Jacqueline Sauzier, Salil Roy et Kreepalloo Sunghoon.
- Les planteurs face aux pertes de revenus
- Des répercussions possibles en 2027
Quelque 17 450 tonnes de canne ont brûlé depuis le 12 octobre, selon Arvin Boolell, ministre de l’Agro-industrie. Le bilan communiqué par la Chambre d’agriculture de l’île Maurice est, lui, de 15 000 tonnes. La Chambre met en lumière les conséquences des incendies qui ont touché ses planteurs membres et la balance des petits planteurs entre le 12 et le 15 octobre. Alors que la campagne sucrière 2026 devait enregistrer une légère progression de la production, ces événements viennent perturber la programmation des récoltes, fragiliser les revenus des planteurs et soulever des inquiétudes pour la prochaine campagne.
Dans un communiqué daté du 15 octobre, le Bureau du Premier ministre indique que des incendies ont été signalés à Cascavelle, Gros-Cailloux, Solferino, Montebello et Chemin-Grenier, précisant qu’ils ont été rapidement maîtrisés. Sur le terrain, les opérateurs poursuivaient toutefois leurs évaluations afin de déterminer l’étendue des dégâts.
Le 14 octobre, la Chambre d’agriculture estimait qu’environ 11 000 tonnes de canne avaient brûlé depuis le lundi 12 octobre, sur un volume total attendu de 2,38 millions de tonnes pour la campagne 2026. Selon Jacqueline Sauzier, secrétaire générale de l’organisation, plusieurs champs ont été touchés entre le 14 et le 15 octobre, portant le bilan à près de 15 000 tonnes de canne brûlées depuis le début des incidents.
La situation pose un problème immédiat. Une partie de la canne touchée n’avait pas encore atteint sa maturité. Un acheminement rapide vers les usines est donc nécessaire, mais la transformation ne permettra pas nécessairement d’obtenir un taux d’extraction satisfaisant. « Le plus vite la canne est envoyée à l’usine, le mieux ce sera », explique Jacqueline Sauzier. Elle souligne toutefois que l’augmentation des volumes de canne brûlée complique le travail des usines. L’objectif reste de préserver les conditions d’extraction dans un contexte où l’afflux soudain de matière brûlée perturbe l’organisation habituelle de la coupe.
La Chambre d’agriculture prévoyait une production d’environ 225 000 tonnes de sucre pour la campagne 2026, soit une hausse de 2,1 % par rapport aux 220 305 tonnes enregistrées en 2025. Les incendies pourraient néanmoins compromettre une partie de cette progression. Les données de Statistics Mauritius indiquent qu’à la fin de juin 2026, 548 hectares avaient été récoltés, pour une production de 43 228 tonnes de canne et 3 637 tonnes de sucre. Le taux d’extraction moyen s’établissait alors à 8,41 %, contre 7,61 % à la même période en 2025.
Jacqueline Sauzier appelle cependant à replacer les pertes dans leur contexte. Elle estime à environ 1,2 million de tonnes le volume de canne restant à récolter et rappelle que les incendies font partie des difficultés rencontrées au cours d’une campagne sucrière. Selon elle, quelque 40 000 tonnes de canne brûlent habituellement au cours d’une saison de coupe. « C’est la quantité qui a été brûlée d’un seul coup qui pose problème », explique-t-elle. Pour autant, elle ne considère pas que 2026 soit, à ce stade, une année difficile pour l’industrie.
Pour Salil Roy, président de la Planters Reform Association, ces incendies surviennent alors que les planteurs doivent déjà composer avec des difficultés de main-d’œuvre. Les événements récents bouleversent la programmation de la coupe et risquent d’entraîner une diminution du poids de la canne laissée à sécher dans les champs. Cette perte de poids peut se répercuter sur les revenus des producteurs. Elle s’accompagne également d’un risque de baisse de la production de sucre et de bagasse, un sous-produit utilisé notamment dans la production d’énergie. « Moins de sucre signifie moins de revenus pour le pays », souligne Salil Roy.
Kreepalloo Sunghoon, secrétaire de la Small Planters Association, attire pour sa part l’attention sur les effets possibles des incendies sur les sols. Selon lui, lorsqu’un champ prend feu, la fertilité de la terre peut être affectée. Sans traitement adapté, la production suivante pourrait diminuer d’environ 25 %.
2027 sous pression
Les dommages ne concernent pas uniquement la canne destinée à être récoltée cette année. Certains incendies ont touché des champs déjà coupés, dans lesquels les nouvelles pousses se développaient en vue de la récolte 2027. Pour Jacqueline Sauzier, cette dimension constitue un enjeu à prendre en compte dans l’évaluation des pertes.
Cette menace s’inscrit dans une situation déjà marquée par le recul des superficies récoltées et la baisse des rendements. Dans son rapport annuel 2025-2026, le président du Mauritius Sugar Syndicate, Nicolas Maigrot, rappelait que la pérennité du secteur dépend du maintien d’un niveau minimal de production. Celui-ci permet de préserver les économies d’échelle, le pouvoir de marché et une certaine souplesse dans la commercialisation du sucre, alors que les conditions du marché deviennent plus volatiles.
En 2025, la superficie récoltée était tombée à 33 805 hectares, pour une production de 220 305 tonnes de sucre, tandis que plus de 10 000 hectares étaient estimés abandonnés. Entre 2013 et 2025, les rendements sont également passés de 79,78 à 68,68 tonnes de canne par hectare et de 7,89 à 6,54 tonnes de sucre par hectare. Nicolas Maigrot attribue cette évolution au changement climatique, mais aussi à l’affaiblissement progressif des pratiques agricoles. La pénurie de main-d’œuvre, les restrictions d’irrigation, la conversion des terres agricoles à d’autres usages et la hausse des coûts d’exploitation complètent ce tableau.
Il faut limiter les pertes, avance Arvin Boolell
Le ministre de l’Agro-industrie, Arvin Boolell, a rencontré les représentants des planteurs de canne à sucre et du secteur sucrier privé, au siège de son ministère le 15 octobre. Selon le ministre, les circonstances laissent présumer que la majorité de ces sinistres seraient d’origine criminelle. Au 15 octobre, pas moins de 17 450 tonnes de canne à sucre avaient déjà été détruites par les flammes, un bilan jugé préoccupant.
Arvin Boolell a insisté sur l’urgence de récolter la canne affectée afin de limiter les pertes. Il a également souligné les risques liés à la proximité de certains champs avec les villages. Rappelant l’importance stratégique de l’industrie sucrière pour l’économie nationale, il a évoqué les emplois concernés ainsi que les débouchés à l’exportation. Le sucre mauricien, a-t-il rappelé, demeure un produit très recherché sur les marchés internationaux.
En chiffres
Aperçu de la récolte 2025
- Chiffre d'affaires total des ventes de sucre : Rs 10 351 millions
- Production totale de sucre : 220 305 tonnes
- Production de sucres spéciaux : 132 598 tonnes
- Production de sucre blanc : 85 040 tonnes
- Sucre certifié Fairtrade produit par 21 petites organisations certifiées de producteurs de sucre : 15 112 tonnes
- Sucre certifié Bonsucro : 80 685 tonnes
- Superficie récoltée : 33 805 ha
- Producteurs individuels et coopératives : 6 892
- Prix départ syndicat (par tonne de sucre) : Rs 24 095
