La hausse du nombre d’échantillons présentant des dépassements des limites maximales de résidus de pesticides relance le débat sur les pratiques agricoles. Le consultant en agriculture Amarjeet Beegoo et le secrétaire de la Small Planters Association, Kreepalloo Sunghoon, plaident pour davantage de contrôles, de formation et d’alternatives.
Les rapports du Pesticides Regulatory Office de mai et juin 2026 relancent les interrogations sur l’utilisation des pesticides dans les cultures locales. Le nombre d’échantillons présentant des dépassements des limites maximales de résidus est passé d’un en mai à six en juin. Parallèlement, 14 échantillons en mai et 20 en juin comportaient des résidus classés « NR » dans les rapports. Si ces résultats appellent à la vigilance, ils soulèvent aussi une question plus large : comment prévenir ces dépassements sans faire porter toute la responsabilité aux planteurs, alors que la circulation des produits, la formation et l’accès aux alternatives entrent également en jeu ?
Pour Amarjeet Beegoo et Kreepalloo Sunghoon, ces résultats doivent conduire à examiner l’ensemble de la chaîne, de la commercialisation des produits à l’accompagnement des planteurs, plutôt que de cibler uniquement les pratiques agricoles.
Les dépassements de résidus relevés dans les analyses de mai et juin 2026 ne peuvent, selon Amarjeet Beegoo, être examinés uniquement sous l’angle des pratiques agricoles. Le consultant en agriculture estime que la question doit aussi être abordée sous l’angle de la disponibilité des produits phytosanitaires, des contrôles exercés sur leur commercialisation et de l’accompagnement des planteurs. Il affirme notamment que certains pesticides interdits continueraient à circuler malgré la réglementation.
Amarjeet Beegoo identifie trois maillons à renforcer : l’importation, la distribution et la surveillance des points de vente. Il estime que certaines matières actives interdites pourraient entrer sur le territoire sous d’autres noms commerciaux ou être dissimulées dans des mélanges. Il recommande également une meilleure traçabilité des produits entre grossistes et détaillants grâce à un registre de vente numérisé mentionnant notamment les numéros de lot.
La vente informelle constitue, à ses yeux, une autre faiblesse du système. Il évoque les quincailleries, les marchés et les plateformes numériques, notamment Facebook et WhatsApp, où des produits seraient proposés sans contrôle suffisant. À titre d’exemple, il cite le Chlorban, qu’il présente comme un produit à base de chlorpyrifos interdit à Maurice depuis plus de vingt ans. Il affirme qu’une publicité pour sa vente circulait encore récemment sur Facebook.
Pour Amarjeet Beegoo, le renforcement des contrôles doit aller de pair avec une meilleure formation des planteurs. Le port des équipements de protection, le respect des dosages et des délais avant récolte devraient, selon lui, faire partie intégrante de cet accompagnement. Il propose également de rendre obligatoire un carnet de champ mentionnant le produit utilisé, la dose appliquée et la date du traitement, ainsi qu’une campagne nationale de collecte des pesticides interdits ou obsolètes. Celle-ci permettrait aux planteurs de se débarrasser de leurs anciens stocks sans craindre automatiquement des sanctions.
Enfin, Amarjeet Beegoo estime qu’une interdiction ne peut être pleinement efficace sans alternatives accessibles et économiquement viables.
MEILLEUR CONTRÔLE
Le secrétaire de la Small Planters Association partage la nécessité d’un meilleur contrôle, tout en rappelant que les pesticides restent utilisés pour protéger les cultures. Selon Kreepalloo Sunghoon, le danger apparaît notamment lorsque les produits sont employés en excès ou sans respect des dosages. Il estime toutefois que les pratiques agricoles ne peuvent être examinées indépendamment de la disponibilité des produits et de l’encadrement proposé aux utilisateurs. « L’usage de pesticides sans le respect du dosage et en excès est dangereux, mais il ne faut pas tout mettre sur le dos des planteurs. Il faut prendre le problème à la racine », soutient l’intervenant. Il s’interroge notamment sur la possibilité de trouver sur le marché des produits qui ne seraient plus recommandés ou autorisés, citant le Lannate comme exemple. Le statut réglementaire précis de ce produit à Maurice doit également être vérifié.
Pour Kreepalloo Sunghoon, la formation des nouvelles générations de planteurs est essentielle.
Fabrice David : « Un guide sera lancé pour encadrer l’utilisation des pesticides »
Le ministère de l’Agro-industrie prépare plusieurs mesures axées sur l’information et la responsabilisation des planteurs. Parmi elles figure la publication prochaine d’un guide agricole d’une soixantaine de pages, destiné à mieux encadrer l’utilisation des pesticides à Maurice.
Le Junior Minister de l’Agro-industrie, Fabrice David, s’est exprimé sur le sujet lors du lancement de la nouvelle semence d’oignon locale Red Ruby, plus résistante aux maladies, à Réduit, le jeudi 22 octobre. « La lutte contre les pesticides et leurs effets sur la santé est multisectorielle. Nous sommes conscients de la situation et, très bientôt, le ministère proposera plusieurs étapes, allant de l’information à la formation, mais aussi à une meilleure compréhension de l’usage des pesticides », a-t-il expliqué.
L’accent sera notamment mis sur le choix des produits, les quantités à utiliser et le délai à respecter entre le traitement et la récolte. Ce dernier élément est essentiel pour limiter le risque de retrouver des résidus au-delà des seuils autorisés dans les produits agricoles. Le ministère entend ainsi donner aux planteurs des repères plus précis pour adapter les traitements aux cultures et respecter les conditions d’utilisation.
Le guide agricole constituera l’un des principaux outils de cette démarche. Selon Fabrice David, ce document répertoriera les fruits et légumes cultivés à Maurice, ainsi que les pesticides autorisés pour leur traitement. Il précisera également les dosages à respecter et les seuils maximaux d’utilisation. L’objectif est de mettre à la disposition des planteurs une référence pratique afin de réduire les erreurs de dosage et d’améliorer les pratiques agricoles.
Le Junior Minister reconnaît la nécessité de revoir le cadre légal entourant l’utilisation des pesticides. Il fait état d’un vide juridique lié au Pesticides Act depuis 2022. « Pour changer la loi, il faudra venir avec de nouvelles législations et nous travaillons dessus, mais il y a aussi la mise sur pied d’un guide agricole pour accompagner les planteurs », précise-t-il.
Le ministre insiste sur une approche qui privilégie l’éducation et la responsabilisation plutôt que la sanction.
Sharone Coodien
Amarjeet Beegoo dénonce les failles dans le contrôle des pesticides interdits. Pour Kreepalloo Sunghoon, la formation et l’accès à des alternatives moins nocives sont essentiels pour limiter les risques liés aux pesticides.
