Installé en Angleterre depuis 22 ans, Shafraaz Soobratty était revenu à Maurice pour retrouver ses parents. Quelques jours plus tard, le virus H1N1 a brutalement emporté cet imam de 44 ans.
Il y a des départs que rien ne laisse présager. Des retrouvailles que l’on imagine heureuses. La famille Soobratty se faisait une joie d’accueillir Shafraaz, 44 ans, après une longue absence. Mais la tragédie est survenue, brutale, inattendue. Le quadragénaire, installé en Angleterre depuis 22 ans, a succombé, le 6 octobre, quelques jours après son arrivée à Maurice, au virus H1N1.
Imam à la mosquée de Dartford, Shafraaz Soobratty avait progressivement construit sa vie dans le Kent, où il résidait avec son épouse, Sabina, et leurs trois filles, âgées de 11, 8 et 6 ans. Malgré la distance, il n’avait jamais rompu les liens avec sa famille restée à Maurice. Ses parents, Sadeck et Afsana Soobratty, occupaient une place importante dans sa vie ; il rentrait au pays tous les deux ans pour les voir. Son dernier voyage au pays représentait d’ailleurs bien davantage qu’un simple séjour.
« Il avait accompli l’Umrah, puis il est venu à Maurice pour voir sa famille et surtout passer quelques jours avec ses parents », raconte son oncle paternel, Sabheer Soobratty, qui habite Rose-Hill, la région d’où est originaire la famille. Dans sa voix, le souvenir de ces derniers jours se mêle à l’incompréhension.
Les premiers signes de la maladie semblaient pourtant ordinaires, selon Sabheer Soobratty. « Il avait mal à la gorge et présentait des symptômes qui ressemblaient à ceux d’une grippe. Il est allé à l’hôpital vendredi et a reçu des médicaments. Mais dimanche, il ne se sentait toujours pas bien. À la clinique, après des examens, on lui a annoncé qu’il avait contracté le virus H1N1 », témoigne l’oncle.
Malgré les soins prodigués, le quadragénaire a succombé à la maladie. Ses funérailles se sont déroulées le mercredi 7 octobre. Pour sa famille, le choc est immense. Derrière les circonstances médicales de cette disparition, il y a surtout une famille confrontée à l’absence soudaine d’un fils, d’un époux, d’un père et d’un frère. Il y a aussi trois petites filles qui devront désormais grandir avec les souvenirs de leur papa, privé de la possibilité de les accompagner au fil des années.
Son oncle garde de lui l’image d’un homme dévoué, profondément attaché à sa foi et à ses responsabilités. D’ailleurs, en Angleterre, Shafraaz Soobratty avait également consacré une partie importante de sa vie au service de sa communauté religieuse. À la mosquée de Dartford, il remplaçait l’imam lorsque celui-ci était absent. Sa mission consistait entre autres à diriger les prières quotidiennes, les swalaat, accompagnant ainsi les fidèles dans leur pratique religieuse. Il exerçait également une activité professionnelle auprès de l’État britannique, en lien avec les demandes d’allocations gouvernementales.
L’oncle paternel ne peut s’empêcher de rapprocher le pèlerinage accompli par son neveu, son retour à Maurice et les retrouvailles avec ses parents. « Il a pu faire l’Umrah, puis venir prendre la bénédiction de ses parents avant de retourner auprès de son Créateur. Je sais qu’il a eu une place bien méritée auprès de Lui », confie-t-il avec émotion.
