Pour les établissements de divertissement nocturne à Maurice, le week-end est la période durant laquelle se réalise l’essentiel du chiffre d’affaires hebdomadaire. Le couvre-feu est un coup dur pour eux.
À la discothèque Shotz, à Flic-en-Flac, la gérante Sharone Autard dresse un constat sévère des répercussions immédiates de ces fermetures forcées. Les projets événementiels préparés depuis plusieurs semaines sont subitement suspendus.
« La situation est particulièrement difficile. Une soirée pour les étudiants programmée depuis deux mois a dû être annulée. Pour Halloween, qui arrive à grands pas et constitue habituellement une date majeure, l’incertitude est totale. Nous devions également accueillir un DJ international le 8 novembre, mais celui-ci ne se sent pas à l’aise pour voyager vers l’île Maurice dans ce contexte », explique-t-elle.
Au-delà de la logistique de programmation, la responsable met en avant la vulnérabilité des prestataires indépendants qui gravitent autour des pistes de danse. « Cette situation touche de plein fouet de nombreux travailleurs indépendants qui opèrent dans nos établissements. L’impact économique est direct pour tous ceux qui comptent sur ces cachets pour vivre et subvenir aux besoins de leur famille. Après l’épreuve de la pandémie de covid-19, le secteur est à nouveau fragilisé. »
Impact économique
Sharone Autard déplore l’absence de filet de sécurité. « Lorsqu’une mesure d’exception de ce type est instaurée, aucun dispositif d’accompagnement n’est déployé pour soutenir les discothèques, les bars ou les restaurants ».
Même sentiment d’impuissance à Grand-Baie. Le responsable du club Insomnia s’interroge sur la pertinence de prolonger le dispositif alors que le calme est revenu dans les rues. « Les troubles ont cessé. Nous peinons à comprendre l’utilité de maintenir ce couvre-feu. Le week-end concentre l’essentiel de notre activité commerciale ; le manque à gagner est donc inévitable, pour nous comme pour l’ensemble des opérateurs de la nuit. »
Vulnérabilité
« Nous allons nous conformer aux directives. Si les autorités jugent que cette mesure est indispensable à la sécurité publique, nous l’appliquerons. »
Même si le périmètre direct de Grand-Baie échappe aux restrictions géographiques les plus strictes, ouvrir demeure impossible sur le plan pratique. Les équipes d’accueil, de bar et de sécurité résident aux quatre coins de l’île et seront bloquées par les horaires d’interdiction de circuler.
« Nous ne sommes pas dans la zone sous couvre-feu direct, mais nos employés habitent dans différentes régions du pays. Nous sommes par conséquent obligés de fermer. C’est également une question de sécurité : nous refusons de faire courir le moindre risque à nos équipes sur le trajet du retour. »
Suivre les consignes
Sur la côte ouest, à Tamarin, la direction du pub et restaurant Big Willy’s s’aligne sur les consignes officielles. Frédéric, gérant de l’établissement, privilégie le respect scrupuleux des directives gouvernementales, malgré un bilan comptable lourdement affecté.
« C’est ainsi, nous nous conformons à la loi. Le couvre-feu a été mis en place pour rétablir l’ordre sur les voies publiques. Nous n’avons pas d’autre choix que de fermer nos portes. Il est évident que le manque à gagner est réel, mais la priorité demeure l’application des consignes. »
Le gérant du Queens Club, à Quatre-Bornes, Sailesh Setahul, également vice-président de l’Association of Night and Private Club Owners, insiste sur le cadre légal. « Manque à gagner ou pas, nous sommes obligés de nous conformer à la loi. Ces mesures ont été prises pour la sécurité du pays. Nous n’avons donc pas le choix. Nous devons accepter les conditions et ne prendre aucun risque. Il vaut mieux garder les portes closes plutôt que d’ouvrir et de s’exposer à des problèmes. »
