Monaf était en route pour Maurice pour les funérailles de son ami.
Le 6 octobre 2026, à bord d’un vol British Airways reliant le Royaume-Uni à Maurice, Monaf Hussain Rosin, professionnel de santé, a secouru une passagère victime d’un malaise. Il voyageait pour soutenir sa famille après le décès de son beau-frère.
Le 6 octobre 2026, Monaf Hussain Rosin, Mauricien installé au Royaume-Uni depuis 20 ans, embarque à bord du vol BA2065 de British Airways à destination de Maurice. Il revient soutenir la famille de Safraz Soobraty, son beau-frère et ami proche, décédé dans des circonstances tragiques. Mais environ cinq heures avant l’atterrissage, une urgence médicale bouleverse le vol. Une passagère d’une cinquantaine d’années s’effondre dans la cabine. L’équipage lance alors un appel aux professionnels de santé présents à bord.
Praticien en anesthésie au sein du National Health Service (NHS) et dans le secteur privé britannique, Monaf Hussain Rosin se porte volontaire, aux côtés d’autres passagers ayant une formation médicale. À 35 000 pieds d’altitude, il participe à la prise en charge de la passagère, dont l’état nécessite une intervention rapide. « Lorsque l’annonce a été faite, je me suis porté volontaire pour intervenir, avec d’autres passagers ayant une formation médicale. À ce moment-là, je ne pensais pas à mon propre chagrin. Il y avait une personne devant nous qui avait besoin de soins », confie-t-il.
Ce retour à Maurice intervient pourtant dans un contexte éprouvant. « Ce voyage était particulièrement difficile sur le plan émotionnel. Je venais de perdre quelqu’un qui comptait énormément pour moi. Mon objectif était d’être présent pour son épouse et ses enfants, de les soutenir et de les aider à traverser l’une des périodes les plus douloureuses de leur vie », raconte-t-il.
Une intervention décisive
Lorsqu’il rejoint la passagère, celle-ci a repris connaissance, mais demeure très faible et réagit peu. Ses premières observations révèlent un faible taux de saturation en oxygène et une tension artérielle préoccupante. Un éventuel déroutement de l’appareil doit alors être envisagé. « La passagère avait repris connaissance, mais elle était encore très faible et répondait peu. Ses paramètres étaient inquiétants. Au vu des informations dont nous disposions, il fallait envisager la possibilité d’un atterrissage d’urgence », explique-t-il.
Dans un avion, les possibilités d’intervention restent limitées par le matériel disponible, l’espace restreint et l’éloignement des infrastructures médicales. Face à ces contraintes, le professionnel de santé évalue les fonctions vitales de la passagère, notamment sa respiration, sa circulation sanguine et son état de conscience.
Il lui administre de l’oxygène à haut débit et surveille régulièrement ses paramètres vitaux. Parallèlement, il reste en communication avec l’équipage, le commandant de bord et le service médical d’assistance au sol afin de déterminer la conduite à tenir. « Ma formation m’a appris qu’il est essentiel de garder son calme.
Lorsqu’une situation devient urgente, il faut pouvoir réfléchir clairement, suivre une méthode et prendre des décisions en fonction des informations disponibles », souligne-t-il.
Après concertation avec l’équipe médicale au sol et obtention de l’autorisation nécessaire, Monaf met en place une voie intraveineuse et administre un traitement de manière contrôlée. Il poursuit la surveillance de la patiente afin d’évaluer sa réaction aux soins. « Je ne pouvais pas me permettre de supposer que tout allait bien simplement parce qu’elle avait repris connaissance. Nous devions continuer à surveiller son état et vérifier que les mesures prises produisaient l’effet attendu », précise-t-il.
Au bout de 20 à 30 minutes, les premiers signes d’amélioration apparaissent. « Son état s’est amélioré de manière significative. Sa tension artérielle s’est stabilisée, son teint est redevenu meilleur et elle était de plus en plus réactive », relate Monaf Hussain Rosin.
L’amélioration de l’état de la passagère permet finalement au vol de poursuivre sa route vers Maurice sans déroutement d’urgence. Pour le professionnel de santé, cette issue résulte avant tout d’un travail collectif. « Dans une situation comme celle-là, la collaboration est essentielle. Il y avait l’équipage, le commandant de bord, le service médical au sol et d’autres personnes ayant des compétences médicales. Chacun avait un rôle à jouer », insiste-t-il.
Il refuse ainsi de présenter son intervention comme un exploit personnel. « Je ne pensais ni à la reconnaissance ni aux compliments. Je pensais à la personne qui avait besoin d’aide. Elle était la mère de quelqu’un, la sœur de quelqu’un, une personne aimée par sa famille », confie-t-il.
Un parcours guidé par la compassion
Né à Port-Louis, Monaf Hussain Rosin a grandi dans une famille comptant sept sœurs. Six vivent toujours à Maurice, tandis qu’une autre réside à Londres. Son père, aujourd’hui décédé, était journaliste au Rassembleur. Sa mère, également disparue, accompagnait des familles confrontées à des difficultés.
De ses parents, il dit avoir hérité de valeurs qui continuent d’orienter ses choix personnels et professionnels. « Mes parents nous ont appris des valeurs qui m’accompagnent encore aujourd’hui : la compassion, le respect, l’humilité et l’importance de prendre soin des autres », raconte-t-il.
En 2006, à l’âge de 23 ans, il quitte Maurice pour s’installer à Londres, où il construit progressivement sa carrière dans le secteur de la santé. Aujourd’hui établi dans le Surrey avec son épouse et leurs trois enfants, il exerce comme praticien en anesthésie au sein du NHS et dans le secteur privé.
Son métier exige une surveillance attentive des patients, une connaissance des procédures médicales et une capacité à réagir rapidement lorsque leur état se dégrade. Mais, à ses yeux, les compétences techniques doivent toujours s’accompagner d’une approche humaine. « La médecine ne consiste pas uniquement à connaître les bons gestes. Il faut aussi savoir prendre des décisions, communiquer clairement et apporter un sentiment de sécurité à une personne qui a peur », explique-t-il.
Il accorde également une place importante à la transmission des connaissances. « J’aime enseigner, partager ce que j’ai appris et accompagner les autres. Dans le domaine médical, nous ne pouvons jamais considérer que nous savons tout. Il faut continuer à apprendre et aider les autres à développer leurs compétences », affirme-t-il. L’urgence survenue à bord lui a rappelé l’utilité de ces compétences dans des circonstances imprévues, loin du cadre hospitalier.
Cette expérience l’a également conduit à réfléchir aux équipements médicaux disponibles dans les avions. Il estime notamment que des tensiomètres numériques adaptés pourraient faciliter la surveillance des patients, la prise manuelle de la tension artérielle étant parfois difficile dans une cabine bruyante. « Après cet incident, j’ai réfléchi à la manière dont les équipements médicaux à bord pourraient être améliorés », indique-t-il.
Malgré les années passées à l’étranger, Monaf demeure attaché à son pays natal. « Même si j’ai passé de nombreuses années en Grande-Bretagne, je reste profondément fier d’être Mauricien. Maurice fait partie de mon identité. Les valeurs avec lesquelles j’ai grandi sont toujours présentes dans ma façon de vivre et de travailler », confie-t-il.
« Une façon d’honorer sa mémoire »
L’intervention prend une dimension particulière au regard des circonstances de ce voyage. « Il y avait quelque chose de particulièrement poignant dans cette situation. Je voyageais pour faire mes adieux à une personne que j’aimais et que je respectais. Et, pendant le même trajet, j’ai eu la possibilité d’aider à éviter qu’une autre famille ne soit confrontée à une perte similaire », confie-t-il.
Cette coïncidence l’a profondément marqué. Sans chercher à établir un lien entre les deux événements, il y voit une manière de rendre hommage à son beau-frère. « J’aime penser que Safraz aurait approuvé ce que j’ai fait. Peut-être que, d’une certaine manière, cette intervention a aussi été une façon d’honorer sa mémoire », ajoute-t-il.
Pour lui, l’essentiel reste d’apporter son aide lorsque les circonstances le permettent. « Nous ne pouvons pas toujours empêcher les épreuves de se produire. En revanche, lorsque nous sommes en mesure d’aider quelqu’un, nous devons essayer de le faire », estime-t-il.
Cette conviction, Monaf Hussain Rosin souhaite également la transmettre aux jeunes Mauriciens qui envisagent une carrière dans le secteur de la santé. Il les encourage à se former continuellement et à préserver la dimension humaine de leur métier. « Il faut être prêt à apprendre, à écouter et à travailler avec les autres. La connaissance est essentielle, mais elle doit toujours être accompagnée d’humilité et de compassion », souligne-t-il.
Son parcours, de Port-Louis au Royaume-Uni, reste marqué par les enseignements reçus durant son enfance. « Je dirais aux jeunes de ne jamais sous-estimer la force de leurs racines. Les valeurs que vous recevez en grandissant restent avec vous, où que la vie vous conduise », affirme-t-il.
Quelques heures après cette intervention, Monaf Hussain Rosin retrouvait Maurice et ses proches, toujours confrontés à la disparition de Safraz Soobraty. L’aide apportée à une passagère n’effaçait pas son propre chagrin, mais donnait une résonance particulière à ce voyage. « Je n’ai pas fait ce que j’ai fait pour recevoir des compliments. J’ai simplement essayé d’aider une personne qui en avait besoin. Si nous avons la possibilité de faire une différence, même petite, dans la vie de quelqu’un, nous devons saisir cette occasion », confie-t-il.
Cette expérience lui rappelle l’importance de l’entraide, même dans les moments les plus éprouvants. « Nous ne savons jamais quand quelqu’un aura besoin de nous. Mais nous pouvons toujours choisir de faire preuve d’humanité », conclut-il.
