Des ruelles de Bujumbura à la lumière de la Premier League
Son texte commence comme une prière adressée au cuir lui-même : « Umupira w’amaguru wampaye vyose. Le football m’a tout donné. »
Tout, en effet. Depuis la poussière des rues de Bujumbura, où le ballon n’était qu’un chiffon roulé par l’espoir, jusqu’au théâtre vert de West Bromwich Albion, où son nom fit trembler les filets d’Angleterre. Il se souvient. Il était un petit réfugié, un enfant que l’Angleterre a recueilli et que le football a élevé.
Il remercie West Brom. Avec des mots d’une tendresse filiale. Les années, les buts, les soirs d’ivresse, les chants des Baggies. Pour lui, cela ne sera jamais une statistique. Ce sera une relique.
Il évoque, sans se dérober, l’ombre et la lumière. Les sommets vertigineux et les chutes brutales. Les erreurs, les leçons, cette vérité cruelle que seul le très haut niveau enseigne : ce jeu peut vous porter aux nues le matin et vous éprouver jusqu’à l’os le soir même. Il l’a vécu. Il l’a payé.
« Mu bihe vyose, umupira w’amaguru wagumye ari inkingi yanje idahinduka. » De tout temps, le football est resté son pilier immuable.
Le cercle qui se referme
Et puis vient l’heure de la sentence douce : « Igihe kirageze co kumanika ibirato. » L’heure est venue de raccrocher les crampons. Le corps le dit, le cœur l’accepte. Non par lassitude, mais par accomplissement.
La suite est la plus belle. Car Saido ne part pas. Il revient.
Il annonce, le cœur gonflé d’une fierté retrouvée, qu’il va désormais servir la tunique qui l’a vu naître : les Intamba Mu Rugamba . Non comme figure tutélaire lointaine, mais comme artisan, là, sur le pré, parmi les entraîneurs.
Quelle justesse dans ce destin. Qui mieux que celui qui a connu la férocité de la Premier League pour apprendre à nos jeunes Hirondelles comment mordre, comment finir, comment tuer un match ? Rendre à son pays ce que le football lui a donné. Le cercle est complet. La boucle est bouclée.
Il termine par les siens. Sa famille, pilier de l’ombre. Ses supporters, fidèles dans la tempête comme dans la gloire. Il leur jure qu’il n’oubliera jamais.
Et il conclut, d’une phrase qui est déjà de l’histoire : Ce n’est pas un adieu au football. C’est la fin d’un chapitre, et l’aurore d’un autre.
Bujumbura t’a vu partir enfant. Elle te voit revenir en maître.
Murakoze, Saido.
Patrick Sota
