Le député Sydney Pierre explique les raisons de sa démission du Parti travailliste et de la majorité gouvernementale. Il estime que ses convictions ne correspondent plus à la ligne politique de son ancien parti.
Sydney Pierre était l’invité de la journaliste Jane Lutchmaya, mercredi 21 octobre 2026, dans l’émission « Au Cœur de l’Info », sur Radio Plus et Télé Plus. Désormais député indépendant, il est revenu sur les circonstances de son départ du Parti travailliste et de la majorité gouvernementale. « J’essaie d’être cohérent. Cela ne veut pas dire que je ne commets pas d’erreurs, mais je n’ai aucun mal à les reconnaître. J’ai à cœur d’être toujours en paix avec moi-même », déclare-t-il d’emblée.
« Quand le Premier ministre m’avait appelé (Ndlr : pour lui proposer d’être candidat aux élections), il n’y avait aucune promesse. Oui, j’ai été un peu déçu de ne pas avoir été nommé ministre, mais j’ai compris le contexte. Il y a d’autres personnes capables. J’ai accepté le poste de ministre junior et la déception est partie », raconte Sydney Pierre.
Il révèle également avoir été contacté par le Premier ministre après un point de presse. Il aurait alors indiqué à Navin Ramgoolam qu’il était prêt à démissionner si sa position posait problème. « Ma décision de quitter le parti est liée aux prochains projets de loi. J’ai senti que je serais en conflit entre mes convictions et la ligne du Parti travailliste. C’est la seule raison de mon départ », soutient-il.
UN DÉSACCORD DE FOND
Revenant sur son opposition à la réforme de la pension, le député explique : « Concernant la réforme de la pension, le Finance Bill devait être voté le lundi ou le mardi. J’avais réservé un vol le jeudi pour aller voir ma petite-fille en France. Quand le vote a été repoussé au vendredi, j’ai décalé mon départ. J’aurais pu y aller, mais il était de ma responsabilité, en tant que député, de voter contre le Finance Bill. Le plus dur n’a pas été la révocation en tant que ministre junior, mais plutôt d’être sous les projecteurs. »
Pour justifier sa position, Sydney Pierre évoque son expérience professionnelle. « J’ai été maçon. Un maçon ne peut pas travailler après 50 ans. Dans le programme de l’année dernière, il y avait un “income support” pour les plus vulnérables de 50 à 60 ans. Mais cette année, on coupe la pension de 30 % pour ceux qui la prennent à 60 ans. Je ne pouvais pas voter pour cette réforme, qui était pire que celle de l’année dernière », affirme-t-il.
Il assure qu’il restera fidèle à ses convictions, même en siégeant désormais hors de la majorité. « Je ne serai pas constamment contre les projets de loi, comme je n’étais pas toujours pour le gouvernement », indique-t-il.
Dressant le bilan de l’action gouvernementale, Sydney Pierre reconnaît que la victoire électorale de 60-0 représentait une lourde responsabilité. « La population veut une feuille de route et une direction. Sur la forme, nous avons péché », juge-t-il.
Le député affirme, par ailleurs, bénéficier du soutien de ses mandants depuis sa démission. « Beaucoup me disent que j’aurais dû partir avant. J’ai essayé de tenir jusqu’à ma démission. Dans plusieurs forums, j’aurais été mal à l’aise au sein du Parti travailliste. Je ne me considère pas comme un transfuge. Je pense que le gouvernement dévie de son programme. À l’heure où nous parlons, je ne suis pas membre du FMP, mais je suis en discussion avec les parlementaires du FMP », précise-t-il.
CALCULS POLITIQUES
Interrogé sur son avenir politique, Sydney Pierre n’exclut ni un rapprochement avec le FMP ni la possibilité de rester indépendant. « Je laisse la population juger de ma crédibilité. Si demain je dois le faire, je démissionnerai du Parlement. S’il y avait une loi anti-transfuge, j’aurais dû démissionner. Je me rapproche du FMP, car c’est le parti qui compte le plus de membres. Mais je pourrais aussi rester indépendant, car ma priorité est de défendre l’intérêt public », indique-t-il.
Face aux accusations de calculs politiques, il affirme avoir subi d’importantes pertes financières depuis son entrée en politique. « Je suis celui qui a le plus perdu depuis que je suis entré en politique. Quand on dit que je fais des calculs politiques, je leur dis de regarder les déclarations de patrimoine des députés. J’ai perdu Rs 25 millions en entrant en politique, dont une partie en manque à gagner par rapport à ce que je gagnais en tant que professionnel. Je roulais dans une BMW X4, maintenant ma voiture vaut quatre fois moins », confie-t-il.