Le Syndicat unique des travailleurs de l’électricité (SUTELEC) s’oppose à la relance du contrat entre Senelec et Akilee. Son secrétaire général, Mouhamed Habib Aidara, dénonce les conditions d’attribution du marché, l’absence d’appel d’offres et le manque de transparence autour du nouvel accord. Il interpelle les autorités sur les risques que ce dossier pourrait faire peser sur les intérêts de l’entreprise publique et des consommateurs.
Le dossier Senelec-Akilee refait surface et suscite de nouvelles inquiétudes chez les travailleurs de la société nationale d’électricité. Le secrétaire général du SUTELEC a exprimé son opposition à la volonté de relancer ce contrat, déjà contesté sous l’ancien régime.
Selon Mouhamed Habib Aidara, le contrat initial avait été conclu sous la présidence de Macky Sall, lorsque Mouhamadou Makhtar Cissé dirigeait Senelec. Les partenaires sociaux avaient alors dénoncé un accord qu’ils jugeaient contraire aux intérêts de l’entreprise publique.
« Quand nous avons découvert que le contrat ne s’inscrivait pas dans une perspective de développement de Senelec, nous, en tant que syndicalistes, on l’avait dénoncé », a-t-il expliqué.
Le responsable syndical affirme que des ateliers internes avaient été organisés et que le syndicat des cadres avait saisi des organes de contrôle de l’État, notamment l’Autorité de régulation des marchés publics (ARMP) et l’Office national de lutte contre la fraude et la corruption (OFNAC).
Une attribution sans appel d’offres contestée
Interrogé sur les conditions d’attribution du marché, Mouhamed Habib Aidaraa a affirmé qu’aucun appel d’offres n’avait été organisé. D’après lui, Akilee aurait été développée à la suite d’une mission de diagnostic de Senelec confiée à un cabinet, auquel participait le promoteur de la société.
Le syndicaliste précise qu’Akilee n’est pas une filiale de Senelec, mais une start-up dans laquelle l’entreprise publique détient 34 % du capital.
M. Aidara soutient également que l’ARMP avait relevé des problèmes de conformité dans ce contrat et estimé qu’il ne préservait pas suffisamment les intérêts de l’État et les deniers publics.
Concernant l’OFNAC, il affirme que l’organisme a mené une enquête approfondie et transmis ses conclusions au président de la République. Il évoque plusieurs qualifications susceptibles d’être examinées, notamment le détournement de deniers publics, l’escroquerie portant sur des fonds publics, la fraude fiscale et le non-respect du Code des marchés publics.
Le syndicat questionne la relance du dossier
L’autre point de contestation concerne la volonté des nouvelles autorités de remettre le contrat sur la table. Mouhamed Habib Aidara dit ne pas comprendre les raisons de cette relance, alors que, selon lui, le contrat initial avait été rompu et qu’un contentieux opposant les parties reste pendant devant la justice.
Le syndicat estime par ailleurs que plusieurs solutions autrefois présentées par Akilee sont désormais accessibles à Senelec sans qu’il soit nécessaire de reconduire un accord similaire.
Le syndicaliste cite notamment la disponibilité de compétences internes, l’existence d’une unité de fabrication de compteurs implantée au Sénégal, dans laquelle Senelec détient également 34 % du capital, ainsi que le réseau de télécommunications de l’entreprise, fondé sur la fibre optique.
Il évoque également la possibilité, selon des experts de Senelec consultés lors d’un atelier organisé en septembre, de développer en interne les outils informatiques nécessaires à la communication avec les compteurs.
« Pourquoi aller contracter avec quelqu’un sur quelque chose qui ne le mérite pas ? », s’interroge-t-il.
Le précédent mauritanien avancé par le SUTELEC
Pour appuyer ses réserves, Mouhamed Habib Aidara mentionne également un contrat similaire qui aurait été exécuté en Mauritanie. Selon les informations dont il dit disposer, le prestataire devait y installer 350 000 compteurs sur cinq ans, mais n’en aurait posé que 8 000 au terme de quatre années.
Le syndicaliste précise toutefois que cette information doit être vérifiée. Les données relatives à ce contrat n’ont pas été confirmées au cours de l’entretien.
Que signifie un compteur intelligent ?
Contrairement à un compteur classique, le compteur intelligent permet d’interroger à distance les données de consommation électrique. L’usager ou l’exploitant peut notamment consulter les volumes d’électricité consommés sur différentes périodes, comme la veille, le mois précédent ou depuis le début de l’année.
Mouhamed Habib Aidara a toutefois précisé que, dans la configuration évoquée, cette technologie ne permet pas nécessairement de recharger à distance le compteur. Elle sert principalement à communiquer avec celui-ci et à recueillir des informations utiles au suivi de la consommation.
Un appel direct au président de la République
Face à la perspective d’un nouvel accord, le SUTELEC demande davantage de transparence. Son secrétaire général affirme que les travailleurs n’ont pas encore pu consulter le nouveau contrat, ce qui nourrit, selon lui, leurs inquiétudes.
« Avant de poser votre signature, votre engagement, il faut regarder ce qu’il y a derrière le contrat », avertit-il.
Le syndicaliste interpelle ainsi le président de la République, le Premier ministre et le ministre de tutelle. Il les invite à privilégier les intérêts de Senelec, des travailleurs et des consommateurs plutôt que ceux d’un opérateur privé.
« Nous devons mettre l’intérêt du Sénégal devant, l’intérêt des consommateurs devant, l’intérêt des travailleurs devant », insiste-t-il.
