Les entreprises souffrent aussi de la crise de l’eau.
La sécheresse et les restrictions d’eau fragilisent plusieurs secteurs économiques à Maurice. Entreprises alimentaires, stations-service et groupes hôteliers adaptent leurs activités, réduisent leur production ou investissent dans des solutions coûteuses pour faire face à la pénurie et préserver leurs opérations.
En 2025, Maurice a enregistré 3 402 millions de mètres cubes (Mm³) de précipitations, soit une baisse de 16,6 % par rapport aux 4 077 Mm³ enregistrés en 2024 selon les données publiées par Statistics Mauritius. Le taux de remplissage moyen de l’ensemble des réservoirs a varié entre 38,6 % et 93,9 % en 2025. De 2024 à 2025, le volume total d’eau vendue est passé de 131,6 Mm³ à 132,1 Mm³, soit une hausse de 0,4 %.
Les recettes provenant des ventes d’eau ont progressé de 0,5 %, passant de Rs 1,69 milliard en 2024 à Rs 1,7 milliard en 2025. La situation des réservoirs n’est guère rassurante. Le taux global de remplissage des réservoirs à Maurice à fin septembre était d’environ 59,5 %, contre 87,4 % à la même période en 2025.
La sécheresse et les restrictions d’eau compliquent les opérations des entreprises fortement dépendantes de cette ressource. Pour Hassen Taher Seafood, spécialisée dans le traitement et la commercialisation de poissons, l’eau est indispensable au nettoyage et à la préparation des produits avant leur distribution. « Au minimum, nous avons besoin de 1 500 à 2 000 litres d’eau par jour », explique Bahim Taher Khan, directeur de l’entreprise. Malgré l’utilisation d’équipements modernes destinés à réduire la consommation, les besoins restent élevés.
À cette consommation s’ajoutent les besoins des 15 points de vente de l’entreprise répartis à travers l’île. « Chaque outlet utilise entre 200 et 300 litres d’eau quotidiennement pour nettoyer les poissons avant leur mise en vente. Les besoins en eau sont donc essentiels aussi bien au niveau de la transformation que dans les points de distribution », indique-t-il.
Des coûts supplémentaires pour s’approvisionner
L’entreprise s’approvisionne principalement auprès de la Central Water Authority (CWA), grâce à un réservoir industriel. Toutefois, lorsque les coupures perturbent la fourniture habituelle, elle doit envisager d’autres solutions pour éviter une interruption de ses activités.
« Quand nous avons des problèmes d’approvisionnement en eau, nous devons faire appel à un camion-citerne privé. C’est une dépense supplémentaire pour l’entreprise », souligne Bahim Khan Taher . Le coût de cette solution varie entre Rs 3 000 et Rs 5 000, voire davantage, selon le directeur. La situation est d’autant plus compliquée que le recours aux camions-citernes est lui-même affecté par les restrictions actuelles.
La sécheresse et les restrictions d’eau compliquent les opérations des entreprises fortement dépendantes de cette ressource.»
« Nous ne sommes pas en mesure d’obtenir des livraisons régulières. Avec les restrictions, nous ne pouvons pas compter sur cette solution aussi facilement qu’avant », indique-t-il. Cette difficulté limite la capacité de l’entreprise à sécuriser son accès à l’eau et à maintenir son rythme habituel de production.
Kendall Tang, directeur de RT Knits, indique que l’entreprise n’est, pour l’heure, que peu affectée par les restrictions. « Nous avons 1 500 personnes sur le site. Nous consommons beaucoup d’eau. Nous avons sensibilisé l’ensemble du personnel à une utilisation responsable de l’eau. L’idée est d’économiser à tous les niveaux », dit-il. RT Knits utilise 1 000 m3 d’eau pour sa production quotidienne.
Une réduction des activités
Pour faire face à cette situation, Hassen Taher Seafood mise sur une utilisation plus rationnelle de l’eau et une réduction de ses activités de transformation. « Nous essayons d’économiser l’eau autant que possible et de réduire notre transformation. Nous envisageons de diminuer notre rythme de production de 10 à 20 % afin de pouvoir continuer à fonctionner malgré les difficultés », précise le directeur.
Cette adaptation permet à l’entreprise de limiter ses besoins en eau, dans l’attente d’une amélioration de la situation hydrique. « Si nous n’avons pas d’eau, nous ne pouvons pas faire fonctionner nos opérations. Nous en avons besoin pour transformer les poissons et assurer le nettoyage », insiste Bahim Taher Khan.
Si la crise devait perdurer et la distribution d’eau diminuer davantage, RT Knits envisage, à plus long terme, de réutiliser l’eau traitée par la station de Saint-Martin. « Nous travaillons avec la MEXA à ce propos. Par contre, à court terme nous n’avons aucune solution. Si demain nous n’avons plus de fournisseur d’eau, ce sera l’arrêt de la production et, par ricochet, celui de l’usine », fait comprendre Kendall Tang.
De son côté, Aymeric Dookun, Managing Director de Deramann Group, soutient que la consommation d’eau de son entreprise est assez limitée. Une partie est utilisée pour la production du dentifrice et des produits cosmétiques. « On arrive à être fourni pour l’instant par la voie normale », dit-il. En cas de difficulté, il faudra, selon lui, demander une autorisation pour réaliser un forage. « À part cela, il n’y a pas grand-chose que l’on puisse faire », avance-t-il.
| Ventes d’eau par catégorie tarifaire des abonnés (Volume vendu (en milliers de m³) | |||||||||||
| Domestique | 75,056 | 76,346 | 80,157 | 83,005 | 83,520 | 84,469 | 85,053 | 87,498 | 85,295 | 87,768 | 87,053 |
| Organisme du secteur public | 3,959 | 4,048 | 3,993 | 4,086 | 4,320 | 4,239 | 4,097 | 4,338 | 4,207 | 4,558 | 4,529 |
| Prix d’acquisition / prix préférentiels | 12 | 13 | 14 | 11 | 12 | 12 | 7 | 3 | 2 | 2 | 2 |
| Business | 7,328 | 7,574 | 7,798 | 8,404 | 8,746 | 6,982 | 6,201 | 7,768 | 7,948 | 8,566 | 9,409 |
| Commercial | 6,147 | 6,502 | 6,824 | 7,203 | 7,646 | 7,576 | 7,369 | 8,160 | 8,448 | 8,680 | 8,114 |
| Religieux | 625 | 651 | 702 | 751 | 716 | 696 | 649 | 691 | 667 | 716 | 689 |
| Industriel | 3,728 | 3,819 | 3,735 | 3,682 | 3,423 | 2,987 | 2,776 | 3,110 | 2,952 | 3,413 | 3,231 |
| Sub total | 96,854 | 98,953 | 103,222 | 107,142 | 108,383 | 106,962 | 106,151 | 111,567 | 109,519 | 113,704 | 113,027 |
| Agriculture | 1,308 | 1,363 | 1,409 | 1,484 | 1,587 | 1,590 | 1,601 | 1,675 | 1,571 | 1,620 | 1,663 |
| Quantité totale d’eau potable | 98,162 | 100,316 | 104,631 | 108,626 | 109,970 | 108,551 | 107,753 | 113,242 | 111,091 | 115,324 | 114,689 |
| Total des eaux non traitées (Agriculture/ Industrie) | 24,476 | 18,543 | 15,460 | 15,252 | 15,171 | 13,991 | 14,152 | 14,139 | 14,372 | 16,231 | 17,431 |
| Grand Total | 122,637 | 118,859 | 120,091 | 123,877 | 125,141 | 122,542 | 121,904 | 127,381 | 125,463 | 131,555 | 132,121 |
Appel aux autorités
Bahim Khan Taher : « Les autorités devraient accorder une attention particulière aux entreprises dont les activités dépendent directement de l’eau, notamment celles qui participent à l’approvisionnement alimentaire. Leur continuité doit être prise en compte dans la gestion des ressources hydriques, car les restrictions peuvent perturber la production et la distribution. Un soutien adapté permettrait de limiter les conséquences sur la chaîne d’approvisionnement ».
Ces chiffres à retenir | |||||
| Utilisation | 2,025 | ||||
| Source d’eau | Réutilisation des eaux usées traitées | Total | |||
| Eaux de surface | Eaux souterraines | ||||
| Prélèvements dans les cours d’eau | Réservoirs | ||||
| Usage domestique, industriel et touristique 1 | 73 | 113 | 146 | 332 | |
| Industriel | 2 | 1 | 7 | - | 10 |
| Agricole 2 | 224 | 50 | 5 | 1 | 280 |
| Énergie hydroélectrique 3 | 148 | 143 | - | - | 291 |
| Utilisation globale | 447 | 307 | 158 | 1 | 913 |
| Mobilisation totale d’eau | 418 | 265 | 158 | - | 841 |
Pénurie d’eau : les stations-service réclament un soutien financier
Depuis près de deux mois, les stations-service ne peuvent plus proposer de lavage automobile en raison des restrictions d’eau. Une situation qui réduit leurs revenus, déjà affectés par la baisse des ventes de carburant, selon Bhim Sunnassee, président de la Petrol Retailers Association.
« Cela fait presque deux mois que les stations-service ne peuvent plus proposer les services de lavage de voiture. Nous avons reçu des directives des autorités pour suspendre ces opérations », explique-t-il. Certains exploitants ont tenté de maintenir cette activité en faisant appel à des camions-citernes, moyennant des frais supplémentaires. Mais cette solution n’est désormais plus disponible.
« C’est vraiment un manque à gagner pour nos opérations. Déjà, avec la hausse du prix du carburant, les ventes ont baissé. On comptait sur d’autres services comme le lavage pour joindre les deux bouts. Maintenant, cela aussi, on ne peut plus le faire », souligne-t-il.
Face à ces difficultés, la Petrol Retailers Association demande aux autorités d’accorder un soutien financier aux stations-service directement touchées par la pénurie d’eau.
Dessalement : ces hôtels qui misent sur l’autonomie en eau
Face à la sécheresse et aux coupures d’eau récurrentes à Maurice, plusieurs groupes hôteliers investissent dans le dessalement de l’eau de mer. Ces installations leur permettent de sécuriser leur alimentation en eau, de réduire leur dépendance au réseau public et de mieux gérer leurs ressources hydriques.
Situé sur la côte sud-ouest de l’île, LUX* Le Morne dispose d’une usine de dessalement par osmose inverse qui lui permet, selon l’établissement, de couvrir l’ensemble de ses besoins en eau. L’infrastructure transforme l’eau de mer en eau douce afin d’assurer les besoins quotidiens du resort et de réduire sa dépendance au réseau public.
De son côté, Beachcomber Resorts & Hotels mise également sur cette technologie. Plusieurs de ses établissements, notamment au Morne et à Trou-aux-Biches, sont équipés d’installations de dessalement destinées à produire de l’eau potable. À Trou-aux-Biches, l’usine mise en service en novembre 2011 permet de réduire d’environ 50 % le recours à l’approvisionnement public. Le groupe privilégie aussi le recyclage des eaux usées pour l’irrigation et l’utilisation d’équipements économes en eau.
Sunlife s’inscrit dans cette même démarche avec sa centrale de dessalement au Long Beach, sur la côte est. Cette infrastructure permet à l’établissement de produire sa propre eau potable à partir de l’eau de mer, limitant ainsi sa pression sur le réseau de distribution public. Le projet s’inscrit dans la stratégie environnementale, sociale et de gouvernance (ESG) du groupe, qui vise notamment à soutenir une hôtellerie plus durable. La centrale intègre également des solutions destinées à limiter sa consommation énergétique.
À travers ces investissements, les groupes hôteliers cherchent à renforcer leur résilience face au stress hydrique, tout en poursuivant leurs efforts pour une gestion plus responsable de l’eau.
