Une communauté WhatsApp aurait servi de plateforme pour diffuser les offres de paris.
Un homme de 69 ans est soupçonné d’avoir organisé un réseau de paris illégaux via WhatsApp. Rs 1,2 million en liquide et du matériel informatique ont été saisis.
Âgé de 69 ans, un habitant de la capitale aurait organisé depuis plusieurs années un réseau de paris sur les matches de football internationaux et les courses hippiques locales. Une opération de la Police des Jeux, menée sur la base de renseignements de l’Intelligence Cell de la Gambling Regulatory Authority (GRA) et de la Police des Jeux, a permis de mettre au jour un système présumé de collecte de mises et de paiement de gains. Le présumé bookmaker au noir proposait des paris à crédit à ses « clients » par l’intermédiaire d’une communauté WhatsApp. Il les rencontrait ensuite pour régler les transactions en espèces.
Une BMW, Rs 1,2 million en liquide, deux ordinateurs portables, dont un MacBook, un téléphone cellulaire et plusieurs documents manuscrits faisant état de mises et de gains : ces éléments sont au cœur de l’enquête sur les activités présumées d’un bookmaker illégal de 69 ans, interpellé mardi 20 octobre dans la région du Ward 4, à Port-Louis.
Selon les renseignements recueillis par les enquêteurs, le suspect aurait mis en place, au fil des années, un circuit de paris destiné à une clientèle d’habitués. Son système reposait notamment sur WhatsApp, où il aurait diffusé ses offres, enregistré les mises et organisé le règlement des gains. Mercredi 21 octobre, il a été provisoirement inculpé devant le tribunal de Port-Louis. Il a obtenu la liberté conditionnelle contre une caution de Rs 30 000 et une reconnaissance de dette de Rs 75 000.
Selon les informations disponibles, le domicile du suspect et ses déplacements faisaient l’objet d’une surveillance discrète depuis plus d’une semaine. Mardi, dans la région du Ward 4, les enquêteurs l’auraient intercepté devant son domicile alors qu’il s’apprêtait à prendre place à bord de sa berline BMW.
La découverte de Rs 1,2 million en liquide a constitué l’un des éléments majeurs de l’intervention. Les enquêteurs soupçonnent qu’une partie de cette somme était destinée au paiement des gains de ses clients. À ce stade, l’origine exacte des fonds et leur destination doivent encore être établies. L’analyse des deux ordinateurs portables et du téléphone cellulaire saisis devrait également permettre aux enquêteurs de mieux cerner le fonctionnement de cette activité présumée.
Le mode opératoire présumé du sexagénaire reposait notamment sur l’utilisation d’outils de communication courants. Selon des sources proches de l’enquête, il aurait ajouté ses clients parieurs à une communauté WhatsApp, où il publiait régulièrement ses offres.
Une communauté WhatsApp permet de regrouper plusieurs groupes de discussion au sein d’un même espace et de diffuser des informations à leurs membres. Les annonces relatives aux paris, notamment les différentes cotes proposées, y étaient publiées.
Concrètement, les parieurs le contactaient par messagerie pour lui transmettre leurs instructions et les mises qu’ils souhaitaient placer. Ils pouvaient, au préalable, consulter les offres diffusées dans la communauté.
Les rencontres de football européennes et d’autres matches internationaux auraient figuré parmi les principaux événements concernés. Le suspect aurait également pris des paris sur les courses hippiques organisées au Champ-de-Mars. Selon les renseignements recueillis, il aurait exercé cette activité depuis plusieurs années. Sa clientèle aurait été composée majoritairement de parieurs réguliers, ce qui, selon des sources proches de l’enquête, aurait favorisé la continuité de ses opérations présumées.
Des paris à crédit
L’un des aspects du système présumé est le recours aux paris à crédit. Selon les informations recueillies par la police, le suspect aurait accepté des mises sans exiger que les clients lui remettent immédiatement de l’argent. Le règlement intervenait ultérieurement, en fonction du résultat du pari. En cas de perte, le client devait rencontrer le suspect pour lui remettre la somme due. En cas de gain, ce dernier lui versait l’argent correspondant.
Ce fonctionnement aurait permis aux clients habituels de parier sans effectuer de versement préalable et aurait créé un système de comptes informels entre le bookmaker présumé et ses clients. Les enquêteurs cherchent désormais à déterminer l’ampleur de cette activité, le nombre de personnes concernées et les montants effectivement engagés. L’analyse des échanges électroniques pourrait apporter des indications sur la fréquence des paris, les modalités de règlement et les éventuelles transactions entre les différents protagonistes.
Outre les appareils électroniques, plusieurs documents manuscrits ont été récupérés lors de l’opération. Ils contiendraient des indications relatives aux montants des paris et aux gains correspondants. Ces documents étaient associés à différentes liasses de billets, regroupées selon des montants distincts. Aucun nom n’y figurait toutefois.
Les enquêteurs de la GRA et de la Police des Jeux soupçonnent que cette méthode permettait au sexagénaire d’identifier les sommes à remettre à ses différents clients gagnants. La correspondance entre les montants consignés et les liasses de billets devra être examinée afin de confirmer cette hypothèse.
L’examen des ordinateurs et du téléphone cellulaire du suspect aurait également permis de découvrir des messages considérés comme accablants par les enquêteurs. Leur contenu précis, leur contexte et leur portée devront être établis dans le cadre de l’enquête.
Une clientèle également liée aux courses hippiques
Si les paris sur le football international constituent un volet important de l’enquête, les renseignements recueillis par les autorités font également état d’une clientèle importante dans le milieu hippique. Le suspect serait une figure connue parmi les parieurs fréquentant le Champ-de-Mars. Les enquêteurs cherchent notamment à préciser l’étendue de ses relations dans ce milieu et les éventuelles ramifications de son activité présumée.
De forts soupçons portent également sur un autre aspect de son fonctionnement : il aurait agi comme preneur de paris auprès de certains bookmakers du Champ-de-Mars, notamment lors des journées de courses, avant de réinvestir une partie des sommes collectées ailleurs. « Li pran gro kas ki li resevwar dan betting ek li al bet sa kot lezot bookmaker. Koumsa mem biznes-la roule », avance une source proche du dossier.
Cette hypothèse, si elle se confirme, pourrait révéler un circuit plus large que celui des seuls paris directement enregistrés auprès de ses clients. Les enquêteurs devront déterminer les montants concernés, l’identité des éventuels intermédiaires et la nature exacte des opérations réalisées.
À Maurice, les activités de paris sont encadrées par le Gambling Regulatory Authority Act. La section 44 prévoit qu’aucune personne ne peut exploiter une activité de paris à cotes fixes sans détenir la licence de bookmaker appropriée.
L’enquête comporte désormais également un volet portant sur un éventuel délit de blanchiment d’argent, qui sera transmis à la Financial Crimes Commission. La présence d’argent liquide, les documents manuscrits et les échanges de messages électroniques seront passés au peigne fin par les enquêteurs afin d’établir notamment la provenance des fonds.
