Faute d’un approvisionnement régulier, les commerçants stockent l’eau dans des récipients pour tenter de maintenir leurs activités. Seaux, cuvettes et récipients de cuisine servent de réserves de fortune face aux pénuries d’eau.
- Water Tank and Pump Scheme : 29 508 demandes, 525 coupons
Malgré les horaires de distribution annoncés, des habitants restent privés d’eau faute de pression suffisante. La CWA évoque les contraintes du réseau et multiplie les solutions d’appoint.
Malgré les calendriers de distribution établis par la Central Water Authority (CWA), des habitants de Curepipe, Vacoas et Phoenix disent manquer d’eau, même pendant les plages horaires annoncées. Équipés de réservoirs et de pompes, ils se heurtent à une difficulté en amont : une pression insuffisante pour alimenter correctement leurs installations. Que peuvent ces équipements lorsque l’eau n’arrive pas jusqu’à eux ?
Simla Ramjuttun, gérante d’une petite entreprise familiale spécialisée dans la confection de produits alimentaires à Curepipe, subit depuis environ trois semaines un approvisionnement irrégulier, malgré les quelques heures de distribution prévues certains jours.
« Nous avons notre réservoir et une pompe, mais malgré cela, l’eau ne coule pas. Cela cause beaucoup de problèmes dans les opérations de l’entreprise. Il y a une semaine, j’ai dû demander aux employés de rentrer chez eux parce qu’il n’y avait pas d’eau », raconte-t-elle.
Pour continuer à travailler, la jeune femme mobilise tout ce qui peut contenir de l’eau, des cuves aux grandes bassines, en passant par des bols. Ces réserves restent insuffisantes pour faire fonctionner l’entreprise et honorer les commandes des clients.
À Vacoas, Sabir dispose lui aussi d’un réservoir de bonne capacité et d’une pompe, mais l’eau n’alimente plus correctement la maison depuis plusieurs jours. Pour se doucher et faire la vaisselle, il affirme être contraint de puiser de l’eau à la rivière. La famille remplit aussi des bouteilles et des seaux, sans compenser durablement les interruptions. « La CWA fait comprendre qu’elle a établi un calendrier pour chaque région.
Tant mieux, mais le jour où on doit avoir de l’eau, il n’y en a pas. Parfois, elle arrive au compte-gouttes parce qu’il n’y a pas de pression », déplore-t-il.
Simla Ramjuttun et Sabir ont tous deux contacté la CWA. « Je comprends que nous sommes en crise. J’ai maintes fois appelé la CWA pour avoir des camions-citernes. Je suis prête à payer pour cette eau, mais rien jusqu’à aujourd’hui. Je fais donc avec les moyens du bord, mais ce n’est pas évident du tout. Nous sommes de petites entreprises qui contribuent à l’économie du pays, mais il faut aussi trouver des solutions, et très vite », insiste-t-elle.
« Les officiers sont débordés, oui, on peut comprendre, mais il y a urgence. Les camions-citernes sont souvent le dernier recours, mais très souvent, nous sommes mis en attente », poursuit Sabir.
À Phoenix, Rovin va plus loin : il met en cause le système lui-même. « Le gouvernement fait comprendre que nous sommes dans une situation critique. Oui, on comprend, mais ne serait-il pas temps de revoir la politique de l’eau à Maurice ? La CWA nous accorde six heures pour faire nos réserves, mais comment le faire alors qu’il n’y a pas de pression ? Ce n’est pas normal », affirme-t-il.
Pourquoi la pression manque
Le directeur général de la CWA, Shiam Thannoo, explique cette faiblesse de pression par le faible niveau d’eau dans les différents sites de traitement. À Mare-aux-Vacoas, la production est actuellement de 48 000 m³, contre 110 000 m³ en temps normal, tandis que le taux de remplissage du réservoir s’établit à 34,2 %, selon les données communiquées par la Water Resources Commission (WRC). L’eau quitte Mare-aux-Vacoas vers l’usine de traitement de La Marie avant d’être distribuée : à ce niveau de remplissage, la baisse des réserves affecte la pression disponible dans le réseau les jours de distribution, dit-il.
« Lorsque le niveau d’eau est bas, cela entraîne une faible pression dans le réseau. L’air accumulé dans les canalisations peut alors empêcher l’eau d’arriver aux robinets, même lorsqu’un foyer dispose d’une pompe. Nous avons rencontré plusieurs cas cette semaine et nos officiers ont dû intervenir sur différents sites du réseau pour faire le nécessaire », explique Shiam Thannoo.
Cette présence d’air peut donner l’impression que la distribution a repris, alors que l’eau n’atteint toujours pas les robinets. « Même lorsque les régions concernées sont supposées être alimentées, il arrive que seul de l’air sorte des robinets, sans une goutte d’eau », précise-t-il. À cela s’ajoute l’obstruction de certains filtres par des débris et de la boue.
Le directeur général assure que la CWA continuera d’intervenir auprès des abonnés en difficulté : « Si des habitants de certaines régions rencontrent des problèmes, la CWA fera le nécessaire, notamment grâce à l’apport des camions-citernes. »
Forages privés
Pour soutenir la distribution malgré les restrictions, la CWA indique bénéficier d’un apport supplémentaire journalier grâce aux forages du secteur privé. « Nous avons recours aux forages du privé, qui apportent 10 000 m³ d’eau supplémentaires. Toutefois, tout dépendra de nos nappes phréatiques, que nous surveillons de près, car elles présentent un déficit de 40 % en l’absence de pluie », indique-t-il.
Par ailleurs, la CWA poursuit le traitement des demandes dans le cadre du Water Tank and Pump Scheme, destiné à aider les ménages à renforcer leurs capacités de stockage et de pompage. À ce jour, 29 508 demandes ont été enregistrées. Parmi elles, 525 coupons ont été remis aux demandeurs par la Development Bank of Mauritius (DBM), soit moins de 2 %. Quelque 4 000 demandes ont été rejetées, les personnes concernées ayant déjà bénéficié d’une subvention dans le passé et disposant d’un réservoir. Des officiers de la CWA ont effectué 10 720 visites de vérification afin d’évaluer l’éligibilité des demandeurs.
Le dispositif prévoit une aide à l’acquisition d’équipements de stockage et de pompage domestiques. À Phoenix, Rovin en conteste la logique : à ses yeux, son efficacité dépend directement de la disponibilité de l’eau dans le réseau. « Offrir une subvention pour obtenir deux réservoirs à usage domestique et une pompe alors qu’il n’y a même pas assez d’eau pour certaines régions, je ne comprends pas la logique », lance-t-il. Il estime qu’un nouveau plan devrait être envisagé et évoque notamment la possibilité d’installer des châteaux d’eau pour améliorer l’approvisionnement dans les zones concernées.
Des réservoirs de 30 m³ installés dans certaines régions
Une dizaine de réservoirs d’une capacité de 30 m³ ont été installés dans certaines régions confrontées à des difficultés d’approvisionnement. Eau-Coulée, Camp-Fouquereux, L’Avenir, Cité Atlee, Ripailles, Wooton, Cité Anoska, 16e Mille et Quartier-Militaire figurent parmi les localités signalées. « Pour les habitants d’Eau-Coulée ainsi que des régions où le déficit hydrique pose problème en raison du relief, la CWA a installé des réservoirs équipés de robinets afin de permettre aux habitants d’avoir accès à l’eau. Il s’agit d’eau potable », souligne Shiam Thannoo.
Réservoirs d’eau : une deuxième phase envisagée pour les ménages partiellement équipés
Les familles qui possèdent déjà un réservoir d’eau, mais ne disposent ni d’une pompe ni d’un deuxième réservoir, pourraient bénéficier d’une deuxième phase du Water Tank and Domestic Water Pump Grant Scheme. Le ministre de l’Énergie et des Services publics, Patrick Assirvaden, a évoqué cette possibilité au Parlement, mardi 20 octobre 2026, en réponse à une question supplémentaire du député Raviraj Beechook.
Dans un premier temps, le dispositif privilégiera les ménages qui ne possèdent pas de réservoir, notamment dans la région des Hautes Plaines-Wilhems, où la situation hydrique est particulièrement préoccupante, a précisé le ministre. Interrogé par les députés Stéphanie Anquetil et Jacques Edouard, de Rodrigues, Patrick Assirvaden a expliqué que chaque demande fait l’objet de vérifications pour s’assurer que le demandeur n’a pas déjà bénéficié du programme et ne possède pas de réservoir à son domicile. Des officiers de la CWA, avec le soutien du Central Electricity Board (CEB), se rendent ensuite sur place pour confirmer l’éligibilité des ménages. La liste des bénéficiaires retenus est transmise à la Development Bank of Mauritius (DBM), qui émet les coupons. Selon le ministre, le traitement des demandes devrait prendre en moyenne cinq jours.
Les habitants de Rodrigues pourront également bénéficier du dispositif révisé, sous réserve de remplir les critères d’éligibilité. Les modalités de mise en œuvre doivent être précisées prochainement, en concertation avec la DBM et l’Assemblée régionale de Rodrigues.
