« Aujourd’hui, notre seule priorité est qu’elle soit tirée d’affaire », dit Nilmala Jacquette, la mère d’Elodie. Hansley Jacquette puise sa force dans les progrès de sa fille et les petits moments de complicité retrouvés.
Après une opération cruciale, Elodie Thomas, 27 ans, hors de danger, recommence à communiquer par écrit avec ses proches. Ses premiers mots à son père font sourire ses parents.
«Papa, tu as grossi ! » Samedi 17 octobre, sur son lit d’hôpital, Elodie Thomas écrit ces quelques mots à son père. Une remarque qui fait sourire Hansley Jacquette, 52 ans, malgré la douleur de voir sa fille dans cet état.
À la suite de son opération, Elodie ne peut pas communiquer par la parole pour le moment. Elle utilise donc l’écriture pour échanger avec ses proches. « Elle est très attentionnée envers nous. Elle remarque les choses, elle nous observe et elle trouve sa manière de nous le faire savoir. Nous aussi, nous sommes très attentifs à elle. Quand elle m’écrit quelque chose comme cela, je ressens toute cette proximité qui existe entre nous. Ce sont des petits moments qui font du bien au cœur », confie son père.
Un espoir de plus pour la famille après de nombreux jours d’angoisse. Le samedi 10 octobre, à 6 h 30, Nilmala Jacquette, 46 ans, découvre sa fille aînée en soins intensifs à l’hôpital Victoria, à Candos. Elodie est branchée à des machines, sous respiration artificielle. Depuis 23 h 30, la veille, elle lutte pour sa survie. Pour sa mère, le temps semble s’être arrêté.
Vers 3 heures, ce matin-là, de grands coups frappés à la porte ont réveillé Nilmala. Sur le seuil se tient Jonathan Thomas, le mari d’Elodie, le visage décomposé. « Inn ariv enn problem ek Elodie... » Puis vient la nouvelle : Elodie a été blessée par balle. Elle se trouve entre la vie et la mort. « Mo mari ek mwa, nou finn efondre. Se mo pli grand tifi… Mo’nn koumans kriye, plore. Ti koumadir tou pe desire andan. Enn douler atros ki pa kapav tini. »
Lorsque Nilmala peut enfin approcher sa fille, elle lui prend la main. Mais la voir ainsi, reliée aux machines, lui est insupportable. « Kan mo’nn get li, mo’nn trap so lame, mo’nn dir : ‘Ma, ki zot inn fer twa ?’ Mo pa ti kapav get mo tifi lor sa lili-la ditou... »
En la regardant sur ce lit, j’ai revécu le moment où elle est née, à l’hôpital Jeetoo. C’était comme si mon enfant naissait une seconde fois…»
En sortant de la chambre, la mère est submergée par la douleur. Dans le couloir, une dame s’approche, lui saisit doucement les mains et l’encourage à ne pas baisser les bras, mais à prier. Nilmala s’accroche à ces paroles, tandis que la famille attend l’arrivée de spécialistes indiens venus prêter main-forte à l’équipe médicale mauricienne.
Le lundi 12 octobre, après une intervention chirurgicale cruciale, les médecins annoncent qu’Elodie est hors de danger. Elle rouvre les yeux et peut de nouveau serrer la main de sa mère. Pour Nilmala, la voir ainsi lui rappelle un autre moment de sa vie. « En la regardant sur ce lit, j’ai revécu le moment où elle est née, à l’hôpital Jeetoo. C’était comme si mon enfant naissait une seconde fois. Quand elle a pris cette balle, c’est à moi qu’on l’a donnée. Mais Elodie est innocente. Aujourd’hui, notre seule priorité est qu’elle soit tirée d’affaire. Demain, nous réclamerons justice. » Nilmala tient à remercier la « Team India » et l’équipe médicale mauricienne pour leur dévouement, ainsi que toutes les personnes dont les prières ont soutenu la famille.
Elodie a grandi à Résidence La Caverne. Son père, Hansley, est maçon ; sa mère, Nilmala, est femme au foyer. Lorsqu’il s’est marié avec Nilmala, Hansley souhaitait avoir une fille comme premier enfant. Son vœu s’est réalisé. Après Elodie, quatre autres filles sont venues agrandir la famille.
Vie active, vie de famille
Après le Grade 10 au Vacoas SSS, Elodie suit des formations et entre rapidement dans la vie active. Elle travaille dans l’hôtellerie, les supermarchés et la restauration rapide, avant de devenir caissière chez Winner’s à Tribecca. Mariée à Jonathan Thomas, elle s’installe d’abord à Stanley, puis à Camp-Levieux.
Sa fille, Amélia, aujourd’hui âgée de deux ans, occupe une place centrale dans sa vie. « Son enfant, c’était tout son monde. Elle répétait toujours qu’elle se battrait pour lui offrir ce qu’il y a de meilleur dans la vie », confie Nilmala au Dimanche/L’Hebdo.
Lorsqu’il repense aux années passées avec sa fille, Hansley se souvient des moments partagés en famille. « Je me souviens des bons moments, des fêtes, des sorties et de ces instants simples où nous étions tous réunis. Ce sont des souvenirs qui restent dans le cœur. On ne sait pas toujours, sur le moment, à quel point ces petits moments sont précieux. C’est parfois lorsque la vie nous met à l’épreuve que l’on comprend toute leur valeur », raconte-t-il.
Aujourd’hui, l’amélioration de l’état de santé d’Elodie nourrit l’espoir de ses parents. Pour Hansley, chaque progrès compte. « Je remercie Dieu pour chaque amélioration. Nous continuons à être présents pour elle, à l’entourer de notre amour et à croire en des jours meilleurs. Il faut garder la foi, même lorsque les moments sont difficiles », affirme-t-il.
À sa fille, il adresse enfin ces mots : « Ma fille, tu sais combien je t’aime. Je voudrais pouvoir t’épargner toutes les difficultés, mais je sais que je ne peux pas tout contrôler. Ce que je peux faire, c’est rester à tes côtés, continuer à t’aimer et t’accompagner à chaque instant. (…) Chaque jour où je te vois sourire, écrire, nous observer et partager ces petits moments avec nous est un cadeau. Nous sommes là pour toi et nous continuerons à l’être. »
Malgré les trajets quotidiens entre Vacoas et Port-Louis, Nilmala compte, elle, se rendre chaque après-midi au chevet de sa fille, jusqu’à son rétablissement complet : « Elodie, mo la pou li ziska mo dernie souf. Tou la fami pou la pou Elodie. Nou tou pou debout pou li. »
Vidéo d’Elodie à l’hôpital : Anil Bachoo appelle au respect de sa vie privée
Une vidéo d’Elodie a circulé, jeudi. Interrogé sur son origine, le ministre de la Santé, Anil Bachoo, affirme que son ministère ne l’a pas diffusée. Selon les informations du personnel hospitalier, la jeune femme se trouvait hors de sa chambre pour un exercice de marche, dans un espace où d’autres personnes pouvaient être présentes. Faute d’éléments établis, il dit ne pas pouvoir identifier l’auteur de l’enregistrement.
Anil Bachoo estime que la diffusion de la vidéo ne pose pas de problème, si elle a été réalisée et partagée par la famille avec le consentement d’Elodie. En revanche, si elle a été filmée ou diffusée sans l’accord de la patiente ou de ses proches, il juge cette démarche « profondément regrettable » et appelle les personnes concernées à retirer la vidéo. Le ministre rappelle que la dignité, la vie privée et le consentement des patients doivent être respectés en toutes circonstances.
