SENEGAL-CULTURE
Dakar, 22 oct (APS) – L’organisation humanitaire Médecins Sans Frontières (MSF) a inauguré, jeudi soir, à la galerie “Les Arts du Soleil”, à Yoff, une exposition photographique et multimédia consacrée aux parcours de personnes migrantes et réfugiées confrontées à la violence, à l’exil et à la quête de sécurité.
Intitulée ”Humans in Transit : Histoires de réfugiés en Libye et sur la Méditerranée (2015-2025)”, cette exposition présente 310 portraits illustrés et six films de témoignages recueillis au cours de la dernière décennie par les équipes de MSF, principalement en Libye et à bord de navires de recherche et de sauvetage en Méditerranée.
À travers ces récits, l’organisation humanitaire entend donner un visage et une voix à des personnes dont les expériences sont souvent réduites à des statistiques dans les débats sur les migrations.
”Le but de cette exposition, c’est vraiment de montrer au monde, à travers des images et les mots vrais, des gens qu’on a secourus en mer, mais aussi qu’on a soignés en Libye, ce qui se passe en Libye et en Méditerranée”, a expliqué Leah Kenny, coordinatrice de plaidoyer de MSF pour les projets de recherche et de sauvetage.
Elle a souligné que le projet privilégie les histoires individuelles plutôt que les chiffres, afin de mieux faire comprendre les réalités vécues par les personnes en déplacement et de favoriser le dialogue avec un public pas nécessairement familier des questions migratoires.
Les portraits, réalisés par les artistes Ngadi Smart, Tawad Safi, Barly Tshibanda et Souad Kokash, ont été conçus à partir des témoignages recueillis par les équipes de MSF. Les artistes ont dessiné les visages sans avoir accès aux photographies des personnes concernées, laissant leur imagination donner forme aux récits entendus.
Cette démarche vise également à placer les personnes réfugiées au cœur de la narration, en associant au projet des artistes, cinéastes et acteurs ayant eux-mêmes connu des parcours migratoires ou des situations de refuge.
”Pour nous, c’est la sensibilisation, donner la dignité aux gens, mais aussi avoir un moyen de parler de ces sujets qui sont vraiment durs, difficiles”, a indiqué Leah Kenny, estimant que cette approche permet de toucher des personnes au-delà des cercles habituellement sensibilisés aux questions migratoires.
Parmi les témoignages présentés figurent ceux d’une jeune femme nigériane victime de violences sexuelles en Libye, d’un adolescent malien ayant tenté à plusieurs reprises de traverser la méditerranée et d’un Sénégalais enlevé à plusieurs reprises sur son parcours migratoire.
Ces récits donnent à voir les violences physiques, les détentions arbitraires, les enlèvements et les extorsions auxquels sont exposées de nombreuses personnes dans leur recherche d’un refuge. Pour protéger leur identité, leurs noms et certains détails personnels ont été omis.
La coordinatrice de plaidoyer de MSF a également évoqué deux opérations de sauvetage auxquelles elle a participé en Méditerranée en août et septembre derniers. Elle a notamment rapporté le témoignage d’un jeune homme originaire du Yémen, qui lui a confié préférer mourir en mer plutôt que d’être renvoyé en Libye, où il redoutait de subir de nouvelles violences.
Selon elle, les récits recueillis témoignent de la persistance de conditions difficiles, plusieurs personnes ayant tenté à de nombreuses reprises la traversée avant d’être interceptées et renvoyées en Libye.
Au-delà de ce travail de témoignage, MSF intervient également auprès des personnes migrantes sur la route atlantique, notamment au Sénégal et en Mauritanie.
Le chef de mission de l’organisation pour la cellule opérationnelle des migrations sur cette route, Dalil Adji, a expliqué que les opérations couvrent plusieurs volets, dont l’assistance médicale et psychologique aux personnes débarquées à Dakar, Saint-Louis et Nouadhibou, en Mauritanie.
Les équipes apportent notamment des soins, des collations et des kits de première nécessité, avec une attention particulière aux femmes et aux mineurs.
MSF dispose également d’un centre de santé à Colobane, à Dakar, où les migrants peuvent bénéficier gratuitement de consultations du lundi au vendredi, selon lui.
En Mauritanie, l’organisation assure aussi une présence à Nouadhibou et propose, pour certaines personnes ayant des difficultés de mobilité, des téléconsultations destinées à faciliter l’accès aux soins, a-t-il ajouté.
Dalil Adji a indiqué qu’au cours du mois d’août dernier, considéré comme particulièrement intense, MSF avait apporté une assistance à ”plus de 1 046 migrants au Sénégal et en Mauritanie, parmi lesquels 133 femmes et 88 mineurs”.
Il a relevé ”la présence croissante” de femmes et d’enfants à bord des embarcations empruntant la route atlantique, soulignant la nécessité d”’adapter les interventions” à leurs besoins spécifiques.
Le responsable est également revenus sur les risques mortels de ces traversées, citant notamment le cas d’une pirogue partie de Guinée avec ”environ 150 personnes et arrivée à Nouadhibou avec seulement 38 survivants ou passagers recensés”.
Évoquant les données disponibles sur les disparitions en mer, il a fait état de centaines de personnes mortes ou portées disparues sur cette route, tout en précisant que les chiffres cités proviennent d’autres organisations spécialisées dans le suivi de ces drames.
Le public peut accéder gratuitement à cette exposition qui se poursuit jusqu’au 25 octobre.
MK/BK
