Dr Bhavish Jugurnath, économiste.
- Le coût du couvre-feu est, lui, estimé entre Rs 15 millions et Rs 75 millions par nuit
Les perturbations enregistrées ce mardi 13 octobre pourraient entraîner des pertes économiques. L’économiste Dr Bhavish Jugurnath avance une première estimation comprise entre Rs 40 millions et Rs 200 millions, englobant les dégâts matériels et les pertes d’activité économique susceptibles de ne pas être récupérées.
Statistics Mauritius prévoit un PIB nominal d’environ Rs 873 milliards pour 2026, soit quelque Rs 2,4 milliards par jour calendaire. Cette moyenne constitue toutefois un ordre de grandeur de référence, et non une mesure des pertes économiques liées aux incidents. L’ensemble de l’économie ne s’est pas arrêté et une partie des activités reportées pourrait être rattrapée, explique le Dr Bhavish Jugurnath, économiste.
Les principaux effets immédiats devraient concerner les commerces et restaurants touchés, les usagers et opérateurs de transport, ainsi que les entreprises dont les employés ou les clients n’ont pas pu se déplacer. La fermeture des écoles et le report des examens ont également entraîné des perturbations, sans pour autant représenter une journée entière de PIB perdue.
« Des fermetures prolongées, de nouvelles perturbations ou une dégradation de la confiance dans le secteur touristique pourraient alourdir sensiblement le coût. Il n’existe toutefois pas encore suffisamment d’éléments pour quantifier ces effets », souligne-t-il.
À ce stade, le Dr Bhavish Jugurnath avance une estimation provisoire de Rs 40 millions à Rs 200 millions pour les conséquences économiques des incidents. Cette fourchette comprend entre Rs 10 millions et Rs 50 millions de dégâts matériels, notamment les réparations et le remplacement des stocks et équipements volés ou endommagés dans les entreprises et les infrastructures publiques touchées. S’y ajouteraient entre Rs 30 millions et Rs 150 millions de pertes d’activité économique et de transport susceptibles de ne pas être récupérées.
L’économiste précise toutefois que ces montants constituent des estimations de travail, et non des coûts officiellement déclarés ou vérifiés. Ils reposent notamment sur l’hypothèse que les dégâts sont restés concentrés dans les lieux signalés, qu’aucun bâtiment majeur n’a été détruit et que l’activité économique a globalement repris après les perturbations.
Le coût définitif dépendra des évaluations des dégâts matériels, des biens volés et des pertes liées aux interruptions d’activité. Il faudra également déterminer dans quelle mesure les ventes reportées, les commandes différées et les tâches non réalisées ont pu être récupérées, afin d’éviter de surestimer les pertes nettes.
Le recours au télétravail pourrait, par ailleurs, avoir limité les perturbations dans certaines entreprises. « Le montant réel dépendra du nombre d’employés ayant travaillé à domicile et de la part des travaux ou des ventes reportés qui pourra être récupérée », précise notre interlocuteur.
Les estimations
| Estimations | |
| Dégâts matériels et biens volés | Rs 10 millions à Rs 50 millions |
| Pertes d’activité économique et de transport | Rs 30 millions à Rs 150 millions |
| Pertes cumulées estimées | Rs 40 millions à Rs 200 millions |
| Coût économique estimé par nuit de couvre-feu | Rs 15 millions à Rs 75 millions |
| *Estimations provisoires de l’économiste. |
Couvre-feu : jusqu’à Rs 75 millions par nuit
Pour le Dr Bhavish Jugurnath, le couvre-feu national de 20 h 30 à 6 heures du matin affecterait principalement les restaurants, les commerces, les activités de divertissement, les transports et le travail de nuit. « Le télétravail permettrait de préserver une grande partie de l’activité de bureau pendant la journée, mais n’empêcherait pas ces pertes. À titre de scénario approximatif, et non de prévision officielle, le coût économique à court terme pourrait se situer entre Rs 15 millions et Rs 75 millions par nuit. Cette estimation suppose que les services essentiels, l’aéroport et le transport de marchandises continuent de fonctionner grâce à des dérogations, tandis qu’une partie de l’activité dans la restauration, le commerce, les loisirs et les transports serait perdue ou reportée », estime l’économiste.
Couvre-feu : Business Mauritius fera le point ce 14 octobre
Business Mauritius se réunira dans la matinée du 14 octobre pour évaluer la situation liée au couvre-feu et définir ses recommandations aux entreprises pour la journée du mercredi 14 octobre. Les orientations seront communiquées à ses membres vers 6 h 30.
Le Curfew Order 2026, émis le 13 octobre, impose de rester à l’intérieur des bâtiments entre 20 h 30 et 6 heures dans quinze zones désignées. Des exemptions concernent notamment les services essentiels, le personnel médical, les pharmacies, les stations-service, le port, l’aéroport, ainsi que les services de nettoyage et de sécurité.
L’organisation appelle les entreprises à respecter les consignes des autorités et à privilégier la sécurité de leurs employés.
Les autres implications
Tahir Wahab met en garde contre les répercussions des troubles sociaux sur trois fronts : le tourisme, les entreprises et les investissements étrangers. Une baisse des arrivées touristiques pourrait réduire les recettes en devises et exercer une pression sur la roupie. La persistance des perturbations risquerait également de ralentir l’activité économique, de réduire la productivité et d’alourdir les coûts des entreprises, contraintes de maintenir les salaires malgré les interruptions de travail. Enfin, l’instabilité sociale pourrait fragiliser l’image de Maurice comme destination d’investissement et décourager les investisseurs étrangers, notamment en matière d’investissements directs étrangers.
Tahir Wahab : « Jusqu’à 40 % de l’activité économique affectée ce mardi »
« Il y a un coût économique, mais il est difficile de l’estimer à ce stade. Ce n’est qu’après les incidents que nous pourrons réaliser une évaluation de l’étendue des dommages », souligne l’observateur économique Tahir Wahab. Entre le recours au télétravail dans certaines entreprises et le maintien des opérations gouvernementales, l’activité a fonctionné au ralenti dans plusieurs secteurs, sans pour autant s’interrompre complètement. L’observateur économique estime qu’environ 40 % de l’activité économique a été affectée ce mardi 13 octobre. Sur la base d’un PIB nominal estimé à Rs 873 milliards pour 2026, soit environ Rs 2,4 milliards par jour calendaire, cela représente près de Rs 960 millions d’activité concernée. Il ne s’agit toutefois pas de pertes nettes : une partie du travail et des ventes pourrait être reportée ou récupérée. Avec la mise en place d’un couvre-feu, Tahir Wahab estime que 15 % de l’activité risque d’être touchée.
