Saveria Roméo, connue sous le surnom de Maya, a fait de sa passion pour la pâtisserie son métier.
D’un gâteau de mariage à une entreprise, Saveria Roméo a transformé une passion d’enfance en métier. À Maurice, elle développe son univers pâtissier avec son époux Thierry.
Elle a quitté Maurice enfant et y est revenue après près de 30 ans en France, avec son époux Thierry. Saveria Roméo, que tout le monde connaît sous le surnom de Maya, a fait de sa passion pour la pâtisserie son métier. Elle dirige aujourd’hui L’Atelier de Maya.
Avant les gâteaux et les commandes, il y a une petite fille qui court dans les champs de canne, grimpe aux arbres et croque dans les mangues. C’est sur la propriété de Médine que Saveria Roméo a grandi, entourée de ses amis, loin des préoccupations des adultes. « Mon enfance était douce et sans peine », se souvient-elle avec tendresse.
Vers huit ou neuf ans, une décision de ses parents l’éloigne de l’île. La France devient son nouveau cadre de vie. Elle y grandit, s’adapte à d’autres habitudes, construit peu à peu sa vie d’adulte. Les souvenirs de son enfance mauricienne, eux, ne la quittent pas.
Son intégration se déroule sans difficulté majeure. Les Français qu’elle rencontre se montrent curieux de son île natale, parfois encore peu connue de certains à l’époque. Il lui faut régulièrement expliquer où se trouve Maurice, souvent en la situant par rapport à La Réunion.
Sur le plan professionnel, elle travaille plusieurs années dans les centres d’appel. Elle y gagne le sens du contact, l’écoute et la patience, des compétences qui lui seront utiles lorsqu’elle se lancera à son compte. « La France m’a énormément construite, aussi bien humainement que professionnellement. Elle m’a appris à être autonome, à m’adapter et à m’ouvrir à d’autres façons de voir la vie », explique-t-elle.
Pendant ce temps, la pâtisserie reste présente dans son quotidien. Depuis l’enfance, Saveria aime préparer des gâteaux et essayer des recettes. Longtemps, ce n’est qu’un plaisir personnel, pratiqué en parallèle de son travail.
Puis vient un gâteau de mariage. En réalisant cette commande, elle découvre qu’elle pourrait en faire une activité professionnelle. Elle y retrouve tout ce qui lui plaît : la créativité, la précision, le travail manuel, le plaisir de contribuer à des moments importants dans la vie des autres.
Elle approfondit ses connaissances, multiplie les essais, perfectionne ses techniques. Peu à peu, elle affine son approche du cake design, avec une attention particulière à l’esthétique, aux textures et aux saveurs. « Pour moi, un gâteau doit être beau, mais il doit surtout être bon », souligne-t-elle.
Dans cette histoire, il y a aussi Thierry, son époux, aujourd’hui âgé de 61 ans. Ancien chauffeur de taxi parisien, il rencontre Saveria chez des amis communs. Ils sont issus de cultures différentes. « Ce sont justement ces univers différents qui nous ont rapprochés », confie Saveria.
Ils se marient à Paris en avril 2013, entourés de leurs familles et de leurs amis. Pour l’occasion, Saveria réalise elle-même leur gâteau de mariage. Thierry découvre la culture mauricienne à travers son épouse et s’attache progressivement à l’île.
Le retour
Après près de trente ans en France, Saveria ressent le besoin de revenir à Maurice. « L’appel du pays se fait sentir à un certain moment, je pense, chez certaines personnes. C’était mon cas. » Certes, elle avait eu l’occasion d’y retourner régulièrement pendant ses années à l’étranger, mais ces séjours ne remplacent pas le sentiment d’appartenance. « Il y a une atmosphère, une façon de parler, de faire ou de voir les choses que je n’ai jamais retrouvée ailleurs », confie-t-elle. « Thierry m’a suivie avec plaisir. »
Le retour devient un projet de vie commun : retrouver un environnement auquel Saveria reste attachée, concrétiser son projet professionnel à Maurice. Ils espèrent aussi une qualité de vie différente, avec davantage de calme et cette douceur insulaire que Saveria apprécie.
En 2014, le couple lance une première pâtisserie à Tamarin, dans l’Ouest, où il s’est installé. Saveria veut y proposer ses créations et développer son approche de la pâtisserie. Il faut alors passer de la pratique personnelle à la gestion d’une activité : organiser le travail, répondre aux commandes, satisfaire les clients, composer avec les exigences de l’entrepreneuriat.
L’activité évolue ensuite avec le développement de L’Atelier de Maya, où elle met l’accent sur le cake design et la pâtisserie. Derrière chaque création, il y a des heures de préparation, des essais, des ajustements. La précision acquise en France trouve ici une application concrète. Saveria souhaite également partager son savoir-faire et accompagner d’autres passionnés dans leur apprentissage.
Partager une entreprise avec son époux demande une organisation qui sépare clairement la vie professionnelle de la vie privée. Pour Saveria et Thierry, la répartition des tâches et la communication sont essentielles pour que le travail n’occupe pas toute la place. Leur conseil aux couples qui souhaitent se lancer ensemble : se faire confiance et définir clairement les responsabilités de chacun dès le départ. Saveria souligne aussi l’importance de préserver du temps pour la relation, même quand l’activité devient prenante.
Avec le recul, elle ne regrette pas son choix. « C’est l’histoire d’une passion d’enfance qui a traversé les années, les frontières et une vie professionnelle avant de devenir, un jour, mon métier », résume-t-elle.
