Le projet de loi de finances rectificative (LFR) 2026 a été rejeté en commission, mais le Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lô conteste la manière dont la majorité parlementaire s’oppose au texte. Il distingue les amendements, qu’il juge légitimes, de ce qu’il qualifie d’obstruction au travail du Gouvernement.
Al Aminou Lô accuse Pastef d’entraver l’examen du budget rectificatif et demande à ses députés de traduire leurs critiques en propositions écrites. « Ne punissez pas le peuple. Présentez vos amendements », leur a-t-il lancé. Une loi de finances rectificative permet, selon lui, d’adapter le budget voté à des événements qui n’étaient pas anticipés au début de l’exercice.
Le désaccord dépasse toutefois la procédure parlementaire. PASTEF-Les Patriotes conditionne son soutien à la satisfaction de cinq exigences, portant notamment sur la préservation des investissements sociaux, le pouvoir d’achat et la dette publique. Les subventions, l’investissement, la fiscalité et les dépenses sociales sont au cœur du différend sur le contenu de la LFR.
Le Premier ministre a aussi opposé la conférence de presse gouvernementale, ouverte aux questions des journalistes, aux points de presse de Pastef, invitant le parti à répondre lui aussi aux médias. Il a refusé la proposition d’Ousmane Sonko d’organiser un débat télévisé sur la LFR, affirmant vouloir consacrer son temps aux urgences du Gouvernement. Pour lui, le Parlement est le cadre institutionnel de ces discussions. Le bras de fer se déroule alors qu’un mot d’ordre de grève de 72 heures s’ajoute aux revendications sociales.
Vendredi, la commission des Finances et du Contrôle budgétaire a rejeté le projet ainsi que deux amendements de l’exécutif. Selon ndarinfo, le Gouvernement affirme avoir transmis le même jour un mémorandum répondant aux interrogations des députés, sans parvenir à les convaincre. Pastef-Les Patriotes, qui dispose de 130 sièges sur 165, demande notamment de préserver les investissements et les dépenses sociales, de mieux contrôler les fonds spéciaux et d’accroître la transparence sur la dette. Le groupe d’opposition Takku Wallu Sénégal s’est abstenu en commission.
Le conflit budgétaire s’inscrit dans un bras de fer institutionnel plus large autour des crédits spéciaux et d’une proposition de loi portée par des députés de Pastef. Aminata Touré soutient la saisine du Conseil constitutionnel et appelle les institutions à respecter leurs compétences. La tension est d’autant plus sensible que le nouveau Gouvernement a été formé sans présence officielle de Pastef, malgré la majorité du parti à l’Assemblée nationale, alors que le président Bassirou Diomaye Faye est membre de cette formation et que plusieurs ministres en sont également issus.
Le projet ramène les recettes de l’État de 6 188,8 à 5 848,7 milliards de francs CFA et fixe le déficit à 7,6 % du PIB. Les subventions énergétiques passeraient de 250 à 790,3 milliards. Le programme de 2,2 milliards de dollars conclu avec le Fonds monétaire international au niveau des services, qui doit encore être approuvé par le conseil d’administration, compte parmi les enjeux du projet.
Après son rejet en commission faute de consensus, l’examen de la LFR en séance plénière a été reporté au mardi 27 octobre 2026 à 10 heures.
