L’avocate entourée de ses parents, Mira et Devanand Nundloll, ainsi que de son frère Tanveer.
De l’influence de ses parents à sa formation en Angleterre, en passant par une vie de couple à distance, Me Monisha Nundloll Bungloll a construit son parcours avec détermination. À 30 ans, elle vient de prêter serment comme avocate.
Chez les Nundloll, le tribunal entrait à la maison par la parole. « J’entendais souvent mes parents raconter leur journée en Cour après leur témoignage. J’étais fascinée par leurs récits des travaux au tribunal », confie Monisha Nundloll Bungloll. Son père, Devanand Nundloll, est sergent de police. Sa mère, Mira Nundloll, a servi pendant 15 ans à l’Anti-Drug and Smuggling Unit (Adsu), avant d’être mutée à la Traffic Branch. De ces conversations est née, dès l’école primaire, une envie : devenir avocate.
À 30 ans, elle a réalisé ce rêve. Le 25 septembre 2026, elle a prêté serment après des études de droit à Maurice, une formation en Angleterre et plusieurs expériences professionnelles. Mais le chemin vers le barreau ne s’est pas limité aux salles de cours et aux stages. Il a aussi fallu organiser sa vie de couple autour de la distance.
Originaire d’une famille établie notamment à Camp-Fouquereaux, où elle a grandi avec son jeune frère, Tanveer Nundloll, elle étudie le droit à l’Université de Maurice. Elle obtient un BA (Hons) Law with Management en 2019, puis un master en droit des sociétés (LLM in Corporate Law), avec mention Merit, en 2021. Elle travaille ensuite dans les services financiers, notamment chez Ocorian Corporate Services, SANNE Mauritius et Bellerive Corporate Management Services, avant de quitter Maurice en 2023 pour poursuivre sa formation juridique en Angleterre.
Elle est alors mariée à Akshaye Bungloll. Son époux l’accompagne pour son installation, puis rentre à Maurice. Employé chez Accenture, il entreprend des démarches pour obtenir un poste en Angleterre et se rapprocher d’elle. Cette possibilité ne se concrétise pas. Il décroche finalement une mutation à Nantes, en France, à environ une heure de vol de Londres. Une distance qui permet des retrouvailles, mais pas le retour à une vie commune au quotidien. « C’est comme cela qu’on arrivait à se voir, souvent une seule fois par mois. Il fallait faire beaucoup d’efforts. ‘It was a big thing for us’ », raconte-t-elle.
À Londres, elle suit le Bar Practice Course à l’University of Law, sur le campus de Bloomsbury, de janvier 2024 à mars 2025, et obtient la mention « Very Competent ». Entre les cours, les révisions, les examens et les déplacements pour retrouver son époux, elle doit organiser son temps en fonction de deux exigences : mener sa formation à terme et préserver sa relation conjugale.
L’exigence de servir
De retour à Maurice, elle poursuit son apprentissage dans plusieurs institutions. Son pupillage la conduit au cabinet de Me Angélique Desvaux de Marigny, Senior Counsel, au bureau de l’Attorney General, sous la supervision de Me Rajkumar Baungally, Assistant Solicitor General, et de Me Arveena Ghose, Senior State Attorney, puis au bureau du Directeur des poursuites publiques (DPP), auprès de Me Ida Dookhy-Rambarun, Senior Assistant DPP.
Elle découvre différentes facettes du métier et doit s’adapter à un environnement exigeant. « Là-bas aussi, il y avait beaucoup, beaucoup de travail. C’était un peu challenging pour moi parce que c’était nouveau, mais j’ai énormément appris », explique-t-elle.
Pour elle, la prestation de serment ne marque pas la fin de l’apprentissage. « Ce n’est pas un travail de 8 heures à 16 heures. Une fois rentrée, je continue à faire mes recherches. Il faut continuer à travailler, se mettre à jour tout le temps », souligne-t-elle.
Cette exigence s’accompagne, à ses yeux, d’une responsabilité qui dépasse les dossiers et les honoraires. Interrogée sur la place croissante de la dimension commerciale dans la profession, elle défend une autre priorité : « It’s not always about the money. You have to give back to our society ».
Elle explique que l’importance de contribuer à la société lui a été inculquée au cours de son éducation. Elle insiste également sur le respect des règles de la profession et de son code de déontologie, estimant que les efforts finissent par porter leurs fruits : « Il y aura toujours de la place pour les bons avocats. »
L’éthique au coeur du métier
Sa conception de la responsabilité professionnelle s’étend à l’intelligence artificielle. Durant son pupillage, elle s’en est servie pour mieux comprendre certaines questions de droit. Elle y voit une aide à la recherche, mais pas un outil auquel se fier sans vérification, compte tenu des risques d’erreurs. Rejoignant les propos de la cheffe juge Rehana Bibi Mungly-Gulbul, elle rappelle la nécessité de faire preuve de transparence, de protéger la confidentialité des clients et de respecter les règles déontologiques. « La responsabilité finale incombe toujours à l’avocat », affirme-t-elle.
En dehors du travail, elle cherche aussi à préserver du temps pour ses loisirs. Autrefois adepte de natation, elle reconnaît que ses engagements professionnels lui laissent désormais peu de disponibilité. Avec Akshaye, elle a décidé de reprendre une activité sportive, en commençant par le badminton.
À 30 ans, Me Monisha Nundloll Bungloll exerce enfin le métier qui l’intéresse depuis l’enfance. Elle sait que la prestation de serment ouvre une nouvelle étape plutôt qu’elle ne clôt un parcours : dans cette profession, l’apprentissage et les responsabilités se poursuivent bien au-delà de l’obtention du titre.
