SENEGAL-LITTERATURE-SANTE
Dakar, 19 oct (APS) – Le nouveau roman de l’écrivaine sénégalaise Mariama Ndoye, intitulé “Sursis”, se veut un récit d’espoir adressé aux milliers de femmes atteintes du cancer, dans l’optique de “combattre la négativité” entourant cette maladie.
“Je l’ai écrit pour combattre la négativité qui entoure cette maladie qu’est le cancer”, a déclaré l’écrivaine au sujet de son nouveau roman, basé sur son expérience personnelle de la maladie.
“Je sais qu’il y a beaucoup de personnes qui luttent. Ce livre sert à donner de l’espoir à celles qui sont atteintes par cette maladie. Et puis à leur dire unis, nous vaincrons, que ce n’est pas un mal invincible, il faut vouloir et y croire”, reste-t-elle convaincue.
Mariama s’entretenait avec l’APS, en marge de la cérémonie de lancement de son nouveau roman, dimanche, au pavillon Sénégal de la 18e Foire internationale du livre et du matériel didactique (FILDAK), clôturée lundi.
L’écrivaine dit avoir eu du mal à écrire ce livre, hésitant longtemps à le faire, avant finalement de s’y mettre, guidée par son courage.
Les médecins “font l’impossible contre le cancer. L’Etat est en train de faire de gros efforts”, mais la lutte contre cette maladie concerne “d’abord nous-mêmes et notre entourage proche”, a-t-elle dit, incitant “tout le monde […] à soutenir les malades, à ne pas les décourager, parce qu’on meurt tous un jour”.
“Le cancer doit cesser d’être une épée de Damoclès”
“Le cancer, c’est une maladie comme une autre. Il ne faut pas qu’on lui jette cet anathème de maladie mortelle. Elle l’est pour certains, mais c’est parce que le terme de leur vie était arrivé. Mais ce n’est pas parce que c’est le cancer”, insiste-t-elle.
L’écrivaine, diagnostiquée de cette maladie, il y a quatre ans, dit avoir tenu grâce au soutien dont elle a bénéficié de ses proches.
“Dès qu’on prononce le diagnostic, la personne se croit condamnée. Pourquoi ? Parce que c’est vrai que c’est une aventure. Il faut des moyens, il faut du courage, mais je dis, il faut surtout du soutien”, a déclaré Mariama Ndoye, par ailleurs conservatrice du Musée Léopold Sédar Senghor à Dakar.
“Mais au bout de quatre ans, je me dis qu’il faut que j’aide les autres à s’accrocher. Parce que moi j’ai été aidée”, fait-elle valoir.
En cette fin de journée du dimanche 18 octobre 2026, coïncidant avec le mois dédié à la lutte contre le cancer, l’auteur a dédicacé son roman pour de nombreuses personnes ayant acheté son livre, avec notamment la mention suivante : “Le cancer doit cesser d’être une épée de Damoclès sur la tête des femmes”.
Avec sa “maigre arme” qu’est sa plume, elle veut inviter ses concitoyens à ne pas baisser le bras, parce qu’à un moment donné, reconnait-elle, “effectivement, on baisse les bras, on se dit à quoi bon, le traitement est lourd, j’ai fait ce que j’avais de bien à faire. Et puis on part en toute confiance, en tant que croyante”.
“Nous sommes tous en sursis sur cette terre”
Mais tout de suite, le malade est rattrapé par ses proches lui répétant “ne pars pas, on a besoin de toi, accroche-toi, mange, lèves-toi, marche. Et c’est ça qui nous sort de l’ornière”.
L’auteure du roman “L’arbre s’est penché” (Edition Eburnie – 2011), qui a remporté en 2012 le Prix Ivoire du meilleur roman francophone, demande aux femmes d’être surtout prévoyantes, de se palper les seins, de passer des mammographies.
“Chaque mois qui passe, c’est une petite boule, après ça grossit, ça fait mal seulement au bout de… Quand le mal est déjà là, c’est là qu’on sent la douleur. Donc c’est une maladie hypocrite, c’est insidieux, c’est comme un crabe”, explique l’ancienne directrice du livre et de la lecture du Sénégal.
Le cancer a tendance à s’installer progressivement et devient difficile à soigner quand il prend “trop de place”. “Mais je veux dire à tout le monde qu’on peut en guérir”, insiste Mariama Ndoye, évoquant le message principal de son roman de 131 pages consacré à cette maladie qu’elle a surnommée “La crabe”.
Concernant le titre du roman, “Sursis”, elle estime qu’il se justifie par la situation des humains, tous en sursis sur terre. “C’est comme un sursis qui nous ai accordé, parce que nous sommes tous appelés à passer un jour de de vie à trépas”.
L’auteur de “Sursis” est désormais entrée en rémission, quatre ans après avoir été diagnostiquée de la maladie, mais il faut dix ans pour être sûre qu’il n’y aura pas de récidive, précise Mariama Ndoye.
Il faut “effectivement du courage pour écrire sans émotion” sur cette maladie, “pour en parler sans émotion, parce que c’était difficile”, a fait valoir en évoquant le moment où elle a entamé l’écriture de ce roman.
“On écrit avec des larmes”, a-t-elle dit, ajoutant que ce qui l’a poussée à écrire ce roman, c’est de penser que même ceux qui ne savent pas lire, s’ils en entendent parler, ça peut les aider qu’on leur dise que son auteur avait tel âge, a été atteinte d’un cancer de stade avancé, s’est battue, avec l’aie de ses proches.
L’écrivaine a surtout tenu aussi à remercier ceux qui ont été là pour elle. “Je leur dois une grande reconnaissance”, lance-t-elle.
“Parfois des personnes insoupçonnées, dont je n’étais pas proche, ont joué un rôle tellement important dans cette épreuve que j’ai traversée, que je leur devais aussi une reconnaissance”, confie-t-elle.
FKS/BK
