Les trois invités sur le plateau : l’anthropologue Jonathan Ravat, la psychologue clinicienne Émilie Duval, également Chief Operations Officer de Konekte, et l’activiste social Salim Muthy.
Les violences qui ont secoué Maurice la semaine dernière ont été au centre de l’émission « Au Cœur de l’Info », animée par Patrick Hilbert sur Radio Plus, lundi 19 octobre. L’anthropologue Dr Jonathan Ravat, la psychologue clinicienne et Chief Operations Officer de Konekte, Émilie Duval, et l’activiste social Salim Muthy ont analysé les facteurs sociaux et économiques à l’origine de ces débordements, notamment la pauvreté, l’exclusion et le manque d’accompagnement des jeunes. Ils ont appelé à s’attaquer à ces causes structurelles pour prévenir de nouvelles violences.
Pour le Dr Jonathan Ravat (voir interview en pages 12-13), il serait dangereux de considérer les violences comme de simples actes isolés. Si certains individus ont pu profiter des troubles pour commettre des actes répréhensibles, il estime nécessaire de comprendre les réalités sociales qui alimentent les frustrations. L’anthropologue a notamment évoqué la pauvreté, les inégalités, l’exclusion et la promiscuité dans certains quartiers défavorisés. « Il faut faire bien attention à ne pas se contenter d’un retour au calme », a-t-il prévenu. Selon lui, une réponse uniquement répressive ne suffira pas. Il a plaidé pour une véritable politique de développement communautaire, permettant aux habitants de retrouver leur dignité et de meilleures perspectives d’avenir.
Émilie Duval a, pour sa part, insisté sur le caractère systémique de cette crise. Elle a rappelé que les difficultés rencontrées par de nombreuses familles, notamment dans l’éducation, ne datent pas d’hier. La psychologue a déploré le manque d’accompagnement des personnes vulnérables, malgré les nombreux rapports soumis et les recommandations formulées au fil des années. Elle a également souligné que les investissements dans les infrastructures ne peuvent remplacer une prise en charge humaine et sociale. Pour elle, construire des logements ne suffit pas si les familles continuent de vivre dans la précarité économique et psychologique.
L’activiste social Salim Muthy a, lui aussi, dénoncé l’accumulation de problèmes non résolus. Il a notamment évoqué les difficultés liées au logement, à la pauvreté et à l’exclusion. Selon lui, les nombreux rapports consacrés à ces questions auraient dû déboucher sur des mesures concrètes depuis longtemps.
Le débat a également porté sur la proposition gouvernementale d’abaisser l’âge de la responsabilité pénale de 14 à 12 ans, après l’arrestation de plusieurs mineurs lors des troubles. Émilie Duval s’est opposée à cette orientation, estimant qu’elle ne résoudrait pas les problèmes de fond. Elle a rappelé que les enfants évoluent dans des environnements familiaux et sociaux différents et que certains grandissent dans la violence.
• Retrouvez l’intégralité de l’émission avec notamment l’intervention de Kunal Naik, CEO de la National Agency for Drug Control, sur les plateformes digitales du Défi Media Group.
Ehsan Juman : « Il faut agir maintenant, sinon il sera trop tard »
Le député du Parti travailliste, Ehsan Juman, a rencontré le Premier ministre Navin Ramgoolam, lundi après-midi, pour lui faire part de ses préoccupations concernant la situation dans le pays. Intervenant par téléphone dans l’émission, peu après cette rencontre, il a insisté sur la nécessité d’apporter des réponses concrètes aux difficultés de la population.
Le député a notamment évoqué la perte de pouvoir d’achat, le chômage des jeunes, la drogue, le logement, les difficultés administratives ainsi que les conditions de travail des policiers et d’autres employés de première ligne. Selon lui, les frustrations exprimées dans plusieurs régions ne peuvent être ignorées. Il a souligné l’importance d’écouter les jeunes, les sportifs, les PME et les habitants des quartiers défavorisés afin de mieux comprendre leurs préoccupations.
Ehsan Juman a indiqué que le Premier ministre avait pris bonne note des différents points soulevés lors de leur entretien. Il a insisté sur l’urgence de revoir certaines stratégies gouvernementales et d’améliorer concrètement les conditions de vie des Mauriciens. « It’s now, otherwise it will be too late », a-t-il averti, appelant à une action rapide avant que les frustrations ne s’aggravent davantage.
