversification des solutions de stockage. Selon ses auteurs, cette approche pourrait également servir de modèle à d’autres petits États insulaires confrontés à un stress hydrique lié au changement climatique.
Ils recommandent désormais une validation des résultats sur le terrain, une plus grande implication des communautés afin de favoriser l’acceptation sociale des projets, ainsi que le déploiement de technologies numériques de surveillance.
Des solutions audacieuses, mais concrètes
Face aux effets croissants du changement climatique et à une demande en eau en hausse, Maurice devra renforcer ses capacités d’adaptation. Pour les chercheurs, la sécurité hydrique du pays dépendra de stratégies durables, inclusives et adaptées aux réalités locales.
Dans cette perspective, les mini-réservoirs pourraient contribuer à décentraliser le stockage de l’eau, soutenir la productivité agricole et améliorer l’approvisionnement des régions les plus vulnérables. Leur efficacité dépendra toutefois d’une planification rigoureuse, d’une collaboration interdisciplinaire et de mécanismes de financement fiables.
Source : Charles Telfair Centre
